
L’intelligence artificielle s’est imposée dans les entreprises à une vitesse inédite. Mais son utilisation reste souvent discrète, y compris au plus haut niveau. Une étude menée par Sharp Europe montre que de nombreux dirigeants de PME françaises utilisent des outils d’IA sans en informer leurs équipes, parfois par crainte d’être jugés moins compétents.
Qu’est-ce que le « Shadow AI » ?
Le Shadow AI, ou « IA fantôme », désigne l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle en dehors des règles ou des logiciels validés par une entreprise. Il peut s’agir d’un salarié ou d’un dirigeant qui utilise, par exemple, un assistant conversationnel, un générateur de texte, un outil de traduction ou une application d’analyse sans en informer son employeur, ses collègues ou son équipe.
Ce phénomène est comparable au Shadow IT, qui consiste à utiliser des logiciels ou des services numériques sans validation du service informatique.
Pourquoi est-ce un sujet de préoccupation ?
- Des données confidentielles peuvent être transmises à des services externes.
- Les informations produites par l’IA peuvent être inexactes ou difficiles à vérifier.
- L’absence de règles communes complique la traçabilité des décisions et des documents.
- Les entreprises peuvent avoir des difficultés à respecter leurs obligations en matière de sécurité et de protection des données.
À l’inverse, lorsque l’usage de l’IA est clairement encadré (charte interne, outils autorisés, formation des équipes, bonnes pratiques), les organisations peuvent bénéficier de gains de productivité tout en limitant les risques liés à la confidentialité, à la cybersécurité et à la conformité réglementaire.
46 % des dirigeants reconnaissent utiliser l’IA sans le dire
L’étude, réalisée par Censuswide pour Sharp Europe auprès de 2 500 dirigeants de PME européennes, dont 250 en France, met en lumière un phénomène baptisé « Shadow AI » ou « IA fantôme ».
À l’origine, cette expression désignait les salariés qui utilisaient des applications d’intelligence artificielle sans validation de leur employeur. Désormais, cette pratique touche également les dirigeants.
En France, 46 % des dirigeants interrogés déclarent utiliser l’IA pour renforcer leur image de compétence sans en informer leurs collaborateurs.
Plus largement, 44 % reconnaissent avoir utilisé l’IA dans le cadre d’un projet sans le révéler à leur équipe.
L’étude montre également que 35 % des salariés utilisent eux aussi des outils d’IA à l’insu de leur direction, signe que cette pratique concerne désormais l’ensemble des niveaux hiérarchiques.
La peur du jugement reste un frein important
Pourquoi cacher l’utilisation de l’IA ?
Les résultats de l’enquête montrent que la réponse tient davantage à la culture d’entreprise qu’à la technologie elle-même.
Ainsi :
- 34 % des dirigeants craignent d’être perçus comme paresseux s’ils admettent recourir à l’intelligence artificielle ;
- 37 % disent ne pas faire totalement confiance aux réponses générées par l’IA ;
- 30 % reconnaissent manquer de compétences techniques pour exploiter pleinement ces outils ;
- 30 % redoutent des problèmes liés à la confidentialité des données.
Autre paradoxe : 34 % des dirigeants considèrent également que l’utilisation non encadrée de l’IA représente un risque pour leur entreprise, tout en étant nombreux à l’utiliser eux-mêmes de manière peu visible.
Une question de culture d’entreprise plus que de technologie
Pour Roland Singer, vice-président de Sharp DX Europe, cette situation ne traduit pas un rejet de l’intelligence artificielle.
Selon lui, les entreprises ont largement investi dans les outils, mais beaucoup moins dans les règles de fonctionnement, les formations et les bonnes pratiques permettant une utilisation assumée et sécurisée.
Le responsable estime que les dirigeants ne cherchent pas à dissimuler leur recours à l’IA par mauvaise intention, mais parce qu’ils évoluent dans un environnement où les usages restent mal définis et parfois mal perçus.
Le « Shadow AI » devient un sujet de gouvernance
L’étude souligne que la prochaine étape de l’adoption de l’intelligence artificielle ne repose plus uniquement sur le déploiement des outils.
Les entreprises sont désormais confrontées à des questions de gouvernance :
- quelles solutions peuvent être utilisées ?
- Dans quelles situations ?
- Avec quelles données ?
- Et surtout, comment favoriser un usage transparent au sein des équipes ?
Pour Sharp Europe, les dirigeants ont un rôle déterminant à jouer. En assumant ouvertement leur propre utilisation de l’IA, ils contribueraient à instaurer un climat de confiance et à normaliser ces nouveaux usages plutôt que de les laisser se développer de manière informelle.
Une tendance qui dépasse la France
L’enquête a été réalisée auprès de 2 500 dirigeants d’entreprises comptant entre 50 et 250 salariés répartis dans dix pays européens : Autriche, Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Pologne, Espagne, Suède, Suisse et Royaume-Uni.
Si les chiffres français attirent particulièrement l’attention, l’étude montre que les interrogations autour de la transparence, de la confiance et de la gouvernance de l’intelligence artificielle concernent aujourd’hui l’ensemble des PME européennes.
Les principaux chiffres de l’étude
- 46 % des dirigeants français utilisent l’IA pour paraître plus compétents sans en informer leurs équipes.
- 44 % ont déjà utilisé l’IA sur un projet sans le révéler à leurs collaborateurs.
- 35 % des salariés utilisent des outils d’IA sans prévenir leur direction.
- 34 % des dirigeants craignent d’être considérés comme paresseux s’ils reconnaissent utiliser l’IA.
- 37 % ne font pas totalement confiance aux résultats produits par l’IA.
- 34 % estiment que le « Shadow AI » constitue un risque pour leur entreprise.

