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Allocation des travailleurs indépendants ATI : quel bilan après six ans d’existence ?

Lancée en 2019, l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) devait offrir un filet de sécurité aux entrepreneurs contraints de fermer leur activité. Six ans plus tard, les chiffres montrent un dispositif aux usages limités, bien en deçà des prévisions initiales.

C’est le constat que révèle une publication de l’Unédic parue en juillet 2025, qui dresse un état des lieux du dispositif. Entre conditions d’accès restrictives, faibles volumes de bénéficiaires et dépenses marginales pour l’Assurance chômage, l’ATI met en lumière les limites actuelles de la protection sociale des non-salariés en France.

Un filet de sécurité qui peine à trouver son public

Conçue parallèlement à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), l’ATI permet à certains indépendants de bénéficier d’une indemnisation en cas de cessation d’activité.

Mais la comparaison avec l’ARE illustre immédiatement la portée restreinte de cette mesure : en 2024, seuls 1.550 travailleurs indépendants ont ouvert un droit à l’ATI, soit une moyenne mensuelle de 130 bénéficiaires, alors que 2,7 millions de personnes percevaient une allocation chômage au même moment.

Cette faible attractivité s’explique d’abord par les critères d’éligibilité. Six conditions doivent être réunies : avoir exercé deux ans consécutifs en tant qu’indépendant, justifier de revenus d’au moins 10.000 euros annuels, disposer de ressources inférieures au RSA, être en recherche effective d’emploi, et surtout avoir cessé son activité dans le cadre d’une liquidation ou d’un redressement judiciaire – sauf depuis 2022, où la non-viabilité économique attestée par un tiers peut aussi être invoquée.

Le montant forfaitaire avoisine 800 euros par mois pendant six mois, avec un plancher de 600 euros.

Dans les faits, France Travail a reçu en 2024 environ 2.200 demandes d’ATI par mois. Mais le taux de rejet atteint 86 %. Dans trois cas sur quatre, le refus tient à l’existence d’un droit ARE plus avantageux.

Dix pour cent des rejets concernent des revenus annuels insuffisants. Ces chiffres traduisent la tension entre une ambition affichée de sécurisation et une application limitée.

Le contraste est frappant : l’étude d’impact de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel » tablait sur 29.300 bénéficiaires.

Des profils spécifiques et un usage limité du cumul

L’analyse des allocataires donne un aperçu de la sociologie des indépendants qui sollicitent l’ATI. En 2024, la moitié d’entre eux disposent d’un diplôme supérieur au baccalauréat, contre 40 % parmi les demandeurs de l’ARE. L’âge moyen est également plus élevé : 47 ans, contre 35 ans pour les nouveaux allocataires de l’ARE. Un cinquième a plus de 55 ans.

Ces caractéristiques traduisent le profil de chefs d’entreprise expérimentés, souvent à la tête de structures qui n’ont pas résisté à la concurrence ou aux aléas économiques.

La répartition hommes-femmes reste déséquilibrée, même si une évolution est notable. Les femmes représentaient 28 % des bénéficiaires en 2021 ; elles étaient 37 % en 2024. Cela suggère une lente progression de la place des indépendantes dans le dispositif.

Autre distinction : le cumul avec un revenu d’activité est bien moins fréquent que pour l’ARE. Fin 2024, seuls 17 % des allocataires de l’ATI cumulaient allocation et revenus, contre 31 % pour les bénéficiaires de l’ARE. Plus globalement, 36 % des allocataires ATI exerçaient une activité, contre 47 % pour l’ARE.

Ce différentiel illustre une réalité : la reprise d’activité des indépendants est plus complexe à articuler avec une indemnisation temporaire.

Des dépenses marginales pour l’Assurance chômage

L’impact budgétaire du dispositif reste très réduit. En 2024, les dépenses d’indemnisation au titre de l’ATI se sont élevées à 6,7 millions d’euros, en hausse par rapport à 2023, mais très éloignées des 140 millions anticipés lors de la création du dispositif.

Pour donner un ordre de grandeur, les dépenses globales d’indemnisation de l’Assurance chômage atteignaient 37,1 milliards d’euros en 2024.

Autrement dit, l’ATI représente une part infime des flux financiers liés à la solidarité nationale envers les actifs privés d’emploi.

Cette sous-utilisation interroge sur le calibrage du dispositif. L’existence d’un droit d’option entre ARE et ATI conduit dans la majorité des cas à privilégier l’ARE, plus favorable en montant et en durée.

Les conditions strictes d’accès limitent également l’éligibilité, malgré l’assouplissement introduit en 2022.

À l’heure où la protection des indépendants occupe une place croissante dans le débat public, l’expérience de l’ATI met en lumière les difficultés à transposer un modèle d’assurance chômage pensé pour les salariés vers l’univers entrepreneurial.

Le dispositif, conçu comme un premier pas, illustre surtout la complexité d’offrir une protection réellement adaptée aux parcours non linéaires et aux risques spécifiques des travailleurs indépendants.

L’ATI en bref

Créée par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel et mise en place en 2019, l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) vise à soutenir les non-salariés contraints de cesser définitivement leur activité.

Conditions d’éligibilité :

  • avoir exercé une activité non salariée pendant au moins deux ans consécutifs ;
  • cesser son activité dans le cadre d’une liquidation, d’un redressement judiciaire ou d’une non-viabilité économique attestée ;
  • justifier de revenus annuels d’au moins 10.000 euros sur l’une des deux dernières années ;
  • disposer de ressources personnelles inférieures au RSA ;
  • être en recherche active d’emploi ;
  • ne pas avoir déjà perçu l’ATI au cours des cinq années précédentes.

Montant et durée : l’allocation s’élève à environ 800 euros par mois pendant six mois, avec un plancher fixé à 600 euros.

Démarches : la demande doit être déposée auprès de France Travail, qui vérifie l’ensemble des critères et s’assure qu’aucun droit plus favorable à l’ARE ne puisse être ouvert.

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