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La formation professionnelle face à la fin du « quoi qu’il en coûte »

©mungkhoodstudios-images via canva.com / Illustration.
Après des années d’investissements massifs dans la formation et l’apprentissage, l’État amorce un virage budgétaire.

Le système français de formation professionnelle sort d’une période d’expansion historique. La décennie ouverte en 2018 aura vu la modernisation des outils, la dématérialisation des droits et une explosion de l’offre. Reste à savoir si, dans le cadre budgétaire plus strict qui s’installe, la dynamique de l’apprentissage et de la montée en compétences saura se maintenir sans perfusion publique.

Après des années d’investissements massifs dans la formation et l’apprentissage, l’État amorce un virage budgétaire. Le projet de loi de finances 2026, et plus précisément son annexe “Formation professionnelle” publiée par la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), acte la fin d’une période d’expansion tous azimuts : aides à l’embauche d’apprentis réduites, FNE-Formation suspendu, CPF encadré, France compétences sommé de se rééquilibrer. Une nouvelle ère s’ouvre, celle de la soutenabilité.

Un système à 56 milliards d’euros

En 2024, la France aura consacré 56,6 milliards d’euros à la formation professionnelle et à l’apprentissage. Les entreprises en restent le principal financeur (16,4 Md€), suivies par les opérateurs de compétences (12,4 Md€) et l’État (8,7 Md€).

Un effort colossal, qui a accompagné la refonte du système depuis la loi de 2018 et porté la formation au rang de levier économique. Mais le souffle de l’après-crise se tasse : hors dépenses directes des entreprises et de la fonction publique, la dépense nationale a reculé de 2,4 % en 2024, prolongeant un ralentissement amorcé dès 2023.

Apprentissage : l’âge d’or en question

Symbole du volontarisme public, l’apprentissage a connu une expansion spectaculaire : de 360.000 entrées en 2019 à 880.000 en 2024, et plus d’un million d’apprentis en formation. Ce succès repose sur des mesures fortes – simplification administrative, création de CFA d’entreprise, aides massives à l’embauche – mais il pèse lourdement sur les finances publiques.

Jusqu’à fin 2024, les entreprises bénéficient encore d’une aide de 6.000 € pour tout contrat signé. À partir de février 2025, le dispositif sera revu à la baisse : 5.000 € pour les structures de moins de 250 salariés, 2.000 € pour les plus grandes, quel que soit le niveau du diplôme préparé. « L’objectif est de préserver le dynamisme sans creuser davantage le déficit », explique-t-on à la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP).

Cette rationalisation pourrait toutefois fragiliser certains acteurs. Les CFA, passés de 954 avant la réforme de 2018 à près de 4.000 établissements certifiés Qualiopi, voient leur modèle remis en tension : moins d’aides par contrat, plus de concurrence et une exigence accrue de qualité.

France compétences sous surveillance

Créé pour réguler et financer le système, France compétences reste au centre du jeu… et du problème. L’établissement public, chargé de redistribuer les fonds collectés via la contribution unique à la formation et à l’alternance, cumule depuis plusieurs années un déséquilibre structurel.

L’explosion de l’apprentissage et du CPF a creusé son déficit, malgré les premières mesures de régulation engagées depuis 2022.

Le PLF 2026 lui alloue 613 millions d’euros de subvention, en baisse de près de 30 % par rapport à 2025. L’État attend de l’opérateur un effort supplémentaire :

  • Réduction des coûts,
  • Plafonnement des niveaux de prise en charge,
  • Contrôle renforcé des organismes.

Une nouvelle convention d’objectifs et de performance 2025-2027 doit formaliser ce recentrage.

« Nous devons concilier l’accès à la formation et la soutenabilité financière », indique un représentant de France compétences. Une équation délicate, alors que l’opérateur finance aussi bien les OPCO, la Caisse des Dépôts (pour le CPF) que les associations Transitions Pro.

CPF : responsabiliser les usagers

Depuis 2019, le compte personnel de formation (CPF) a révolutionné l’accès individuel à la formation : près de 7 millions de titulaires ont téléchargé l’application « Mon Compte Formation ». Mais son succès a eu un revers : dérives commerciales, fraudes, et explosion des dépenses. Pour y remédier, plusieurs garde-fous ont été instaurés : interdiction du démarchage, contrôle renforcé des organismes, et surtout, depuis mai 2024, instauration d’un reste à charge de 100 € par dossier.

Cette participation symbolique, exonérée pour les demandeurs d’emploi, vise à responsabiliser les utilisateurs. Résultat : les inscriptions en CPF ont nettement ralenti au premier semestre 2024. Parallèlement, l’État encourage les cofinancements des employeurs ou des régions, intégrés directement à la plateforme.

Le CPF a mobilisé près de 1,9 milliard d’euros en 2024, se plaçant au troisième rang des financements de la formation. Mais la priorité est désormais à la maîtrise, non à la croissance.

FNE et PIC : recentrage sur les transitions

Autre indicateur du tournant budgétaire : la disparition progressive du FNE-Formation. Créé pour soutenir les entreprises pendant la crise sanitaire, puis prolongé pour accompagner les transitions écologiques et numériques, le dispositif a été suspendu dès 2025, sans reprise prévue pour 2026. En 2024, il avait encore mobilisé 96 millions d’euros, finançant plus de 120.000 actions de formation, principalement dans les PME.

Seul le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) poursuit sa route. Lancé en 2018 pour former les demandeurs d’emploi peu qualifiés, il entre dans un nouveau cycle 2024-2027, doté de 311 millions d’euros au niveau national et 148 millions pour les pactes régionaux (PRIC).

Le recentrage est clair : cibler les publics les plus éloignés de l’emploi et mesurer l’efficacité des dispositifs.

Contrôle et qualité : la nouvelle priorité

Face aux fraudes et à la complexité du système, l’État renforce le contrôle. Les DREETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) ont désormais pour mission de vérifier plus systématiquement l’usage des fonds publics, notamment sur le CPF et l’apprentissage. Un plan interministériel d’amélioration de la qualité lancé en 2025 vise à sécuriser les financements et à fiabiliser la certification des organismes de formation.


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