
Jean-Christophe Repon rempile. Réuni le 23 avril, le conseil d’administration de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) a renouvelé sa confiance à son président sortant, réélu pour un troisième mandat de trois ans. Une reconduction qui intervient alors que les entreprises artisanales du bâtiment traversent une période particulièrement délicate, entre recul de l’activité, pression sur les marges et flambée persistante des coûts.
Cette nouvelle mandature s’ouvre dans un environnement économique fragilisé, auquel s’ajoute la tension géopolitique au Moyen-Orient. Les répercussions sur les marchés de l’énergie et du carburant inquiètent déjà de nombreux professionnels du secteur.
Pour les artisans du bâtiment, très dépendants des déplacements, des engins, des approvisionnements et de la logistique, toute hausse brutale des prix du pétrole ou du gazole se répercute rapidement sur les charges d’exploitation.
Un troisième mandat sous le signe de l’urgence économique
Dans son communiqué, la CAPEB rappelle que l’activité des entreprises artisanales du bâtiment reste orientée à la baisse depuis dix trimestres, sans véritable amélioration. Le ralentissement toucherait l’ensemble des régions et des métiers.
Autre signal préoccupant : l’emploi accuse lui aussi le coup. L’organisation patronale évoque 30 000 destructions d’emplois en deux ans. Une donnée qui illustre les difficultés d’un tissu composé majoritairement de très petites entreprises, souvent plus exposées aux variations de conjoncture que les grands groupes.
À cela s’ajoute la hausse continue des prix de l’énergie et des matières premières. Bois, métaux, carburants, transports : autant de postes de dépenses devenus sensibles depuis plusieurs années.
Avec la montée des tensions au Moyen-Orient, la perspective d’un nouveau choc sur les carburants ravive les inquiétudes d’une profession déjà éprouvée.
Jean-Christophe Repon veut “transformer l’écoute en décisions concrètes”
Réélu pour trois ans, Jean-Christophe Repon affiche une ligne claire : obtenir des réponses plus directes des pouvoirs publics pour les petites entreprises du secteur.
« C’est avec beaucoup de détermination et de fierté que je poursuis mon engagement aux côtés des artisans du bâtiment », déclare-t-il. Le président de la CAPEB estime que les TPE du bâtiment constituent « la colonne vertébrale de notre économie ».
Pour lui, la priorité n’est plus seulement d’alerter, mais de convertir les échanges institutionnels en mesures tangibles. « Il faut un réflexe TPE dans chaque décision publique », résume-t-il.
Un message qui vise autant les questions fiscales que réglementaires, sociales ou énergétiques.
Les artisans du bâtiment en première ligne face à la hausse du carburant
Le contexte international pèse lourdement sur cette réélection. En cas de tensions prolongées au Moyen-Orient, les marchés pétroliers peuvent rapidement s’emballer, avec un effet immédiat à la pompe.
Pour les artisans du bâtiment, le carburant n’est pas une charge secondaire. Il alimente les utilitaires, les engins de chantier, les déplacements entre clients, les livraisons de matériaux et parfois même certains équipements techniques.
Dans les petites entreprises, les marges de manœuvre sont souvent réduites. Contrairement à de grands groupes capables de lisser les coûts ou de négocier des contrats d’achats massifs, les TPE absorbent plus difficilement les hausses successives.
La CAPEB souligne ainsi que les coûts de production, de transport et de logistique pèsent directement sur les trésoreries, les marges et l’activité.
Quinze propositions sur la table
Face à cette situation, l’organisation patronale dit avoir transmis quinze propositions au gouvernement afin de soutenir l’artisanat du bâtiment. Certaines avancées auraient déjà été obtenues.
Parmi elles :
- une mesure compensatoire sur le GNR pour les TPE du bâtiment ;
- la mise en place d’un observatoire des prix ;
- une concertation sur les délais de prévenance des fournisseurs ;
- l’examen d’un recours facilité à l’activité partielle.
Pour la CAPEB, ces premiers signaux vont dans le bon sens, mais restent insuffisants au regard de la dégradation actuelle.
La TVA à 5,5 % remise au centre du débat
Autre revendication portée par Jean-Christophe Repon : la généralisation du taux de TVA à 5,5 % sur l’ensemble des travaux de rénovation.
La CAPEB présente cette mesure comme un levier de relance pour les carnets de commandes, mais aussi comme un soutien au pouvoir d’achat des ménages. L’organisation avance un potentiel de 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire pour le secteur, ainsi que la création de 10 000 à 11 000 emplois.
- Le sujet pourrait prendre place dans les débats entourant le projet de loi de finances 2027.
- Pour les entreprises artisanales, la rénovation représente un marché stratégique, particulièrement dans un moment où la construction neuve ralentit fortement.
Trois priorités pour le nouveau mandat
Jean-Christophe Repon entend articuler son troisième mandat autour de trois axes.
- Le premier consiste à mieux intégrer les besoins des TPE dans les textes législatifs et réglementaires.
- Le deuxième vise à faire reconnaître leur rôle économique et territorial. La CAPEB rappelle que les entreprises artisanales représenteraient 96 % du secteur.
- Le troisième repose sur la défense d’un modèle de proximité, fondé sur l’ancrage local, la transmission des savoir-faire et la relation directe avec les clients.
Une année symbolique pour la CAPEB
L’année 2026 marquera également les 80 ans de la CAPEB. L’organisation entend profiter de cet anniversaire pour rappeler sa place historique dans la représentation des artisans du bâtiment.
Mais au-delà de la symbolique, l’urgence reste économique. Entre ralentissement de l’activité, tensions internationales et volatilité des coûts énergétiques, le nouveau mandat de Jean-Christophe Repon s’ouvre sous pression.
Le président reconduit devra convaincre que les petites entreprises du bâtiment peuvent encore peser dans les arbitrages publics. Car pour beaucoup d’artisans, la question n’est plus seulement celle de la reconnaissance, mais celle de la capacité à tenir dans la durée.

