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Sabrina Karp, restauratrice de meubles et brocanteuse : vivre de sa passion, envers et contre tout

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Portrait de Sabrina Karp, entrepreneure, devant le panneau de son atelier 'La brocante des morues', affichant un sourire et un style décontracté.
©Sabrina Karp.
De la vente en grande distribution à la restauration de meubles anciens, itinéraire d’une entrepreneure indépendante qui a tout quitté pour vivre de sa passion.

Derrière les meubles restaurés, les patines et les mises en scène sur les réseaux, il y a surtout une femme qui a refusé l’épuisement du salariat pour construire, pièce après pièce, un projet à son image.

Sabrina Karp est une entrepreneure du quotidien, loin des discours idéalisés, qui rappelle que la passion ne suffit pas toujours, mais qu’elle reste un moteur puissant pour tenir dans la durée.

Redonner du sens à son travail, loin des objectifs chiffrés

Ancienne responsable de magasin et commerciale pendant vingt ans, Sabrina Karp a pris un virage radical en 2019 en fondant La brocante des morues, entreprise qui est installée à Ars-sur-Moselle (57).

Restauratrice de mobilier ancien, brocanteuse et créatrice, elle a bâti seule une activité aujourd’hui reconnue sur les réseaux sociaux.

Entre créativité, contraintes physiques, précarité économique et attachement à la seconde main, portrait d’une entrepreneure qui façonne son quotidien au rythme des meubles qu’elle fait renaître.

À Ars-sur-Moselle, dans un atelier où s’entassent buffets patinés, fauteuils en attente d’une seconde vie et objets chinés avec patience, Sabrina Karp redonne souffle au mobilier ancien.

À 45 ans, celle qui a fondé « La brocante des morues » a fait le choix d’une reconversion radicale, portée par l’envie de créer, d’indépendance et d’un rapport apaisé au travail. Six ans plus tard, elle vit de sa micro-entreprise d’achat-revente et de restauration de meubles… non sans difficultés.

Pendant vingt ans, Sabrina Karp a évolué dans le commerce. Elle enchaîne les postes de responsable de magasin et de commerciale pour de grands groupes. Les résultats sont au rendez-vous. Le chiffre d’affaires progresse… et forcément, les objectifs aussi. Mais pas la motivation, jusqu’à ce que les limites soient franchies.

« On m’en demandait toujours plus alors que les performances étaient là. » L’usure s’installe.

Elle négocie une rupture conventionnelle, puis s’offre un temps long, rare : six mois de voyage en camping-car, principalement en Scandinavie.

À son retour, l’envie d’entreprendre est là, mais sans modèle figé. « Je pensais à un lieu alternatif, mais je ne voulais pas trop investir, je n’en avais pas les moyens, et surtout, je ne voulais plus faire de management. » Ce qu’elle sait, en revanche, c’est chiner.

Depuis toujours, on la surnomme « Huggy les bons tuyaux ». Elle aime dénicher, détourner, transformer. Son intérieur est son refuge, un lieu qui l’apaise.

Elle commence par retaper quelques meubles, dans le style art déco, années 40. Peu d’investissement, beaucoup d’huile de coude. Elle poste ses premières annonces sur une célèbre plateforme de seconde main.

Les ventes démarrent immédiatement. Confortée dans ce succès, en avril 2019, elle crée officiellement sa micro-entreprise. « Je ne me suis jamais autant épanouie que dans ce travail. C’est très créatif. »

Aujourd’hui, son activité se déploie autour de plusieurs axes :

  • Restauration de mobilier ancien,
  • Brocante,
  • Friperie,
  • Objets de décoration et même création de mode, même si le mobilier reste le cœur économique de son activité.

Son quotidien est rythmé par la manutention, les réparations, la peinture, les livraisons. Elle vend en moyenne un meuble tous les trois jours pour que l’activité soit rentable. « Les gens n’ont pas toujours conscience du temps passé sur un meuble, ni du coût de revient. » Les matières premières ont fortement augmenté depuis le Covid.

Le travail est physique, les journées longues, et les vacances quasi inexistantes. « Cela fait un an et demi que je n’ai pas pris de congés. Je gagne assez pour payer mes charges, mais pas pour m’offrir quelques jours. »

Très tôt, Sabrina comprend l’importance des réseaux sociaux. Après une boutique éphémère rue des Jardins à Metz et plusieurs salons, Instagram devient sa vitrine principale.

Elle livre aujourd’hui dans toute la France via un transporteur et assure elle-même les livraisons dans un rayon de deux heures autour d’Ars-sur-Moselle.

Sa clientèle est majoritairement locale, entre Metz (Moselle), Nancy (Meurthe-et-Moselle), le Luxembourg, avec quelques expéditions vers Paris. Certains clients fidèles l’ont même sollicitée pour aménager une grande partie de leur maison.

La notoriété décolle lorsqu’une handballeuse la contacte pour équiper une maison d’hôtes. « Ça m’a beaucoup aidée sur le plan de la communication. »

Depuis le dernier salon du vintage à Metz, elle a fait un choix stratégique : se recentrer sur le local et travailler davantage avec des créatrices du coin. Une manière de renforcer l’ancrage territorial et de défendre un modèle plus humain.

Micro-entreprise : les réalités économiques du terrain

Comme beaucoup d’indépendants, le démarrage aurait été impossible sans soutien. « Pendant deux ans, j’ai bénéficié de l’ARE de France Travail. Sans cette aide, j’aurais eu peur de me lancer. »

Depuis, le chiffre d’affaires est resté relativement stable. Une légère baisse s’est fait sentir cette dernière année, liée notamment à l’ouverture d’une chambre d’hôtes, qui mobilise temps et énergie, mais aussi à un contexte économique plus tendu.

Certaines perspectives inquiètent, et son épée de Damoclest la réforme (ou non) du seuil de la franchise en base de TVA pour les micro-entrepreneurs qui pourrait fragiliser son équilibre financier. « Si elle entrait en vigueur, ce serait un coup de grâce.

Je ne peux pas absorber ce coût en plus. » À cela s’ajoute une concurrence importante de la revente non déclarée. « Beaucoup de personnes font cette activité sans être déclarées. C’est une vraie distorsion. »

Le Covid, paradoxalement, a été une période favorable. « Les gens se sont mis à s’occuper de leur intérieur. Le cocooning s’est démocratisé. » Aujourd’hui encore, la seconde main séduit, mais peine à être réellement soutenue.

« C’est dommage de voir que la création et la seconde main ne sont pas plus accompagnées par les institutions. Face aux grandes enseignes, on ne fait pas le poids. »

Cette fragilité, Sabrina l’a aussi vécue dans sa vie personnelle. Lorsqu’elle a voulu louer un bien, son statut de micro-entrepreneure a freiné les agences. Pour acheter, elle a subi un abattement de 71 % sur ses revenus. Elle considère aujourd’hui que « La France n’aide pas les entrepreneurs. On n’est pas vraiment considérés en tant que micro-entrepreneur. »

Aujourd’hui, l’âge fait émerger d’autres questions. « J’ai 45 ans. Entre la gestion de ma chambre d’hôtes, l’atelier, le travail physique, j’aimerais retrouver des moments de détente, de vraie détente. » Elle ne regrette pourtant rien. Elle vit de sa passion, dans un équilibre parfois fragile, mais profondément choisi.

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