
À l’origine instaurées par la loi du 26 juillet 1925, les CMA avaient pour mission de « sauvegarder les intérêts professionnels et économiques des métiers… et de participer à l’organisation de l’apprentissage ».
Au-delà de la simple commémoration, cet anniversaire résonne comme une halte symbolique : que reste-t-il de l’institution après un siècle et que se projette-t-elle vers demain, notamment face à des transitions technologiques, énergétiques et sociétales ?
Créé en 1925, le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) célèbre l’année 2025 en l’honneur d’un siècle de présence dans le paysage économique français. À l’origine instaurées par la loi du 26 juillet 1925, les CMA avaient pour mission de « sauvegarder les intérêts professionnels et économiques des métiers… et de participer à l’organisation de l’apprentissage ».
Aujourd’hui, CMA France coordonne 21 CMA réparties sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin. Ensemble, ces structures accompagnent quelque 2,4 millions d’entreprises artisanales et forment chaque année plus de 112.000 apprentis, ce qui en fait le premier acteur français de l’apprentissage dans les métiers manuels et techniques.
Joël Fourny, son président, précise dans un communiqué : « ces piliers que sont la formation et le développement économique sont toujours les fondamentaux de notre action quotidienne ».
Un réseau d’entreprises artisanales parmi les plus présentes sur le terrain
Les entreprises artisanales constituent une part importante de la structuration économique locale, qu’on parle des métiers du bâtiment, de l’alimentation, de la réparation ou des services. Elles participent à la vie des centres-villes autant qu’à celle des zones rurales.
Pour beaucoup de ces entreprises — souvent de petite taille — les besoins ne sont pas ceux de grandes entreprises ou même de PME établies. C’est là qu’intervient CMA France en tant qu’organisation publique de proximité.
Joël Fourny rappelle : « Du fait de leur taille, les entreprises artisanales ont des particularismes, des spécificités fortes et des besoins précis. C’est notre rôle de les aider, de façon adaptée, à anticiper, à appréhender l’avenir et à prendre les bonnes décisions ».
Dans cette logique, les CMA remplissent plusieurs fonctions :
- l’enregistrement et le suivi administratif des entreprises artisanales ;
- l’accompagnement à la création, transmission ou reprise d’entreprise ;
- l’orientation vers des dispositifs de financement et de soutien ;
- l’information réglementaire sectorielle ;
- enfin, l’organisation et la gestion de l’apprentissage.
Cet apprentissage constitue un volet structurant : il contribue à renouveler les savoir-faire artisanaux tout en offrant à de nombreux jeunes une voie concrète vers l’emploi. « Il nous appartient également de former la nouvelle génération d’artisans », indique Joël Fourny.
Un siècle d’évolution institutionnelle : une preuve d’adaptation
Le réseau a traversé quatre républiques, des guerres, des crises économiques et autant de réorganisations territoriales.
Au fil des décennies, les CMA se sont « adaptées, transformées, restructurées et régionalisées ». La régionalisation, notamment, a permis une mutualisation des moyens et une coordination plus effective avec les stratégies économiques régionales.
La CMA demeure néanmoins l’une des rares institutions dont la présence est réellement diffuse — jusque dans les zones les plus reculées du territoire.
Joël Fourny souligne cette présence : « Aujourd’hui, nous nous sommes imposés comme un réseau d’experts, un acteur du dernier kilomètre, mais également le partenaire de référence des décideurs locaux et nationaux. »
Pour autant, la période actuelle impose une série de transformations rapides : l’essor de l’intelligence artificielle, les mutations énergétiques, le choc du Covid-19, l’adaptation face aux impacts climatiques et les tensions économiques. Le communiqué du centenaire évoque que « notre société évolue à une vitesse vertigineuse dans un contexte aussi exigeant qu’incertain ».
Un gage de stabilité face à une économie en mouvement
Les CMA revendiquent une mission d’ancrage et de stabilité pour les entreprises artisanales face à ces changements. Elles entendent fournir des repères et un accompagnement dans une période marquée par la volatilité.
Pour de nombreux chefs d’entreprise artisanale, la continuité des activités dépend de leur capacité à :
- comprendre les mutations réglementaires ;
- intégrer de nouveaux outils numériques ;
- adapter leurs compétences internes ;
- maintenir la cohésion de la filière.
