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CDI en début de carrière : de plus en plus de jeunes quittent leur poste stable

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3–5 minutes
Un homme se tient sur une colline, les bras levés vers le ciel, tandis que des oiseaux volent autour de lui au coucher du soleil.
©guvendemir / Getty Images Signature / Illustration

Le contrat à durée indéterminée reste la forme d’emploi la plus répandue en France. Pourtant, pour les jeunes actifs, il ne garantit plus forcément une trajectoire professionnelle stable. Une étude publiée par le Céreq met en lumière une évolution nette : les ruptures de CDI en début de carrière sont de plus en plus fréquentes.

Selon ce travail fondé sur les enquêtes Génération, près d’un quart des jeunes qui occupaient un CDI trois ans après leur entrée sur le marché du travail n’étaient plus dans un emploi stable trois ans plus tard. Un phénomène en hausse qui traduit des parcours professionnels plus mobiles… mais aussi plus fragiles selon les secteurs.

Une hausse marquée des ruptures de CDI

L’étude compare plusieurs cohortes de jeunes entrés dans la vie active. Les résultats montrent une progression importante des sorties de CDI en début de parcours professionnel.

Parmi les jeunes de la génération 2017, 58 % étaient en CDI trois ans après la fin de leurs études. Mais entre 2020 et 2023, 24 % d’entre eux ont quitté cet emploi stable sans être fonctionnaires par la suite.

La situation était moins fréquente pour les générations précédentes : 17 % pour celle entrée sur le marché du travail en 2010, et 16 % pour la génération 2004.

Au total, les ruptures de CDI ont augmenté de plus de 40 % entre les cohortes étudiées.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte particulier. La période post-Covid a été marquée par une intensification des mobilités professionnelles et par une transformation du rapport au travail chez les jeunes actifs.

Le CDI n’est plus toujours perçu comme une étape durable : il peut devenir une phase transitoire dans un parcours plus mouvant.

Mobilité choisie ou sortie de l’emploi stable

Derrière ces chiffres se cachent toutefois des situations très différentes. Dans une large majorité des cas, la rupture de CDI est à l’initiative du salarié lui-même.

Selon l’étude, 67 % des ruptures observées ont été engagées par les jeunes actifs, par exemple via une démission ou une rupture conventionnelle.

Ces départs volontaires sont souvent associés à une évolution professionnelle : changement de poste, progression salariale ou passage vers un autre secteur.

Dans ces situations, quitter un CDI peut servir de tremplin. Les jeunes concernés retrouvent fréquemment un nouvel emploi stable dans les années suivantes.

À l’inverse, les ruptures subies (licenciements, fin d’activité ou contexte économique difficile) ont davantage de conséquences sur les parcours. Elles conduisent plus souvent à une sortie durable de l’emploi stable, voire à une période sans activité.

Les chercheurs évoquent à ce sujet l’existence de « ports de sortie » du marché du travail stable. Cette notion renvoie aux mécanismes qui peuvent conduire certains jeunes à s’éloigner durablement des emplois durables après une rupture de contrat.

Des écarts très marqués selon les secteurs

Les trajectoires diffèrent aussi fortement selon les domaines d’activité.

Dans certains secteurs, quitter un CDI reste le plus souvent synonyme de mobilité professionnelle sans rupture durable avec l’emploi stable. C’est notamment le cas dans l’information-communication ou dans les métiers de l’ingénierie et de l’architecture.

Dans ces activités, plus de 70 % des jeunes qui ont quitté leur CDI occupaient de nouveau un emploi stable trois ans plus tard.

D’autres secteurs connaissent des situations beaucoup plus instables. Les activités financières, d’assurance et immobilières affichent par exemple une progression spectaculaire du risque de sortie durable du CDI, multiplié par quatre entre les générations étudiées.

Le commerce, les arts et spectacles ou encore l’hébergement-restauration enregistrent également une forte hausse des ruptures.

L’hébergement-restauration particulièrement exposé

L’étude souligne plus particulièrement la situation de l’hébergement-restauration. Dans ce secteur, plus de la moitié des jeunes qui occupaient un CDI en mars 2020 avaient quitté l’emploi salarié stable trois ans plus tard.

Parmi eux, 31 % se retrouvaient même sans emploi en 2023. Cette évolution est largement liée aux effets de la crise sanitaire, qui a fragilisé de nombreux établissements et entraîné des restructurations importantes.

Ces chiffres illustrent les difficultés rencontrées par certains secteurs pour stabiliser les débuts de carrière, alors même qu’ils constituent souvent une porte d’entrée vers l’emploi pour les jeunes.

Des débuts de carrière de plus en plus mouvants

Au final, l’étude du Céreq met en évidence un changement dans les premières années de vie professionnelle. Le CDI reste une forme d’emploi majoritaire, mais il ne correspond plus toujours à une installation durable dans une entreprise.

Pour une partie des jeunes actifs, il devient une étape parmi d’autres dans un parcours fait de transitions professionnelles. Pour d’autres, la rupture du CDI peut marquer un moment de fragilisation du parcours, notamment dans les secteurs les plus exposés aux fluctuations économiques.

Ces trajectoires contrastées montrent que la stabilité de l’emploi dépend désormais davantage des secteurs d’activité et des conditions de rupture du contrat que du statut lui-même.

Sources
Céreq, « Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l’épreuve des secteurs en début de carrière », Céreq Bref n°482, Fanette Merlin, mars 2026.
Enquêtes Génération du Céreq (interrogations 2011, 2017 et 2023).

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