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Le dernier bulletin de l’AGS, publié en juillet 2025 précise que les procédures collectives s’ancrent désormais dans un régime de haute fréquence. Après la phase de rattrapage post-Covid, c’est un nouveau palier d’instabilité économique que semblent atteindre les entreprises françaises, avec en moyenne 6.000 défaillances par mois depuis janvier. Une situation qui reflète, au-delà du simple effet de conjoncture, une transformation plus structurelle du paysage entrepreneurial hexagonal.
Une hausse des procédures, portée par les petites structures
Au deuxième trimestre 2025, 6.371 affaires ont été ouvertes par l’AGS, en hausse de 3,7 % par rapport à la même période l’an dernier. Ce volume traduit une tension persistante sur l’ensemble du territoire, bien qu’avec des contrastes régionaux marqués : alors que la Guadeloupe (+46,7 %), la Corse (+43,5 %) ou la Bretagne (+18,2 %) connaissent une progression notable, la Martinique (-24,2 %), La Réunion (-7,6 %) ou la Bourgogne-Franche-Comté (-2,5 %) voient leur niveau de procédures reculer.
La répartition par taille d’entreprise confirme une tendance désormais bien établie : près de 85 % des interventions concernent des structures de moins de 10 salariés.
Les TPE sont donc les plus exposées à ces ruptures de continuité, tandis que les grandes entreprises de plus de 100 salariés, longtemps au cœur de l’attention, ne représentent plus que 0,6 % des affaires traitées.
Un soutien massif de l’AGS
Cette situation continue de mobiliser fortement le régime de garantie des salaires. Sur le deuxième trimestre 2025, 567 millions d’euros ont été avancés aux salariés en procédure collective, soit une progression de 11,7 % par rapport à 2024.
En cumul depuis le début de l’année, le montant atteint près de 1,1 milliard d’euros, le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré à ce stade de l’année.
Ce soutien financier bénéficie principalement aux secteurs les plus exposés au ralentissement économique :
L’industrie concentre 22,2 % des avances, un chiffre en forte hausse (+58,8 % sur un an), devant le commerce (16,1 %) et la construction (15,5 %).
À l’inverse, les activités immobilières, impactées par la chute des transactions, voient les montants versés reculer de plus de 50 %.
Les natures de créance les plus représentées sont :
- Les indemnités de licenciement (26,8 %),
- Les salaires (23,5 %),
- Les préavis (17,3 %).
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AGS : la Cour des comptes alerte sur un régime sous tension face à la hausse des défaillances
Le régime de garantie des salaires (AGS) est essentiel pour protéger les salariés face aux défaillances d’entreprises. Créé en 1973, il a connu une hausse significative de demandes en 2024. Toutefois, la Cour des comptes met en garde sur la fragilité financière de l’AGS, nécessitant des ajustements pour préserver son équilibre.
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Face à une augmentation des radiations et des faillites des TPE en 2025, le rapport des Rebondisseurs Français souligne la nécessité d’écoute et de soutien, mettant en avant l’importance des relations et de la rapidité des décisions.
Des secteurs sous tension
Les données sectorielles publiées dans le bulletin mettent en lumière plusieurs zones de fragilité. Le transport de marchandises, affecté par le recul de l’investissement des entreprises et l’atonie du commerce interentreprises, affiche désormais un taux de défaillances supérieur de 70 % à celui d’avant-crise.
Dans le commerce, la pression reste vive : la consommation de biens continue de décliner (-4 % depuis 2019), pénalisant les détaillants traditionnels face à l’essor du e-commerce. Quant à l’industrie, qui avait plutôt résisté aux premiers chocs, elle montre des signes préoccupants de décrochage, avec une part croissante dans les bénéficiaires de l’AGS : 18,7 % au deuxième trimestre, contre 15 % en 2024.
Repli du nombre de bénéficiaires, mais pas du coût moyen
Paradoxalement, le nombre total de salariés ayant bénéficié de la garantie AGS est en léger recul : 83 215 bénéficiaires au 2e trimestre, soit -6,9 % sur un an. Ce repli s’explique en partie par la diminution du nombre de grandes affaires individuelles.
Néanmoins, le montant moyen par bénéficiaire reste orienté à la hausse, porté par une revalorisation des salaires de référence (+2,9 %), traduisant l’évolution récente des rémunérations.
Une dynamique de récupération en progrès
En parallèle des avances versées, 131 millions d’euros ont été récupérés par l’AGS au titre des créances au second trimestre, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024. L’industrie y occupe à nouveau la première place (27,2 % des sommes récupérées), devant la construction et le commerce.
Ce redressement des recouvrements est également lié au relèvement du taux de cotisation, passé de 0,20 % à 0,25 % en juillet 2024, qui a permis d’améliorer la trésorerie du régime : 434 millions d’euros de cotisations ont été recouvrés ce trimestre (+27 %).
Une stabilisation attendue en 2026
Les économistes Denis Ferrand et Anthony Morlet-Lavidalie (Rexecode), contributeurs de ce bulletin, envisagent une lente décrue des défaillances à partir de 2026, si la reprise de l’investissement et de la consommation se confirme. En attendant, le niveau des défaillances reste historiquement élevé, et l’AGS devra poursuivre son rôle de filet de sécurité pour les salariés des entreprises en procédure.
Les données de cet article sont issues du 50ᵉ bulletin statistique trimestriel de l’AGS (juillet 2025), basé sur le système d’information décisionnel de l’AGS et les données de la Banque de France.