Le réseau affirme vouloir se projeter vers les prochaines décennies. Comme le précise Joël Fourny : « Nous voulons continuer de faire grandir le secteur et permettre aux entreprises artisanales qui le composent d’avoir une longueur d’avance. »
L’apprentissage à l’artisanat comme terrain de modernisation
L’apprentissage est un segment où CMA France entend faire évoluer ses pratiques et son modèle. En octobre 2025, l’organisation a tiré le signal d’alarme : la régulation du financement et la qualité de la formation doivent être renforcées pour préserver la viabilité du système.
Plusieurs pistes ont été identifiées :
- renforcement des exigences pour la formation en alternance ;
- meilleure formation des maîtres d’apprentissage ;
- accompagnement renforcé des entreprises accueillantes ;
- bonification du niveau de prise en charge (NPEC) basée sur des critères mesurables.
Joël Fourny insiste dans le communiqué : « Il faut sortir de la logique du NPEC unique pour tenir compte de la réalité de la formation, de son public, du territoire concerné et des besoins spécifiques des entreprises. Car nous ne formons pas uniquement pour obtenir un diplôme, nous formons à un métier. »
Le constat est clair : sur les vingt principales formations dispensées par CMA Formation, seules deux bénéficient aujourd’hui d’un NPEC couvrant réellement leur coût. Le réseau met en garde : sans adaptation, « c’est notre modèle qui est en risque ».
L’intelligence artificielle appliquée à l’artisanat : une innovation concrète
Mais la modernité ne se limite pas à l’apprentissage : l’intelligence artificielle (IA) s’invite de plus en plus dans le quotidien de l’artisanat, et CMA France s’en fait un vecteur. Dans un livre blanc publié en juillet 2025, l’organisation présente un panorama des usages de l’IA dans les TPE artisanales.
Le constat : 27 % des chefs d’entreprise artisanale déclarent utiliser un outil d’IA dans leur activité.
Les usages sont variés :
- création de supports de communication (81 %) ;
- amélioration de la relation client (24 %) ;
- dans la boulangerie-pâtisserie, l’IA est utilisée pour prévoir les volumes, optimiser les stocks et limiter le gaspillage ;
- dans les services à la personne ou la beauté, elle aide à automatiser diagnostics ou recommandations personnalisées.
Mais l’appropriation reste très hétérogène. Le livre blanc note que 19 % des artisans perçoivent l’IA comme une menace, et que 32 % des travailleurs de première ligne dans les TPE sont méfiants. Le besoin de formation s’impose.
CMA France ne se limite pas à des études : le réseau pilote des expérimentations concrètes.
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, un projet nommé « Recherche Maître d’Apprentissage » identifie via l’IA les entreprises susceptibles d’accueillir des apprentis.
En Nouvelle-Aquitaine, un outil « Diag Flash » permet en vingt minutes d’évaluer le potentiel d’implantation artisanale d’un territoire en croisant quatorze indicateurs open data — la productivité des diagnostics s’est trouvée multipliée par sept.
L’organisation rappelle que « l’IA n’est ni une solution miracle, ni une menace absolue. Elle est un outil, dont les artisans peuvent s’emparer… à condition d’y être formés et accompagnés. »
L’artisanat : un vecteur de lien économique, social et technologique
Le centenaire de CMA France survient dans un moment où l’artisanat se redéfinit et regagne en visibilité. Dans une société où les services numériques dominent, l’artisan — en tant qu’acteur local, maître d’œuvre et savoir-faire — redevient un point d’ancrage dans l’économie physique.
Joël Fourny rappelle cette dimension : « Depuis 100 ans nous sommes à l’avant-garde, engagés au service de l’artisanat, secteur plébiscité par les Français pour ses valeurs : la proximité, la qualité, le “fabriqué en France”… et cœur battant de nos territoires. »
Dans ce contexte, CMA France s’efforce de conjuguer deux impératifs : maintenir sa mission historique — la formation, le soutien aux entreprises, la présence territoriale — et s’adapter aux mutations — numérique, énergétiques, logistiques. L’apprentissage et l’IA sont les deux axes de cette transition.
Cent ans comme plateforme de projection
Alors que s’ouvrent les célébrations du centenaire, CMA France adopte une posture tournée vers l’avenir plus que vers la rétrospective. Le réseau entend renforcer son rôle d’accompagnement, de formation et d’infrastructure pour l’artisanat de demain.
Et comme le résume Joël Fourny : « Nous voulons continuer d’être ce partenaire de proximité, présent sur le terrain, et capable de proposer aux artisans les moyens de passer à l’échelle, de s’adapter et de durer. »
Consulter les moments clé de l’institution sur le site de CMA France :

