
Le financement de l’apprentissage continue d’évoluer sous l’effet des arbitrages budgétaires. Après plusieurs ajustements intervenus depuis 2025, un nouveau projet de décret suscite des réactions dans le secteur : il viserait à réduire l’aide consacrée au premier équipement des apprentis, aujourd’hui mobilisée par les centres de formation d’apprentis (CFA) pour fournir le matériel nécessaire à la scolarité.
- Selon les éléments relayés par l’Association nationale des apprentis de France (ANAF), le plafond passerait de 500 euros à 200 euros maximum par apprenti.
- Les opérateurs de compétences (OPCO) pourraient en outre moduler ce montant à la baisse selon la spécialité préparée ou le secteur de l’entreprise d’accueil. L’économie attendue serait de 15 millions d’euros.
Une aide souvent utilisée pour du matériel indispensable
Ce forfait sert à financer des achats directement liés à la formation : mallette d’outillage, ordinateur portable, logiciels, tenue professionnelle ou équipements techniques. Dans de nombreux cursus, ces dépenses interviennent dès les premières semaines.
Les montants avancés par l’ANAF illustrent la réalité de terrain : un kit de base en CAP coiffure peut atteindre 300 à 600 euros ; en CAP maçonnerie, l’investissement peut grimper entre 600 et 1.200 euros ; dans les filières numériques, un ordinateur adapté dépasse fréquemment 400 euros.
Le principe de gratuité rappelé par le Code du travail
Le sujet dépasse la seule ligne comptable, car l’apprentissage repose en France sur un principe juridique clair.
Le Code du travail prévoit que la formation est gratuite pour l’apprenti et pour son représentant légal. Cette disposition figure dans le livre consacré à l’apprentissage.
Reste une zone sensible : lorsque l’équipement devient indispensable pour suivre les cours ou réaliser les travaux demandés, la frontière entre frais de formation et achat personnel peut devenir floue.
Des effets possibles sur l’égalité d’accès
Les acteurs du secteur redoutent qu’une baisse trop marquée du forfait pénalise d’abord les publics les plus modestes. Un apprenti qui doit avancer plusieurs centaines d’euros pour démarrer sa formation peut renoncer, retarder son entrée ou s’endetter.
L’apprentissage a longtemps été présenté comme une voie d’ascension sociale, combinant diplôme, salaire et expérience professionnelle. Si le coût d’entrée augmente, certaines filières manuelles, techniques ou numériques pourraient devenir moins accessibles.
Un débat plus large sur le modèle économique de l’apprentissage
Depuis plusieurs mois, le financement de l’alternance fait l’objet de nombreux ajustements :
- participation obligatoire de certains employeurs,
- révisions des niveaux de prise en charge,
- contrôle renforcé des contrats.
Le projet sur le premier équipement s’inscrit dans cette séquence. Pour ses opposants, il fait peser un risque de report de charges vers les CFA ou vers les jeunes. Pour l’exécutif, il s’agit d’une nouvelle souce d’économies.

