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Après un rebond spectaculaire au sortir de la crise sanitaire, l’emploi dans l’artisanat ralentit légèrement sans pour autant s’essouffler. D’après la dernière édition du baromètre ISM–MAAF, le secteur comptait 1,857 million de salariés fin 2024, soit une progression de 4,5 % depuis 2019. Une performance qui confirme le rôle structurant de l’artisanat dans l’économie française, mais qui s’accompagne d’un climat inédit de tension sur le marché du travail.
Une dynamique post-Covid en léger reflux
Entre 2019 et 2022, l’artisanat a connu une véritable embellie, avec une hausse de 8 % des effectifs salariés. La tendance s’est cependant infléchie depuis, dans un contexte marqué par la crise énergétique et le ralentissement économique.
Entre 2022 et 2024, les effectifs reculent de 3 % : le BTP perd 5 % de ses postes, l’artisanat de fabrication 4 %, tandis que les services et l’alimentation maintiennent leurs positions.
« Alors que l’emploi artisanal reste solide après le rebond post-Covid, les entreprises font face à des tensions croissantes pour recruter », observe Anne-Sophie Prissé, directrice marketing et communication de MAAF.
Des offres en hausse de 46 %… et des candidats moins nombreux
Si les créations nettes d’emplois marquent une pause, le volume des offres continue de progresser fortement : 490.000 annonces ont été publiées en 2024, soit une augmentation de 46 % en cinq ans. Cette tendance reflète moins une expansion qu’un besoin de remplacements réguliers, liés aux départs en retraite et à la mobilité des salariés.
Le paradoxe vient du fait que, dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi dans l’artisanat chute de 12 %. Le secteur attire donc moins de candidats, alors même que les postes à pourvoir explosent.
Résultat : les recrutements deviennent particulièrement difficiles. Certaines professions atteignent des taux record :
- 82 % pour les couvreurs,
- 80 % pour les chaudronniers,
- 81 % pour les carrossiers automobiles,
- ou encore 74 % pour les bouchers.
Des métiers porteurs pour la formation et la reconversion
Dans ce contexte, l’étude met en avant un palmarès des métiers les plus porteurs pour un projet professionnel. Charcutiers-traiteurs, plâtriers, soudeurs, menuisiers ou retoucheurs en habillement font partie des profils où la demande d’emploi s’effondre et où les entreprises peinent à recruter. Ces filières offrent donc des perspectives particulièrement attractives pour la formation initiale ou la reconversion.
Mais le baromètre invite à la prudence : certains métiers, très en vogue ces dernières années, semblent avoir atteint un plafond. Brasseurs, fromagers, pâtissiers ou encore chauffeurs VTC voient le nombre de demandeurs d’emploi progresser rapidement, traduisant une saturation partielle du marché.
« La plupart des grands secteurs de l’artisanat rencontrent aujourd’hui des difficultés à pourvoir leurs postes », souligne Catherine Elie, directrice des études de l’ISM. « À l’inverse, rares sont les activités où le vivier de candidats augmente, en dehors de métiers très médiatisés où l’offre d’emplois reste limitée. »
Une opportunité à saisir pour l’avenir de l’artisanat
Les données confirment que l’artisanat continue de recruter massivement, malgré une conjoncture moins favorable. Le secteur reste donc un levier stratégique d’emploi, mais son attractivité devra être renforcée pour répondre aux besoins des entreprises.
Entre tensions sur le recrutement et métiers porteurs, le baromètre ISM–MAAF éclaire ainsi les choix à faire pour celles et ceux qui envisagent un avenir professionnel dans l’artisanat : une filière à la fois solide, exigeante et riche en opportunités.
Un palmarès chiffré des métiers en tension
Le baromètre détaille les professions où le déséquilibre entre offre et demande se fait le plus sentir. Dans l’alimentation, les charcutiers-traiteurs enregistrent une baisse de 23 % du nombre de demandeurs d’emploi depuis 2019, tandis que la boulangerie-viennoiserie recule de 19 % et la vente en alimentation de 16 %. Le BTP connaît les plus fortes variations :
- –34 % pour les plâtriers,
- –30 % pour les charpentiers bois,
- –27 % pour les tailleurs de pierre et
- –23 % pour les peintres en bâtiment.
Côté fabrication, les soudeurs perdent 22 % de candidats, les menuisiers 18 %, et les techniciens de maintenance 10 %.
Enfin, dans les services, les retoucheurs en habillement affichent une baisse de 29 %, les agents d’entretien –16 % et les mécaniciens automobiles –7 %.
Des données qui confirment les besoins massifs en compétences dans ces métiers, et qui offrent des repères précieux pour cibler les actions de formation et de reconversion.

