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Cette tendance pourrait conduire à un nombre record de pertes d’emploi d’ici à la fin de l’année, potentiellement entre 58.000 et 62.000, approchant le pic historique de 63.000 atteint au début des années 2010.
Au cours du premier semestre 2024, la situation des chefs d’entreprise en France a pris une tournure préoccupante, avec une hausse marquée du chômage dans cette catégorie. Selon les données récentes de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs, publiées par l’association GSC et le cabinet Altares, 29.958 chefs d’entreprise ont perdu leur activité entre janvier et juin 2024. Cela représente une augmentation de 18,4 % par rapport à la même période en 2023.
Anthony Streicher, président de l’association GSC, souligne que cette évolution n’est malheureusement pas surprenante. Depuis deux ans, les difficultés financières des entreprises se sont accrues, notamment en raison de la dette contractée durant la crise du Covid-19.
Cette dette, qui devait être réintégrée dans les plans de remboursement sans le soutien des aides gouvernementales, a particulièrement affecté les petites entreprises dans des secteurs déjà fragilisés comme le bâtiment, la coiffure ou la restauration.
Une accumulation de crises met les chefs d’entreprise en difficulté
Les chefs d’entreprise sont confrontés à une série de crises successives qui exacerbent la situation. Après la crise sanitaire, la guerre en Ukraine a entraîné une hausse des prix des matières premières et de l’énergie. En parallèle, l’inflation a conduit à une revalorisation des salaires, augmentant ainsi la masse salariale des entreprises. La crise de l’immobilier neuf, avec une chute des constructions, a également aggravé les difficultés économiques des chefs d’entreprise.
Tous les secteurs sont touchés par cette hausse du chômage des dirigeants. La construction est particulièrement affectée avec une augmentation de 34,2 % des pertes d’emploi dans ce secteur, soit 7.669 chefs d’entreprise sans activité au premier semestre. Le commerce n’est pas en reste, avec une hausse de 15 % des pertes d’emploi.
Le secteur de l’hébergement, de la restauration et du débit de boissons a également été frappé, avec 3 734 dirigeants ayant perdu leur emploi (+7,6 %). Enfin, le transport et la logistique enregistrent une hausse de 30,5 % des pertes d’emploi.
Assurance chômage : 30 millions de Français cotisent… sans tous être protégés
En France, près de 30 millions de personnes financent l’assurance chômage, mais les inégalités d’indemnisation persistent selon les statuts. Les salariés du privé restent les principaux bénéficiaires, tandis que les indépendants et certains agents publics ont des droits limités. Le système évolue vers un modèle hybride, soulevant des questions sur son équité.
Rupture conventionnelle : quel bilan, 16 ans après sa création ?
La rupture conventionnelle, instaurée en 2008, permet aux employés et employeurs de mettre fin à un CDI de manière négociée. Chaque année, plus de 500 000 ruptures sont signées, représentant 9,4 milliards d’euros en allocations chômage. Malgré ses avantages, des critiques portent sur les déséquilibres de négociation et son impact financier.
Bonus-malus assurance chômage : ce qui change au 1er mars 2026
Le bonus-malus sur l’assurance chômage, entré en vigueur depuis 2022, évoluera au 1er mars 2026. Les modifications incluent l’actualisation des secteurs concernés et un changement dans le calcul du taux de séparation, qui ne prendra en compte que les contrats de moins de 3 mois. Ces ajustements visent à encourager la stabilité de l’emploi.
Les petites structures les plus touchées, mais les plus grandes ne sont pas épargnées
Les chefs des plus petites entreprises, celles employant moins de cinq salariés, sont les plus touchés, représentant 90 % des pertes d’emploi enregistrées au premier semestre 2024. Toutefois, les structures plus importantes commencent également à ressentir les effets de cette crise.
Par exemple, 1.661 dirigeants d’entreprises employant entre 6 et 9 salariés ont perdu leur emploi, soit une augmentation de 40,2 % en un an. De même, 1 378 dirigeants de PME de 10 à 19 salariés se sont retrouvés au chômage, une hausse de 31,1 %. Anthony Streicher a précisé : « La taille de l’entreprise ne garantit plus la sécurité de l’emploi ».
Un déficit d’information sur le risque de chômage des entrepreneurs
Au-delà des chiffres, la situation est dramatique pour les individus concernés. Les conséquences personnelles de ces pertes d’emploi peuvent être dévastatrices, allant de la faillite à des situations de divorce, de dépression, voire de suicide. Pourtant, les services publics n’informent pas suffisamment les chefs d’entreprise sur les moyens de se protéger contre le chômage.
L’association GSC, qui existe depuis 45 ans, offre une assurance permettant aux entrepreneurs de bénéficier d’indemnités en cas de perte d’activité. Elle propose également un fonds social pouvant accorder une aide jusqu’à 5.000 euros pour aider les entrepreneurs en difficulté à faire face à leurs charges personnelles.
« Promouvoir l’entrepreneuriat sans évoquer les risques, c’est un crime ». Il regrette que les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de cette situation, malgré les nombreuses alertes lancées par l’association. Une feuille de route a été soumise au gouvernement pour améliorer l’accès à l’information, mais aucune action concrète n’a encore été prise. « Le diagnostic est posé, il ne reste plus qu’à agir », a conclu Anthony Streicher.

