
En 2024, 151.000 offres déposées sur France Travail n’ont pas trouvé preneur, soit moins de 5 % du total des offres. La grande majorité — plus de huit sur dix — a été pourvue.
Le marché du travail français entre dans une phase de normalisation, après des années d’ajustements post-crise. Les tensions s’atténuent, mais les déséquilibres se déplacent vers des questions de compétences, de conditions de travail et d’adéquation territoriale. Autrement dit, le problème n’est plus le volume d’offres, mais la qualité des appariements entre entreprises et candidats.
L’Unédic a publié le 30 septembre dernier une analyse approfondie des indicateurs du marché du travail — emplois vacants, offres non pourvues, difficultés de recrutement et tensions —, pilotée par Adrien Gaboulaud et Boris Koehler, qui met en lumière une tendance de fond : après plusieurs années de forte tension post-Covid, la situation se stabilise. Mais cette accalmie ne signifie pas retour à la normale pour les entreprises. Elle révèle plutôt un réajustement des dynamiques d’emploi, marqué par des déséquilibres sectoriels durables.
Un ralentissement du taux d’emplois vacants
Selon les données de la Dares reprises par l’Unédic, la France comptait 488.000 emplois vacants au deuxième trimestre 2025, soit un taux de 2,5 %, en baisse depuis 2023. Après avoir atteint un pic au sortir de la pandémie, cet indicateur revient à des niveaux proches de l’avant-crise sanitaire.
Autrement dit, la demande des entreprises en recrutement reste soutenue, mais elle se normalise.
Cette évolution traduit un marché du travail moins tendu, mais toujours dynamique. Le taux reste supérieur à celui observé il y a dix ans et témoigne d’une rotation importante de la main-d’œuvre — signe d’un renouvellement continu des équipes et de besoins persistants en compétences.
Les secteurs les plus concernés demeurent la construction (3,1 %) et, dans une moindre mesure, les services.
Des difficultés de recrutement encore marquées
L’enquête de conjoncture de l’Insee de juillet 2025 révèle que près de sept entreprises du bâtiment sur dix déclarent encore des difficultés à recruter. Dans l’industrie manufacturière, cette proportion atteint près de 40 %, et près de 30 % dans les services.
Ces chiffres, en léger recul depuis 2023, restent toutefois élevés. Ils soulignent que le ralentissement des tensions ne s’accompagne pas d’une amélioration généralisée du recrutement. Le problème se déplace : moins quantitatif, il devient plus qualitatif.
Pour les entreprises, la question n’est plus seulement de trouver des candidats, mais de trouver les bons profils. France Travail note ainsi que dans les offres non pourvues, près des deux tiers des employeurs invoquent un manque de compétences ou d’expérience chez les candidats.
Ce constat interroge directement la formation, la reconversion et la capacité des entreprises à ajuster leurs pratiques d’embauche.
Un taux d’offres non pourvues relativement faible
En 2024, 151.000 offres déposées sur France Travail n’ont pas trouvé preneur, soit moins de 5 % du total des offres. La grande majorité — plus de huit sur dix — a été pourvue. Ce taux modéré nuance l’idée d’un marché du travail saturé par des postes vacants. Il met aussi en évidence une certaine efficacité du processus de recrutement, malgré des difficultés persistantes dans certains métiers.
Les abandons de recrutement « faute de candidat » touchent surtout les emplois durables (CDI ou contrats de plus de six mois), ce qui pose un problème structurel : les postes les plus stables sont paradoxalement les plus difficiles à pourvoir.
Des tensions qui se déplacent plutôt qu’elles ne s’atténuent
L’indicateur composite de tension calculé par la Dares et France Travail montre que les tensions se stabilisent entre 2022 et 2023. Elles restent cependant très fortes dans le bâtiment, l’industrie et certains métiers de la santé, tandis qu’elles diminuent dans l’informatique et les télécommunications.
Ce mouvement traduit un rééquilibrage sectoriel : les métiers manuels et techniques continuent de souffrir d’un manque de main-d’œuvre, tandis que les métiers du numérique voient leur attractivité se normaliser après plusieurs années de croissance rapide.
Ce que cela signifie pour les entreprises
Pour les employeurs, ces évolutions impliquent de repenser leur approche du recrutement et de la fidélisation. La tension globale du marché du travail diminue, mais les écarts entre secteurs se creusent. Les entreprises des secteurs les plus touchés doivent investir dans :
- La formation interne et les parcours de montée en compétences ;
- L’attractivité des conditions de travail, notamment dans le bâtiment et l’industrie ;
- L’adaptation géographique de leurs recrutements, certaines zones connaissant un déséquilibre entre offre et demande.
La publication de l’Unédic rappelle aussi l’importance de bien distinguer les indicateurs : un emploi vacant n’est pas nécessairement une offre non pourvue, et des tensions peuvent subsister même lorsque le volume d’offres diminue.

