
Le nouveau baromètre de CMA France montre une nette dégradation du moral des artisans. Ils sont désormais beaucoup plus nombreux à envisager l’avenir avec inquiétude qu’à se montrer confiants. Pourtant, l’attachement au métier reste très élevé.
La rentrée est difficile pour les artisans. Selon le baromètre du moral des artisans publié par CMA France le 3 septembre 2026, seuls 31 % d’entre eux se déclarent optimistes concernant l’avenir de leur entreprise.
À l’inverse, 46 % se disent pessimistes.
Le contraste avec l’année précédente est particulièrement marqué : en 2025, 52 % des artisans se déclaraient encore optimistes. En un an, la perception de l’avenir s’est donc nettement dégradée, et le mouvement concerne l’ensemble des secteurs de l’artisanat.
Les difficultés économiques restent au premier plan
Les préoccupations économiques demeurent la première source d’inquiétude des artisans. L’inflation, la baisse de l’activité et la difficulté à répercuter l’augmentation des coûts pèsent directement sur les entreprises.
Mais le baromètre fait également apparaître une progression importante des inquiétudes liées à l’environnement dans lequel les entreprises évoluent.
Le contexte politique est désormais cité par 39 % des artisans, soit 19 points de plus qu’en 2025.
Les tensions géopolitiques et commerciales sont, quant à elles, mentionnées par 28 % des répondants, en hausse de 16 points en un an.
Pour les dirigeants de petites entreprises, cette accumulation d’incertitudes complique notamment les décisions qui engagent l’avenir de leur activité.
Objectifs financiers : la confiance chute
Cette inquiétude se retrouve directement dans les perspectives financières.
- En 2025, 82 % des artisans estimaient être en mesure d’atteindre leurs objectifs financiers.
- Ils ne sont plus que 55 % cette année.
- Une baisse de 27 points qui traduit une prudence accrue des dirigeants.
Et cette prudence se retrouve dans leurs projets d’investissement. Seulement 29 % des artisans envisagent d’investir dans les prochains mois, contre un niveau nettement supérieur l’année dernière.
Le recul atteint 37 points en un an.
Autrement dit, les difficultés actuelles ne se limitent pas au moral des chefs d’entreprise : elles commencent également à peser sur leurs décisions pour les prochains mois.

Recrutements : trois artisans sur quatre n’en prévoient pas
Même constat du côté de l’emploi.
74 % des artisans n’ont prévu aucun recrutement, y compris sous la forme de contrats d’apprentissage.
Cette situation constitue un point d’attention pour les Chambres de Métiers et de l’Artisanat, qui soulignent les difficultés rencontrées par le secteur de l’apprentissage.
Le réseau des CMA estime en effet que le modèle économique de ses centres de formation reste sous pression, malgré les mesures annoncées par le gouvernement.
Parmi celles-ci figure notamment une revalorisation de 1,85 % des niveaux de prise en charge (NPEC).
Mais CMA France estime que cette évolution ne suffit pas à compenser la baisse des effectifs, l’augmentation des coûts de fonctionnement et les difficultés de financement des centres de formation.
Les artisans n’ont pas perdu l’envie d’exercer leur métier
Le résultat le plus intéressant du baromètre se trouve peut-être ailleurs.
Car malgré les difficultés rencontrées par leurs entreprises, 85 % des artisans déclarent toujours avoir la « flamme » pour leur métier.
Et 73 % considèrent que l’artisanat correspond tout à fait à ce qu’ils souhaitent être professionnellement.
Le problème n’est donc pas nécessairement le métier lui-même.
C’est ce que souligne Joël Fourny, président de CMA France : les artisans n’auraient pas perdu la foi dans leur profession, mais davantage dans les conditions dans lesquelles ils doivent l’exercer.
Cette distinction est importante. Elle montre que la dégradation du moral ne traduit pas un désintérêt pour l’artisanat. Elle semble plutôt refléter les difficultés rencontrées au quotidien pour maintenir une activité rentable et se projeter dans les mois à venir.
64 % demandent davantage de soutien
Dans ce contexte, 64 % des artisans souhaitent davantage de soutien de la part des pouvoirs publics.
Ils attendent notamment un accompagnement opérationnel permettant de faire face aux difficultés rencontrées par leur entreprise.
CMA France appelle ainsi les pouvoirs publics à apporter davantage de visibilité, de stabilité et de confiance aux artisans.
L’enjeu est important pour un secteur composé en grande partie de petites entreprises, dont les capacités d’investissement et de recrutement dépendent directement de leur niveau d’activité et de leurs marges.
Apprentissage : les CMA pointent aussi les écarts de financement
La question de l’apprentissage constitue un autre sujet de préoccupation pour CMA France.
Julien Gondard, directeur général de CMA France, a notamment mis en avant les différences entre les niveaux de prise en charge financière de certaines formations en alternance.
Il cite notamment des formations dans le droit bancaire et financier, l’histoire du droit et des institutions, la musicologie, la philosophie ou encore la théologie, pour lesquelles les niveaux de prise en charge peuvent atteindre 9 300 à 11 000 euros.
À l’inverse, les montants sont inférieurs à 7 000 euros pour plusieurs métiers de l’artisanat, notamment opticien, pâtissier, coiffeur, mécanicien ou maçon.
Pour CMA France, cette situation pose la question des priorités retenues dans le financement des formations et de la capacité du système à répondre aux besoins de main-d’œuvre des entreprises artisanales.
Ce que révèle vraiment le baromètre
Les chiffres dessinent finalement une situation assez contrastée.
Les artisans restent très attachés à leur métier, mais ils ont de plus en plus de difficultés à se projeter dans l’avenir de leur entreprise.
| Indicateur | 2026 |
|---|---|
| Artisans optimistes pour l’avenir de leur entreprise | 31 % |
| Artisans pessimistes | 46 % |
| Confiants dans l’atteinte de leurs objectifs financiers | 55 % |
| Envisagent d’investir prochainement | 29 % |
| N’envisagent aucun recrutement | 74 % |
| Ont toujours « la flamme » pour leur métier | 85 % |
| Estiment que l’artisanat correspond à leur projet professionnel | 73 % |
| Demandent davantage de soutien public | 64 % |
Le signal envoyé par ce baromètre est donc moins celui d’une désaffection pour l’artisanat que celui d’une difficulté croissante à faire fonctionner et développer une entreprise dans un environnement jugé incertain.
Et le recul des investissements comme des recrutements pourrait constituer l’un des principaux points de vigilance dans les prochains mois.
Sources
CMA France, baromètre du moral des artisans, septembre 2026.
Données présentées lors de la conférence de presse de rentrée de CMA France le 3 septembre 2026.

