
L’activité ralentit moins vite, mais la respiration reste courte pour les entreprises de proximité. Selon la dernière enquête trimestrielle menée par Xerfi Specific pour l’U2P auprès de 7.675 dirigeants, l’économie de proximité limite ses pertes au premier trimestre 2026 avec une baisse de seulement 0,2 % en volume sur un an, contre -1,6 % au trimestre précédent. Une amélioration relative qui ne suffit pas à dissiper les tensions financières : près d’un professionnel sur cinq dit voir sa trésorerie se dégrader.
Derrière cette quasi-stabilisation, la réalité reste donc contrastée. L’activité progresse de 0,5 % en valeur grâce à l’inflation, mais sur les douze derniers mois, le repli demeure de 1 %.
Autrement dit, les prix soutiennent encore les chiffres d’affaires, sans garantir une reprise nette de l’activité réelle. Pour beaucoup de dirigeants, le sentiment reste celui d’une amélioration fragile.
Michel Picon, président de l’U2P, le résume sans détour : « Si la tendance est à l’amélioration en ce début d’année, les entreprises de proximité restent dans une situation fragile. »
Les plus petites entreprises toujours en première ligne
Comme souvent lors des périodes de ralentissement, les plus modestes encaissent davantage le choc. Les entreprises sans salarié affichent un recul de 1,3 % de leur activité.
Celles comptant entre un et neuf salariés reculent encore de 0,3 %. Seules les entités de dix salariés et plus parviennent à afficher une légère hausse de 0,2 %.
Cette lecture confirme une tendance installée depuis plusieurs trimestres : plus la taille de l’entreprise est réduite, plus la capacité d’absorber les hausses de charges, les reports d’achats des clients ou les tensions de trésorerie se réduit.
Pour les indépendants, artisans seuls ou micro-entrepreneurs, quelques semaines moins actives peuvent suffire à déséquilibrer les comptes. Beaucoup restent exposés à des carnets de commandes irréguliers, à des paiements tardifs ou à une consommation des ménages encore hésitante.
Michel Picon souligne d’ailleurs que « la demande des ménages demeure hésitante », un constat qui pèse directement sur les métiers les plus dépendants des achats du quotidien.
Le bâtiment continue de souffrir
Parmi les secteurs observés, la construction reste le principal point noir. L’activité y recule encore de 1,7 % sur un an. Plus préoccupant encore, l’artisanat des travaux publics décroche de 4,7 %.
Le logement neuf en retrait, les arbitrages budgétaires des particuliers, la prudence des collectivités et la hausse persistante des coûts expliquent en partie cette faiblesse durable. Dans de nombreux territoires, les professionnels signalent des devis acceptés plus lentement et des projets repoussés.
Pour les entreprises artisanales du bâtiment, la baisse d’activité ne se résume pas à une statistique : elle peut entraîner des reports d’embauche, des investissements différés ou une pression accrue sur les marges.
L’alimentation recule, les cafés-hôtels-restaurants amortissent
Les entreprises de proximité de l’alimentation enregistrent également une baisse de 0,8 %. Bouchers, boulangers, épiceries ou métiers de bouche restent confrontés à des consommateurs attentifs à chaque dépense.
Le secteur des hôtels-cafés-restaurants limite toutefois la baisse grâce à un regain de fréquentation touristique, note l’étude. Pour de nombreux établissements, les visiteurs français et étrangers ont contribué à soutenir la fréquentation pendant le trimestre.
Cette dynamique demeure cependant variable selon les zones géographiques. Les territoires touristiques ou les centres-villes bien exposés n’évoluent pas au même rythme que les communes où la clientèle locale reste prudente.
Fabrication et services : le retour à l’équilibre
Autre enseignement du baromètre : les entreprises de la fabrication et des services se stabilisent. Elles profitent notamment d’un rebond de l’artisanat de la fabrication, en hausse de 0,6 %.
Cette amélioration peut traduire le redémarrage de certains investissements différés ou une meilleure tenue de la demande professionnelle. Dans les services, la diversification des clientèles et des prestations permet parfois d’amortir les périodes plus calmes.
Sans parler de reprise généralisée, le retour à l’équilibre constitue malgré tout un signal plus favorable après plusieurs trimestres heurtés.
Les professions libérales tirent leur épingle du jeu
Ce sont les professions libérales qui affichent la meilleure performance du trimestre avec +0,7 %. Tous les métiers observés progressent : santé (+1,1 %), droit (+0,3 %) ainsi que techniques et cadre de vie (+0,3 %).
Cette résistance s’explique par des besoins souvent moins reportables que dans d’autres secteurs. Les soins, l’accompagnement juridique ou certaines prestations techniques demeurent nécessaires, y compris lorsque les ménages ou les entreprises réduisent d’autres dépenses.
Pour autant, cette meilleure orientation ne signifie pas absence de tensions. Les charges salariales, les loyers ou les coûts énergétiques continuent aussi de peser sur nombre de cabinets.
La trésorerie, point de vigilance numéro un
Le chiffre le plus parlant du communiqué concerne sans doute la situation financière des entreprises. Dix-neuf pour cent des professionnels interrogés déclarent une détérioration de leur trésorerie, contre seulement 11 % qui signalent une amélioration.
La trésorerie reste le thermomètre immédiat de la santé d’une entreprise : quand elle se tend, chaque dépense est arbitrée davantage, les investissements sont repoussés et les recrutements ralentissent.
C’est ce que vise Michel Picon lorsqu’il évoque des « trésoreries sous pression ». Même avec une activité qui se tasse moins, la tension reste bien présente sur le terrain.
Des perspectives encore moroses pour le printemps
Les anticipations pour le deuxième trimestre 2026 restent prudentes. Dix-huit pour cent des entreprises s’attendent à une baisse de leur chiffre d’affaires, contre seulement 8 % qui misent sur une hausse.
Autrement dit, la majorité ne voit pas de rebond rapide se dessiner. Les chefs d’entreprise redoutent notamment une reprise de l’inflation, dans un contexte international instable.
Michel Picon estime que « le regain d’inflation lié aux tensions géopolitiques risque de peser sur le printemps ». Une hausse des prix prolongée pourrait freiner la consommation et rogner encore les marges.
Les demandes adressées au gouvernement
Face à cette conjoncture encore hésitante, l’U2P appelle les pouvoirs publics à agir sur plusieurs leviers. Son président demande « un environnement stable » et « une politique de soutien au pouvoir d’achat pour que la reprise s’installe durablement ».
Il plaide également pour accélérer les réformes de simplification et traiter la question du coût du travail afin de « redonner de l’air à nos artisans, commerçants et professions libérales ».
Si on résume ? L’amélioration observée en ce début d’année existe, mais elle reste trop légère pour effacer les fragilités accumulées. Tant que la trésorerie demeure sous tension et que les perspectives restent prudentes, les petites entreprises avanceront avec retenue.

