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Jobs d’été : embaucher un jeune sans contrat peut coûter très cher aux TPE

4–5 minutes
©Kitinut Tum via canva.com

À l’approche de la saison estivale, l’Urssaf remet sur la table un sujet sensible : des jeunes continuent d’occuper des emplois sans être déclarés. L’organisme annonce relancer, pour la cinquième année consécutive, une campagne de sensibilisation destinée aux 16-25 ans afin de leur rappeler l’intérêt d’un travail déclaré. Une reconduction qui en dit long : si le message doit être répété, c’est que les pratiques persistent.

Derrière la communication institutionnelle, le constat est sans appel. Chaque année, des étudiants cumulent études et activité rémunérée, ou cherchent un revenu pendant l’été.

Certains le font “parfois sans contrat”, indique l’Urssaf. Le phénomène n’est donc pas marginal. Il touche particulièrement les secteurs qui recrutent vite et beaucoup :

  • restauration,
  • commerce,
  • tourisme,
  • animation,
  • agriculture,
  • événementiel,
  • services de proximité.

Une réalité nourrie par l’urgence des recrutements

Pour de nombreuses petites entreprises, l’été ressemble à une course contre la montre. Un salarié absent, une terrasse qui se remplit, un pic d’activité imprévu, une livraison à assurer : il faut parfois trouver quelqu’un dans la journée. Dans ce contexte, certains dirigeants privilégient la rapidité plutôt que la procédure.

Le scénario est connu : un proche recommande un étudiant disponible, il vient “donner un coup de main”, puis reste plusieurs jours.

Sans contrat signé, sans déclaration préalable, sans fiche de paie. Du côté de l’employeur, cela peut être perçu comme une solution provisoire.

Du côté du droit social, c’est une situation à risque.

La pression économique joue aussi. Dans certains secteurs aux marges serrées, la tentation existe de réduire le coût immédiat d’une embauche.

D’autres employeurs invoquent la complexité administrative, parfois exagérée, parfois réelle lorsqu’ils manquent de temps ou de repères.

Les jeunes ne mesurent pas toujours ce qu’ils perdent

Beaucoup de jeunes acceptent ces conditions sans négocier :

  • Pour certains, il s’agit d’un premier emploi.
  • D’autres pensent qu’un contrat n’est pas indispensable pour quelques jours.

Certains préfèrent être payés rapidement, sans se projeter plus loin.

L’Urssaf rappelle pourtant qu’être déclaré ne relève pas du détail administratif. Cela ouvre des droits :

  • remboursement des soins,
  • retraite,
  • assurance chômage selon les situations,
  • indemnités journalières en cas d’arrêt,
  • validation d’expérience professionnelle.

Un accident du travail illustre immédiatement l’écart entre les deux mondes. En cas de chute, de brûlure, de blessure lors d’une manutention ou d’un déplacement, la protection n’est pas la même lorsqu’aucun emploi n’existe officiellement.

Autre conséquence plus discrète : les heures travaillées sans trace n’apparaissent nulle part. Pour un CV, un futur dossier locatif ou un parcours professionnel, ces expériences deviennent invisibles.

Ce que risquent les TPE

Pour un employeur, recourir à une personne non déclarée ne se limite pas à une simple irrégularité. Le travail dissimulé expose à des redressements de cotisations, pénalités financières, rappels de salaires, contentieux prud’homal, voire sanctions pénales selon les cas.

Le coût réputationnel n’est pas négligeable non plus. À l’heure des avis en ligne et des réseaux sociaux, un salarié mécontent peut rapidement ternir l’image d’un commerce local.

Une petite entreprise vit souvent sur la confiance de ses clients et de son quartier.

Il existe aussi un risque managérial. Lorsqu’une équipe constate que certains arrivent sans contrat ou sont payés “à part”, le climat interne peut se dégrader. Les salariés réguliers s’interrogent sur l’équité du traitement.

Pourquoi le problème dure

Si l’Urssaf en est à sa cinquième campagne ciblant les 16-25 ans, c’est bien que les messages précédents n’ont pas suffi. Plusieurs raisons expliquent cette inertie.

D’abord, le travail non déclaré reste parfois banalisé pour des missions courtes. “Juste un week-end”, “juste un service”, “juste pour dépanner”. Ensuite, beaucoup de jeunes ignorent leurs droits lors d’une première embauche. Enfin, certaines TPE connaissent mal les outils existants pour recruter rapidement dans les règles.

Le paradoxe est là : la plupart des dirigeants de petites entreprises ne cherchent pas la fraude organisée. Ils veulent surtout résoudre un problème immédiat. Mais l’improvisation sociale peut coûter cher.

Comment sécuriser un recrutement express

Les experts du secteur rappellent quelques réflexes simples :

  • anticiper les besoins saisonniers,
  • constituer un vivier de candidats disponibles,
  • préparer des modèles de contrats,
  • utiliser les dispositifs déclaratifs adaptés,
  • conserver les pièces administratives,
  • formaliser l’arrivée de chaque renfort, même pour une courte durée.
Mieux vaut consacrer une heure à l’embauche que plusieurs mois à gérer un contrôle ou un litige.

Un message qui vise aussi les employeurs

Officiellement, la campagne s’adresse aux jeunes. En réalité, elle parle également aux entreprises. Lorsqu’un organisme public rappelle qu’un “grand nombre d’étudiants” travaillent parfois sans contrat, il signale que le sujet reste surveillé.

Pour les TPE, la période estivale est souvent synonyme d’activité supplémentaire. Elle ne dispense pas des règles sociales.

Dans bien des cas, le vrai gain financier n’est pas dans l’économie d’une déclaration, mais dans une organisation capable de recruter vite, proprement et sans zone grise.

Les chiffres Urssaf à retenir

• 1,503 milliard d’euros de cotisations redressées en 2025 au titre de la lutte contre la fraude sociale.
• 12 millions d’usagers cotisent via le réseau Urssaf.
• 588 milliards d’euros encaissés par l’Urssaf pour financer la protection sociale.

Sources : Urssaf, dossier de presse “Résultats 2025 de la lutte contre la fraude”, avril 2026 ; communiqué Urssaf du 27 avril 2026.

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