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Comment les artisans s’emparent-ils de l’intelligence artificielle ? Quelles opportunités cette technologie offre-t-elle aux petites entreprises ? Le livre blanc publié par CMA France en juillet 2025 dresse un panorama inédit des usages de l’IA dans les TPE artisanales.
Un secteur encore en phase d’appropriation
Loin des grandes industries technologiques, l’artisanat commence lui aussi à explorer les usages de l’intelligence artificielle (IA). D’après l’enquête menée par CMA France, 27 % des chefs d’entreprise artisanale déclarent utiliser un outil d’IA dans leur activité.
Une majorité d’entre eux s’en sert pour créer des supports de communication (81 %) ou améliorer la relation client (24 %), avec des résultats concrets : 84 % des utilisateurs estiment que cela leur fait gagner du temps, à hauteur de 2,1 heures par semaine en moyenne.
Mais l’appropriation reste très hétérogène. Dans les Hauts-de-France, par exemple, 26 % des artisans ont testé l’IA générative, principalement pour produire du contenu. Une proportion qui grimpe à 39 % dans le secteur de la production.
À l’inverse, 19 % des artisans perçoivent l’IA comme une menace, en particulier dans les services.
Ce clivage reflète des attentes diverses et un besoin d’accompagnement ciblé.
Des applications concrètes dans tous les métiers
Le livre blanc consacre un chapitre entier aux usages sectoriels. Dans la boulangerie-pâtisserie, l’IA est déjà utilisée pour prédire les volumes de vente et optimiser les stocks en tenant compte de multiples facteurs (météo, événements locaux, etc.). Ce pilotage en temps réel permet de réduire le gaspillage, d’améliorer la rentabilité et de libérer du temps pour la création.
Dans le bâtiment, la diffusion reste timide (7 % d’utilisateurs déclarés), mais la Fédération Française du Bâtiment multiplie les actions de sensibilisation, notamment via des podcasts.
Objectif : montrer que l’IA peut automatiser la gestion de chantiers, optimiser la maintenance ou prévenir les risques.
L’IA touche aussi les services : dans l’esthétique, elle sert à automatiser les diagnostics de peau, personnaliser les recommandations de soins ou gérer les réseaux sociaux.
Même les artisans d’art commencent à s’emparer de la technologie, en s’interrogeant notamment sur les questions de droit d’auteur et d’éthique.
Une IA encore perçue comme abstraite ou inquiétante
Malgré ces exemples prometteurs, les freins restent nombreux. Selon le baromètre Ifop pour Oxygen/Mastercard, 59 % des dirigeants de TPE estiment que l’IA n’a pas d’utilité pour eux.
Le manque de clarté sur les bénéfices concrets, la méfiance face à la technologie, ou encore les craintes liées à la qualité du travail et à l’emploi freinent son adoption. Les artisans de terrain restent prudents : 32 % des travailleurs de première ligne dans les TPE se disent méfiants vis-à-vis de l’IA, 24 % inquiets.
Le besoin de formation est donc massif. C’est dans cette optique que le gouvernement a lancé le 1er juillet 2025 le plan Osez l’IA, avec l’objectif de sensibiliser, former et accompagner 50 % des TPE d’ici 2030. Une Académie de l’IA, ouverte à tous les publics, verra le jour d’ici fin 2025.
Des expérimentations pionnières dans le réseau des CMA
Le réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat n’est pas en reste. Depuis plusieurs années, il mène des expérimentations concrètes sur l’IA prédictive. Le projet RMA (Recherche Maître d’Apprentissage) permet d’identifier plus efficacement les entreprises susceptibles d’accueillir des apprentis.
En région PACA, l’IA est utilisée pour repérer les risques de rupture de parcours de formation et proposer des actions préventives.
Autre exemple prometteur : le Diag Flash développé en Nouvelle-Aquitaine. Cet outil permet d’évaluer en vingt minutes le potentiel d’une implantation artisanale sur un territoire donné, en croisant quatorze indicateurs issus de l’Open Data.
Résultat : une productivité multipliée par sept dans la réalisation des diagnostics.
Un enjeu de formation, mais aussi de transition écologique
Si l’IA promet des gains de productivité, elle pose aussi des questions environnementales. Sa consommation d’énergie est significative. Le livre blanc invite donc à s’appuyer sur les référentiels d’écoconception de l’AFNOR ou sur les préconisations du CESE pour développer une IA plus sobre.
CMA France incite aussi les artisans à s’informer sur ces enjeux, à travers sa plateforme Veille Artisanat et ses actions de terrain (webinaires, Cafés IA, salons…).
Un virage à négocier collectivement
À travers ce livre blanc, l’institution propose un socle commun de connaissances, de chiffres et d’expériences pour éclairer le débat.
Loin d’un discours technophile ou alarmiste, le document rappelle que l’IA n’est ni une solution miracle, ni une menace absolue. Elle est un outil, dont les artisans peuvent s’emparer… à condition d’y être formés et accompagnés.

