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Le décret n° 2025-860 du 29 août 2025, publié au Journal officiel du 30 août, vient clarifier la question sensible du financement des contrats d’apprentissage. À compter du 1er septembre 2025, les certifications qui n’avaient pas encore de niveau de prise en charge défini se voient attribuer un montant forfaitaire par l’État, sur la base des travaux de France compétences.
Ce texte répond à une nécessité : offrir un cadre aux centres de formation et aux entreprises accueillant des apprentis, lorsque les branches professionnelles n’ont pas arrêté de barème ou que leurs délibérations n’ont pas été prises en compte dans les délais. France compétences, qui avait émis des recommandations dès l’été, voit ses travaux servir de référence directe pour l’élaboration de ces montants.
De 6.700 € à plus de 14.000 € selon les métiers
L’annexe du décret fixe un éventail très large de valeurs, allant de 6.706 € pour le titre d’employé commercial à 14.035 € pour celui de pilote de systèmes de production automatisée. Entre ces deux extrêmes, on trouve une mosaïque de métiers couvrant l’agriculture, le numérique, la restauration, l’environnement ou encore la culture.
- Dans l’agroalimentaire, le diplôme d’ingénieur de l’École Supérieure d’Ingénieurs en Agroalimentaire de Bretagne Atlantique est fixé à 11.503 €, tandis que le titre de technicien en bioproduction bénéficie de 8.800 €.
- Du côté des métiers du vin, le sommelier-conseil caviste atteint 9.020 €, et la formation de cidriculteur est valorisée à 8.000 €.
- Dans les métiers verts, le chef de projet environnement s’élève à 9.022 €, tandis que le développement et l’animation de projets territoriaux sont fixés à 8.200 €.
- Le numérique et la cybersécurité figurent parmi les mieux dotés : ingénieur spécialisé en intelligence artificielle (10.000 €), data engineer (9.992 €), ou encore architecte en cybersécurité (près de 10.000 €).
- Le bâtiment conserve des montants élevés : un technicien d’usinage sur machines-outils à commande numérique atteint 12.764 €, un assembleur monteur de systèmes mécanisés 10.386 €, et un chaudronnier d’atelier 8.394 €.
- Dans le champ de la culture et de la communication, le titre de journaliste est fixé à 10.022 €, celui de cadreur monteur-vidéaste à 13.000 €, et le technicien son du spectacle vivant dépasse 11.800 €.
Ces chiffres, qui reflètent les coûts moyens constatés, sont appelés à donner de la visibilité aux organismes de formation et à leurs partenaires économiques.
Une réponse à l’hétérogénéité des branches
Jusqu’ici, les branches professionnelles disposaient d’un délai pour fixer elles-mêmes les niveaux de prise en charge. Mais certaines certifications restaient sans référence, ce qui fragilisait la signature de nouveaux contrats d’apprentissage. Le décret vient donc combler ces absences en appliquant directement les préconisations de France compétences.
Cette démarche traduit la volonté de l’État de réduire les incertitudes. Car pour un CFA comme pour une entreprise, l’absence de montant validé compliquait la planification financière. Avec ces barèmes, même provisoires, l’ensemble des acteurs dispose désormais d’un cadre homogène.
Des conséquences directes pour les entreprises formatrices
Pour les TPE et PME, souvent très présentes dans l’accueil d’apprentis, ce décret apporte un gain de prévisibilité. Les dirigeants savent désormais quel niveau de financement sera attribué, indépendamment des délais de négociation des branches. Cette sécurisation est d’autant plus importante que l’apprentissage est devenu un levier majeur de recrutement, notamment dans les secteurs en tension comme la restauration, l’hôtellerie, la mécanique ou l’informatique.
Du côté des CFA, la publication de cette liste permet d’adapter les offres en conséquence et d’assurer la couverture des coûts pédagogiques. La standardisation réduit également les écarts parfois observés entre des certifications comparables, mais issues de branches différentes.
Des secteurs stratégiques mis en avant
On observe par ailleurs que les niveaux les plus élevés concernent des domaines à forte valeur technologique ou nécessitant des compétences rares : industrie 4.0, cybersécurité, data science, mécanique de précision.
À l’inverse, les métiers d’exécution moins qualifiés, bien que financés, se voient attribuer des montants plus modestes, souvent en deçà de 8.000 €.
Cette hiérarchie reflète une tendance structurelle : l’apprentissage est de plus en plus mobilisé comme outil de montée en compétences dans des filières à haute technicité. L’État choisit ainsi d’accompagner la modernisation industrielle et numérique en garantissant aux entreprises un soutien financier adapté.
Une étape transitoire mais déterminante
Ces niveaux de prise en charge s’appliquent à tous les contrats conclus à partir du 1er septembre 2025. Ils resteront en vigueur tant que les branches n’auront pas défini leurs propres montants, sous réserve d’éventuelles révisions futures. Le dispositif demeure donc évolutif, mais il sécurise immédiatement des milliers de parcours.
Pour les entreprises, c’est l’assurance de pouvoir continuer à recruter en alternance sans craindre un vide réglementaire.
Pour les apprentis, c’est la garantie que leur formation est couverte, quelle que soit la maturité de la branche professionnelle concernée.

