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Lancée ce 7 juillet à Bercy, la MISSION REPRISE entend faire de la transmission d’entreprise un pilier stratégique du tissu économique français. Un défi immense, alors que plus d’un demi-million de sociétés devront changer de main d’ici dix ans.
Parler de création d’entreprise séduit. Parler de reprise, beaucoup moins. Et pourtant, le vivier est immense : entre 500.000 et 700.000 entreprises seront à transmettre dans la décennie à venir. Pour répondre à cet enjeu, le gouvernement vient de lancer la MISSION REPRISE, à l’initiative de Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du Commerce, de l’Artisanat, des PME et de l’Économie sociale et solidaire. Une mobilisation nationale saluée par les principaux réseaux économiques, réunis à Bercy ce lundi 7 juillet.

Un défi économique, social et territorial
Faire de la reprise un levier de dynamisme territorial : c’est la ligne fixée par la mission. Derrière l’objectif, une urgence. Le vieillissement des dirigeants d’entreprise, conjugué à une faible anticipation des cessions, menace la pérennité de milliers de structures, en particulier dans les secteurs de l’artisanat, du commerce de proximité et de l’industrie.
Mais pourquoi autant d’entreprises à reprendre peinent-elles à trouver preneur ? Les raisons sont multiples : manque de visibilité des offres de cession, inadéquation entre les profils des repreneurs et les attentes des cédants, difficulté à financer une opération souvent complexe. Sans compter une fiscalité parfois jugée dissuasive, malgré certains dispositifs favorables.
La reprise, une voie exigeante mais structurante
Philippe Savajols, président d’ISOSPACE, en sait quelque chose. En trente ans, il a repris neuf entreprises. Son expérience est précieuse pour comprendre les rouages d’une transmission réussie. « La reprise, ce n’est pas seulement une affaire de chiffres. C’est d’abord une aventure humaine, une rencontre entre deux histoires d’entreprise. Il faut savoir écouter, comprendre les équipes en place, et construire un projet qui donne du sens à la suite », explique-t-il.
Un rachat ne s’improvise pas : il suppose une capacité de diagnostic stratégique, un pilotage du changement, et un ancrage territorial fort. « Le repreneur ne peut pas être un simple investisseur. Il doit incarner une continuité, tout en ayant la capacité de transformer. »
Une culture à développer
En France, la culture de la transmission reste balbutiante. L’accompagnement existe, porté par les chambres consulaires, les réseaux comme Bpifrance, Initiative France, les experts-comptables… mais il reste éclaté, peu lisible. La MISSION REPRISE a précisément vocation à structurer cet écosystème, fédérer les initiatives existantes et lever les freins – fiscaux, culturels, informationnels – qui ralentissent les transmissions.
La question de la fiscalité, en particulier, revient régulièrement : si des dispositifs comme le Pacte Dutreil permettent des allègements dans certaines situations, la complexité des règles et la pression financière du rachat peuvent freiner de potentiels repreneurs.
Un moteur plus puissant que la création ?
Reprendre plutôt que créer : un pari souvent plus sûr, mais moins valorisé. Une entreprise existante offre un socle – clientèles, équipes, outils – que la création ne garantit pas. « On n’est pas dans la page blanche, mais dans la réécriture d’un roman déjà commencé. C’est plus complexe, mais aussi plus ancré dans la réalité économique locale », souligne Philippe Savajols.
À l’heure où les politiques publiques cherchent des leviers durables pour revitaliser les territoires, renforcer le tissu des PME et préserver les savoir-faire, la reprise apparaît comme une voie à mieux exploiter. La MISSION REPRISE se veut être une avancée notable : à condition qu’elle se traduise rapidement en actions concrètes, sur le terrain…

