Une enquête menée par l’Institut Supérieur des Métiers pour l’Union des entreprises de Proximité en février 2025 révèle des tendances significatives concernant les parcours et comportements des cheffes d’entreprise artisanale, commerciale et libérale. Cette étude, basée sur un échantillon de 2012 répondants, dont 900 cheffes d’entreprise, offre un aperçu détaillé des motivations, des défis et des réussites des femmes entrepreneures. Tour d’horizon.
Une féminisation croissante de l’entrepreneuriat
La part des femmes installées à leur compte dans les entreprises de proximité a considérablement augmenté ces dernières années. En 2017, elles représentaient 38 % des entrepreneurs, un chiffre qui est passé à 42 % en 2022.
Cette féminisation est particulièrement marquée dans certains secteurs comme l’artisanat de fabrication, l’artisanat et le commerce de l’alimentation, ainsi que les professions libérales.
En revanche, dans des secteurs comme l’artisanat du BTP, des services, ou l’hôtellerie-restauration, la féminisation stagne.
Des dirigeantes plus jeunes et plus diplômées
Les femmes cheffes d’entreprise sont en moyenne plus jeunes que leurs homologues masculins. 41 % des répondantes à l’enquête sont des femmes, et ces dernières sont installées depuis moins de 10 ans dans une proportion plus élevée que les hommes (56 % contre 64 %).
De plus, les femmes sont plus diplômées : 57 % des cheffes d’entreprise détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 40 % des hommes. Cette tendance est particulièrement visible dans les professions libérales, où 97 % des femmes possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur.
Motivations et freins à l’entrepreneuriat
Les motivations principales des femmes pour se lancer dans l’entrepreneuriat sont l’indépendance et la passion pour leur métier. 71 % des répondantes citent le désir d’être indépendantes comme principale motivation.
Cependant, elles sont également plus nombreuses à mentionner la passion pour leur métier (43 % contre 37 % pour les hommes) et le besoin d’accomplissement personnel.
Les freins à l’installation sont principalement financiers. Le manque de ressources financières est cité par 58 % des cheffes d’entreprise autodidactes et par un tiers des diplômées de l’enseignement supérieur. Les femmes mentionnent également un manque de confiance en elles, un sentiment qui tend à diminuer avec le niveau de diplôme. Les hommes, quant à eux, craignent davantage les démarches administratives.
Gestion du temps et conciliation vie pro/vie perso
La gestion de la charge de travail est le principal défi quotidien pour les femmes entrepreneures. Elles sont 63 % à travailler plus de 40 heures par semaine, mais semblent mieux réguler leur temps de travail que les hommes. 14 % des femmes exercent leur activité professionnelle à temps partiel, contre 4 % des hommes. Cette meilleure organisation du temps pourrait s’expliquer par une volonté de circonscrire le temps professionnel et de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle.
Les femmes cheffes d’entreprise sont également plus nombreuses à déclarer travailler souvent après 20 heures à leur domicile (40 % contre 48 % des hommes). Cela montre une forte implication dans leur activité professionnelle, mais aussi une difficulté à séparer vie professionnelle et vie personnelle.
Soutien et isolement
Les cheffes d’entreprise sont moins entourées que les hommes. Elles sont moins nombreuses à appartenir à des organisations professionnelles (36 % contre 42 %) ou à des réseaux de chefs d’entreprise (17 % contre 20 %).
Cette moindre implication dans les réseaux pourrait s’expliquer par la taille plus restreinte de leurs entreprises et par un effet sectoriel.
Les femmes sont également plus autonomes dans la résolution de problèmes. Elles se tournent moins vers des ressources externes et sollicitent davantage leur conjoint en cas de problème complexe. Cet isolement se reflète également dans la gestion quotidienne : les femmes sont plus nombreuses à exercer seules, sans salarié, et leur famille est moins présente dans l’entreprise que pour les hommes (19 % contre 32 %).
Satisfaction et épanouissement
Malgré les défis, les femmes cheffes d’entreprise dressent un bilan positif de leur expérience entrepreneuriale. 87 % estiment que leur métier est valorisant et source de satisfaction personnelle. Cette recherche d’épanouissement est comblée pour près de 9 cheffes d’entreprise sur 10.
Cependant, elles sont également nombreuses à déclarer ne pas prendre de temps pour elles (50 %) et à estimer que leur temps de sommeil est insuffisant (42 %).
Les femmes entrepreneures sont plus nombreuses à considérer le travail comme une source d’épanouissement personnel. Cette conception est particulièrement présente chez les cheffes d’entreprise âgées de 35 à 44 ans (60 %). L’aspect économique est plus souligné par les femmes entre 44 et 54 ans.
Un bilan positif
Moins de 10 % des dirigeantes regrettent leur installation et envisagent un retour à un statut salarié. Un quart des femmes sont dans l’expectative concernant leur avenir dans 5 ans. Pour ces dernières, la liberté des horaires est un avantage majeur qui compte dans le choix de rester indépendantes…

