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« Les artisans sont des acteurs clés de la vitalité des communes, mais leur potentiel est encore sous-exploité, » souligne Joël Fourny, président de CMA France.
« Notre objectif est de montrer aux élus comment agir concrètement, en s’appuyant sur des retours d’expérience et des partenariats déjà rodés », a précisé Joel Fourny, président de CMA France.
À l’approche des élections municipales de mars 2026, les Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) ne se contentent pas d’attendre les programmes des candidats.
Elles leur proposent un condensé de bonnes pratiques, « Et si vous agissiez pour l’artisanat ? », conçu comme une boîte à outils pour transformer l’artisanat en levier de développement local.
« Ce guide rassemble des pratiques efficaces menées par les CMA et les collectivités locales, » explique le réseau. « Il est destiné à inspirer les candidats pendant leur campagne, mais aussi à les accompagner tout au long de leur mandat. »
Avec 2,2 millions d’entreprises et plus de 3,1 millions d’actifs, l’artisanat représente un poids économique et social majeur. « Les artisans sont des acteurs clés de la vitalité des communes, mais leur potentiel est encore sous-exploité, » souligne Joël Fourny, président de CMA France.
« Notre objectif est de montrer aux élus comment agir concrètement, en s’appuyant sur des retours d’expérience et des partenariats déjà rodés. »
Pourquoi l’artisanat est-il un enjeu central pour les communes ?
1. Un secteur qui structure l’économie locale
L’artisanat n’est pas un simple complément à l’économie d’un territoire : il en est souvent le socle. « Dans les centres-villes comme en milieu rural, les artisans assurent des services de proximité, maintiennent une vie économique et créent de l’emploi non délocalisable » rappelle le guide des CMA.
« Ils sont aussi des acteurs de la formation, de l’insertion et de la transmission des savoir-faire. »
- Exemple en Auvergne-Rhône-Alpes : Les « Rendez-vous de l’alimentation de proximité », coorganisés par les CMA et les métropoles de Saint-Étienne et Loire Forez, permettent de structurer des filières courtes en mettant en relation producteurs, artisans et restaurateurs. « Ces rencontres favorisent l’approvisionnement local et dynamisent l’économie circulaire », précise le document.
- En Occitanie : L’incubateur « Le Nouvel Atelier », porté par la CMA Hérault, accompagne pendant sept mois les porteurs de projets dans l’économie circulaire, de l’idée au lancement. « Nous aidons à créer des entreprises viables, tout en intégrant les enjeux de réduction des déchets et de sobriété ».
2. Un rempart contre la désertification et la vacance commerciale
La fermeture d’un commerce ou d’un atelier artisanal peut avoir un effet domino sur une commune. « La vacance commerciale fragilise le tissu social et économique ». « Les CMA aident les collectivités à identifier des solutions pour réimplanter des activités et éviter ce déclin. »
- À Pargny-sur-Saulx (Grand Est) : La CMA a mené une campagne de détection des besoins des artisans, couplée à une cartographie des locaux vacants. « Nous avons proposé un accompagnement personnalisé pour l’implantation, le développement d’activité ou même des diagnostics complets ». « Résultat : plusieurs commerces ont pu rouvrir, et la dynamique locale s’en est trouvée relancée. »
- En Normandie : Le « Pack Revitalisation », co-construit avec la Foncière de Normandie, permet aux communes de bénéficier d’une étude de viabilité commerciale avant de rechercher un repreneur. « Nous sécurisons ainsi l’implantation et proposons des loyers avantageux en phase de lancement ».
3. Un acteur clé de la transition écologique et numérique
Les artisans sont souvent en première ligne pour répondre aux attentes des citoyens en matière d’environnement et de modernisation.
- Transition écologique
- En Moselle, les « Éco-défis des commerçants et artisans » incitent les entreprises à réduire leurs déchets, optimiser leur consommation d’eau et d’énergie, ou encore promouvoir les circuits courts. « Plus de 100 entreprises sont déjà labellisées ‘Artisan Zéro Déchet’ dans le Tarn ».
- À Guérande (Pays de la Loire), les coiffeurs se sont fédérés pour créer un circuit de valorisation des cheveux coupés, transformés en supports de dépollution ou en paillage. « Cette initiative s’inscrit dans la stratégie territoriale de réduction des déchets et de préservation de la ressource en eau ».
- Transition numérique :
- En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la CMA accompagne les artisans via des ateliers collectifs (« 1ᵉʳ pas numérique ») et des diagnostics individualisés. « Nous aidons à optimiser leur présence en ligne, leur gestion client ou leur communication » détaille le guide. « Certains artisans ont ainsi pu développer leur chiffre d’affaires de 20 % en un an. ».
