Accueil » IA : les entreprises françaises encore trop dépendantes de leurs fournisseurs

IA : les entreprises françaises encore trop dépendantes de leurs fournisseurs

3–5 minutes
©Jarin13 / Getty Images via canva.com

L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les processus métiers, les services clients, les fonctions support ou encore l’analyse de données. Mais derrière cette adoption accélérée se cache une fragilité que de nombreuses entreprises semblent sous-estimer : leur dépendance à quelques fournisseurs technologiques.

  • C’est l’un des principaux enseignements de l’étude « The Calculus of AI Sovereignty », publiée le 17 juin 2026 par IBM.
  • Réalisée auprès de 1.000 dirigeants dans le monde, dont 70 en France, elle met en lumière les difficultés rencontrées par les organisations pour conserver la maîtrise de leurs infrastructures, de leurs données et de leurs modèles d’intelligence artificielle.

La souveraineté de l’IA devient une préoccupation des dirigeants

  • L’étude montre que la souveraineté de l’IA n’est plus un sujet réservé aux grandes administrations ou aux géants de la tech.
  • En Europe, 80 % des dirigeants considèrent désormais qu’elle fait partie intégrante de leur stratégie d’entreprise.

Cette notion recouvre plusieurs dimensions : la capacité à contrôler les données utilisées par les modèles d’IA, la possibilité de changer de fournisseur sans perturber l’activité, la maîtrise des infrastructures hébergeant les applications et le respect des réglementations locales.

Avec l’entrée en vigueur progressive des nouvelles règles européennes encadrant l’intelligence artificielle, les entreprises doivent être capables d’expliquer où circulent leurs données, quels modèles sont utilisés et quelles dépendances technologiques existent au sein de leur organisation.

Or, c’est précisément sur ce point que les résultats apparaissent préoccupants.

Une visibilité limitée sur les dépendances technologiques

En France, seuls 16 % des dirigeants interrogés estiment avoir une bonne compréhension de leurs dépendances en matière d’IA.

À l’inverse, 84 % reconnaissent ne pas maîtriser pleinement les liens qui les unissent à leurs fournisseurs, aux modèles utilisés ou aux infrastructures sous-jacentes.

Cette méconnaissance peut devenir problématique lorsque les entreprises souhaitent faire évoluer leur stratégie technologique ou répondre à de nouvelles exigences réglementaires.

Pour Ana Paula Assis, Senior Vice President d’IBM et présidente des régions EMEA et APAC, l’écart entre l’adoption de l’IA et sa maîtrise continue de se creuser :

« Seule une petite fraction des dirigeants comprend réellement aujourd’hui ses dépendances en matière d’IA. L’écart entre adoption et maîtrise se creuse au moment même où l’IA devient indispensable. »

Changer de fournisseur reste compliqué

L’un des résultats les plus marquants concerne la capacité des entreprises à modifier leur environnement technologique.

En France, 70 % des dirigeants jugent difficile de changer leur principal fournisseur ou modèle d’IA.

Cette dépendance s’explique notamment par l’intégration croissante des outils d’intelligence artificielle dans les systèmes d’information, les processus métiers et les flux de données internes.

Par ailleurs, 69 % des répondants considèrent que les exigences de localisation des données et les contraintes de souveraineté selon les pays compliquent fortement les transferts d’applications ou de données entre différents environnements.

Face à ces contraintes, les entreprises semblent prêtes à investir davantage pour préserver leur liberté de choix. Ainsi, 66 % des dirigeants français accepteraient une hausse de 20 % des coûts si cela leur permettait d’améliorer leur flexibilité stratégique.

Une panne prolongée pourrait paralyser l’activité

L’étude met également en évidence un risque opérationnel souvent négligé.

Plus de huit dirigeants français sur dix (82 %) estiment qu’une interruption de sept jours ou plus chez leur principal fournisseur d’IA aurait un impact sévère, voire critique, sur leur activité.

Les entreprises interrogées déclarent avoir subi en moyenne six perturbations opérationnelles liées à l’IA au cours des deux dernières années.

Les principales causes identifiées concernent les limitations de ressources informatiques, les problèmes de capacité ou encore les indisponibilités de services.

Pour les PME qui intègrent désormais l’IA dans leur relation client, leur production de contenu ou leur gestion documentaire, ces chiffres rappellent l’importance de ne pas concentrer l’ensemble des usages sur un seul acteur technologique.

Le modèle multi-fournisseurs gagne du terrain

Dans la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), 73 % des organisations déclarent utiliser plusieurs fournisseurs d’IA.

Cependant, cette diversification n’est pas toujours le fruit d’une démarche volontaire.

Les répondants citent principalement les décisions prises indépendamment par différentes entités de l’entreprise (68 %), les contraintes géographiques (67 %) ou encore l’héritage de choix technologiques antérieurs (53 %).

Autrement dit, la coexistence de plusieurs fournisseurs résulte souvent davantage de l’histoire de l’organisation que d’une véritable politique de résilience numérique.

Les entreprises les plus autonomes résistent mieux aux perturbations

IBM souligne enfin qu’une minorité d’entreprises parvient à mettre en place un contrôle avancé de son environnement IA.

À l’échelle mondiale, seules 7 % des organisations interrogées atteignent ce niveau de maturité.

Selon l’étude, ces entreprises enregistrent moins d’interruptions liées à l’intelligence artificielle et préservent jusqu’à 55 % de bénéfices d’exploitation supplémentaires lors des périodes de perturbation.

Ces résultats tendent à montrer que la souveraineté de l’IA ne relève pas uniquement d’une question réglementaire ou géopolitique. Elle devient progressivement un facteur de continuité d’activité, de maîtrise des coûts et de résilience opérationnelle.

Pour les TPE et PME qui multiplient les usages de l’intelligence artificielle, le sujet pourrait rapidement dépasser la simple question du choix d’un outil pour devenir celle de la maîtrise de l’ensemble de leur chaîne technologique.

Agenda Appel à candidature Apprentissage Arrêt maladie Artisanat Cour de cassation Cybersécurité Dares Entreprises du BTP Formation France Travail Gestion d'entreprise IA Influence politique Législation Micro entreprise Métiers d'art Numérique Organisations professionnelles Salaires Santé Santé mentale Tendances économiques Télétravail Urssaf

En savoir plus sur TPE ACTU

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Recevez directement nos articles dans votre boîte mail !

Poursuivre la lecture