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+6,7 % : les maladies professionnelles repartent à la hausse

©Emre Ezer / Pexels / Illustration

Plus qu’un mouvement comptable, cette évolution dessine une recomposition silencieuse, mais profonde des risques professionnels et des implications pour les entreprises.

La nouvelle photographie statistique publiée par l’Assurance Maladie sur la sinistralité AT/MP montre une réalité qui s’installe durablement : les maladies professionnelles progressent, tandis que les accidents du travail reculent.

En 2024, les MP augmentent de 6,7 %, retrouvant désormais leur niveau d’avant Covid-19. Une dynamique portée principalement par les troubles musculosquelettiques (près de 90 % des MP) et par le doublement en quatre ans des affections psychiques.

Les maladies professionnelles progressent, les AT reculent

Alors que les accidents du travail diminuent légèrement (–1,1 % en 2024), les maladies professionnelles suivent une trajectoire inverse. Entre 2020 et 2024, leur volume et leur intensité augmentent, avec une montée visible des troubles chroniques et des effets différés.

Parmi les facteurs marquants :

  • Les TMS augmentent de 6,6 % en 2024
  • Les pathologies liées à l’amiante progressent de 8,5 %
  • Les maladies psychiques reconnues augmentent de 9 %

Cette bascule n’est pas anecdotique : elle influence la tarification des risques professionnels, les politiques RH, l’organisation du travail et la capacité de maintien dans l’emploi.

Répartition sectorielle des sinistres en 2024

Services II (intérim, action sociale, santé, nettoyage)39,8 / 1 000
BTP38,1 / 1 000
Transports / énergie / eau36,6 / 1 000
Alimentation32,5 / 1 000
Métallurgie22,6 / 1 000
Chimie / plasturgie / caoutchouc19,8 / 1 000
Commerces non alimentaires17,6 / 1 000
Services I (banques, assurances, administrations)7,8 / 1 000
  • Indice de fréquence national : 26,4 accidents pour 1 000 salariés (2024).
  • Le CTN I (travail temporaire & secteurs associés) conserve une exposition élevée malgré une baisse du nombre absolu d’accidents.
Source : Rapport annuel 2024 — Assurance Maladie (données AT/MP). Voir le rapport complet (PDF)

Psychisme au travail : une alerte qui ne se dégonfle plus

Le nombre de MP psychiques a littéralement doublé entre 2020 et 2024. Et plusieurs données attirent l’attention.

Deux tiers des demandes de reconnaissance concernent des femmes, et plus de la moitié des cas touchent des salariés de plus de 50 ans.

L’exposition aux risques psychosociaux augmente clairement avec la séniorité dans les postes, la responsabilité hiérarchique et l’intensité décisionnelle.

Près de la moitié des salariés souffrant d’une affection psychique reconnue exercent des fonctions intellectuelles, de direction ou de type cadre supérieur.

Cette tendance met en lumière un paradoxe contemporain : à mesure que les activités tertiarisées deviennent moins physiques, la contrainte se déplace vers l’attention, la disponibilité cognitive, la pression organisationnelle et la charge morale.

Le choc pour l’intérim : un risque presque deux fois supérieur

En 2024, près de 800.000 intérimaires relèvent du régime général. Le nombre d’accidents du travail diminue depuis 2022, mais l’indice de fréquence reste presque deux fois supérieur au niveau national.

La réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2024 répartit désormais le coût des sinistres à parts égales entre l’entreprise d’intérim et l’entreprise utilisatrice.

Une évolution qui devrait, à terme, modifier les pratiques de prévention des entreprises d’accueil comme des agences.

Ce secteur présente plusieurs caractéristiques structurantes :

  • exposition fréquente à des tâches opérationnelles à risques
  • segmentation des parcours et des collectifs de travail
  • moindre investissement en prévention individuelle
  • intégration rapide dans des postes opérationnels sans montée en compétence préalable

Au-delà de la sinistralité stricte, l’intérim agit comme un révélateur : certains secteurs transfèrent sur ces salariés une part disproportionnée du risque physique.

La facture pour les entreprises : les indemnités journalières prennent le dessus

Pour la première fois, les indemnités journalières AT/MP deviennent le premier poste de dépense de la branche, atteignant 4,9 milliards d’euros en 2024.

Elles dépassent les prestations liées aux incapacités permanentes, qui représentaient historiquement la part la plus élevée.

Ce basculement implique une évolution : les pathologies chroniques, longues et parfois diffuses, produisent davantage d’arrêts de travail que d’incapacités permanentes immédiates.

Autrement dit, la charge économique se concentre de plus en plus sur les absences répétées et prolongées plutôt que sur la réparation des séquelles définitives.

Dans le même temps, le taux net moyen notifié aux entreprises poursuit sa baisse pour atteindre 1,87 % en 2024. Cette réduction apparente du taux masque toutefois une réalité : la sinistralité se transforme plus qu’elle ne recule, et la croissance des IJ en est le marqueur.

Un changement de modèle du risque professionnel

Trois lignes de force se dessinent clairement :

  1. La réduction progressive, mais continue des accidents liés à l’activité physique directe ;
  2. La montée des affections qui découlent d’usures cumulées, de contraintes organisationnelles, de pressions psychiques ;
  3. Une responsabilité partagée ou redistribuée dans certains secteurs (notamment l’intérim).

Ce nouvel équilibre s’accompagne d’une implication croissante de la gestion du travail sur la durée. Les services RH et QVT se retrouvent au cœur du sujet. La prévention ne peut plus reposer uniquement sur la sécurisation des gestes et postures ou sur l’équipement matériel.

Elle doit intégrer :

  • l’organisation des temps de travail
  • la charge mentale
  • la qualité managériale
  • la trajectoire professionnelle
  • la soutenabilité des tâches sur le long terme

Le travail se transforme, et avec lui, les risques associés. Les chiffres publiés pour 2024 ne racontent pas simplement davantage de maladies professionnelles ; ils racontent l’émergence d’une nouvelle géographie du travail et de ses tensions.

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