- Dans le Grand Est, le dispositif « Artisan connecté » permet aux entreprises de bénéficier de subventions pour s’équiper en outils numériques, avec un accompagnement sur-mesure. « Jusqu’à 80 % de l’investissement peut être financé ».
Comment les CMA accompagnent-elles les collectivités ? Un partenariat gagnant-gagnant
1. Des diagnostics territoriaux pour agir en connaissance de cause
Avant de lancer une action, il faut comprendre les besoins. Les CMA proposent aux communes des études fines de leur tissu artisanal.
- En Alsace : Une enquête personnalisée a été menée à Mundolsheim pour identifier les attentes des artisans. « Nous avons élaboré un questionnaire sur mesure, administré l’enquête, puis restitué un rapport avec des préconisations aux élus ». « Cela a permis de lancer des actions ciblées, comme des ateliers de formation ou des aides à l’investissement. »
- En Bourgogne-Franche-Comté : Un diagnostic territorial a été réalisé dans le Doubs pour formaliser les besoins des entreprises et informer sur les aides disponibles (immobilier, transmission, etc.). « Nous avons ensuite présenté nos conclusions aux élus, avec des pistes d’actions prioritaires ».
2. Des formations et des accompagnements sur-mesure
Les CMA ne se contentent pas de conseiller : elles forment et accompagnent les artisans et les élus.
- En Bretagne : Le dispositif « Avantages comparatifs territoriaux » propose aux entreprises des ateliers de recrutement, de marketing territorial ou de prospection de marchés publics. « Nous aidons les artisans à se différencier et à capter de nouveaux clients ».
- En Île-de-France : Le programme « Booste ta boîte ! » offre aux entrepreneurs un parcours de formation opérationnelle, couplé à une campagne de communication conjointe avec les collectivités. « L’objectif est de créer une dynamique collective et de valoriser les savoir-faire locaux ».
3. Des outils pour faciliter la transmission et la reprise d’entreprises
La transmission est un enjeu majeur : 40 % des artisans ont plus de 50 ans, et beaucoup n’ont pas de repreneur identifié.
- En Nouvelle-Aquitaine : La CMA a mis en place un dispositif innovant de « capteurs-tiers de confiance » (maires, conseillers départementaux) pour repérer les artisans proches de la retraite et les accompagner dans leur projet de cession. « Nous formons ces relais à détecter les situations et à orienter les cédants vers nos experts ».
- En Alsace : Le dispositif « Artisanat de production : diagnostics transmission ciblés » propose des rendez-vous d’information, des conseils personnalisés et une diffusion d’annonces sur la plateforme Transentreprise. « L’objectif est d’éviter les fermetures et de pérenniser les emplois ».
4. Des événements pour valoriser les savoir-faire
Les CMA organisent aussi des manifestations pour mettre en lumière l’artisanat et fédérer les acteurs locaux.
- Les Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) : Portées par les CMA, ces journées permettent aux artisans d’ouvrir leurs ateliers au public et de montrer la diversité de leurs métiers. « En 2025, plus de 15 000 artisans ont participé en France ».-
- Les marchés 100 % locaux : À Limoges, la CMA Nouvelle-Aquitaine organise chaque année des marchés réservés aux artisans et producteurs (Pâques, Noël, etc.). « Ces événements génèrent un chiffre d’affaires supplémentaire pour les exposants et animent le centre-ville ».
Comment les candidats peuvent-ils s’emparer de ce document?
Le guide « Et si vous agissiez pour l’artisanat ? » est disponible auprès des CMA régionales. « Nous invitons les candidats à nous solliciter pour adapter ces bonnes pratiques à leur territoire ». « Nos équipes sont présentes sur le terrain, prêtes à les accompagner dans la mise en œuvre d’actions concrètes. »
Quelques pistes pour les futurs élus :
- S’appuyer sur les diagnostics : Identifier les besoins des artisans de sa commune et les secteurs porteurs.
- Co-construire des projets : Travailler avec la CMA pour monter des dispositifs d’accompagnement (formation, transmission, numérique).
- Valoriser les initiatives : Organiser des événements pour mettre en lumière les savoir-faire locaux et fédérer les acteurs.
- Sécuriser l’immobilier artisanal : Utiliser les outils des CMA pour éviter la vacance et favoriser l’implantation d’activités durables.
« L’artisanat n’a pas besoin de promesses, mais d’actions » conclut le guide. « Ce document est une invitation à passer des mots aux actes, en s’inspirant de ce qui marche déjà ailleurs. »

