
Le télétravail n’est plus considéré comme un avantage accessoire par les jeunes diplômés. Pour une partie d’entre eux, il devient un critère de sélection déterminant au moment d’accepter un poste. Selon l’étude 2026 du G16 Careers menée par l’EDHEC NewGen Talent Centre auprès de 2.100 diplômés de grandes écoles ayant moins de six ans d’expérience, 54 % des répondants affirment qu’ils refuseraient une proposition d’emploi s’il était impossible d’y faire du télétravail.
Le chiffre illustre l’évolution rapide des attentes vis-à-vis du travail depuis la crise sanitaire. En quelques années, le télétravail est passé d’une pratique marginale à une composante intégrée dans les politiques RH de nombreuses entreprises.
Une pratique désormais largement installée
L’étude montre que 88 % des jeunes diplômés disposent aujourd’hui d’une possibilité de télétravailler. Parmi eux :
- 41 % travaillent à distance plus de deux jours par semaine,
- 31 % deux jours par semaine,
- 28 % moins de deux jours.
Cette généralisation tranche fortement avec la situation observée il y a encore une dizaine d’années.
Avant 2020, le télétravail concernait surtout certains métiers du numérique, du conseil ou des fonctions cadres. Selon les données du ministère du Travail, moins de 5 % des salariés télétravaillaient régulièrement avant la pandémie.
Les confinements liés au Covid-19 ont accéléré une transformation déjà amorcée. Les entreprises ont dû déployer dans l’urgence des outils collaboratifs et revoir leur organisation.
Une fois la crise sanitaire passée, beaucoup de salariés ont refusé de revenir à un modèle 100 % présentiel.
Chez les jeunes diplômés, cette période a profondément modifié la perception du travail. Le bureau n’est plus forcément vu comme le seul lieu de production. La flexibilité est devenue associée à l’autonomie, à l’équilibre de vie et parfois même à la performance.
Une attente liée à l’équilibre de vie
Le télétravail s’inscrit dans une demande plus large de souplesse dans l’organisation professionnelle.
L’étude du G16 Careers montre ainsi que 85 % des jeunes diplômés accordent de l’importance à des horaires flexibles.
Les propos recueillis dans l’enquête vont dans le même sens. Plusieurs répondants évoquent la recherche d’un « bon équilibre vie pro vie perso », la volonté de « gérer son emploi du temps comme on le souhaite » ou encore « la flexibilité du télétravail pour travailler sur des projets personnels en parallèle ».
Le rapport au travail semble également moins centré sur la présence physique que sur le contenu des missions. L’intérêt des projets confiés, la liberté d’action et l’autonomie apparaissent parmi les principaux moteurs d’engagement.
Pour de nombreux jeunes actifs, le télétravail n’est donc pas synonyme de désengagement. Il est plutôt associé à une autre manière de travailler, davantage fondée sur la confiance et les résultats.
Le cadre légal du télétravail en France
Le télétravail est encadré par le Code du travail depuis plusieurs années. Les premières dispositions remontent à l’accord national interprofessionnel (ANI) de 2005, inspiré d’un accord européen signé en 2002.
Mais c’est surtout l’ordonnance de septembre 2017 qui a simplifié son recours. Depuis cette réforme, le télétravail peut être mis en place par accord collectif, charte interne ou simple accord entre le salarié et l’employeur.
Le Code du travail définit le télétravail comme une organisation dans laquelle un travail pouvant être effectué dans les locaux de l’entreprise est réalisé hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication.
L’employeur peut refuser une demande de télétravail, notamment si la présence sur site est nécessaire. À l’inverse, un salarié peut aussi refuser de télétravailler si cela n’était pas prévu dans son contrat ou son organisation de travail.
Depuis la pandémie, de nombreuses conventions collectives et accords d’entreprise sont venus préciser les modalités : nombre de jours autorisés, prise en charge du matériel, droit à la déconnexion, indemnités ou encore organisation du travail hybride.
Des entreprises parfois plus prudentes
Malgré cette démocratisation, certaines entreprises cherchent aujourd’hui à rééquilibrer le présentiel et le distanciel. Plusieurs grands groupes ont récemment renforcé les obligations de présence au bureau, estimant que l’innovation, la cohésion d’équipe ou la transmission des compétences passent aussi par les interactions physiques.
Cette question apparaît d’ailleurs indirectement dans l’étude. Les jeunes diplômés accordent une grande importance à l’apprentissage auprès de collègues expérimentés : 96 % souhaitent acquérir des savoirs techniques au contact de salariés plus expérimentés et 86 % veulent bénéficier de retours d’expérience.
L’intégration reste également un sujet fort. Les répondants attendent des parcours d’onboarding complets, des formations à la prise de poste et un accompagnement humain.
Autrement dit, les nouvelles générations ne réclament pas nécessairement un travail entièrement à distance. Elles semblent plutôt privilégier un modèle hybride, mêlant autonomie et temps collectifs.
Un critère de recrutement devenu stratégique
Le fait que plus d’un jeune diplômé sur deux soit prêt à décliner une offre sans télétravail montre que cette pratique influence désormais directement l’attractivité des employeurs.
Dans certains secteurs en tension, notamment les métiers du numérique, du conseil ou de l’ingénierie, l’absence de flexibilité peut compliquer les recrutements. D’autant que les jeunes diplômés interrogés attachent aussi de l’importance à la culture d’entreprise, à l’ambiance de travail et à l’alignement des valeurs.
Le télétravail devient alors un élément parmi d’autres dans la relation entre employeur et salarié :
- autonomie accordée,
- confiance managériale,
- qualité de vie,
- capacité à personnaliser l’organisation du travail.
L’étude du G16 Careers montre finalement que les débuts de carrière ne sont plus envisagés uniquement sous l’angle de la rémunération ou du statut. Les jeunes diplômés recherchent également de la flexibilité, du sens et des conditions de travail compatibles avec leurs aspirations personnelles.
Télétravail : les autres chiffres à retenir de l’étude
- 77 % des jeunes diplômés considèrent les horaires flexibles comme importants ou très importants.
- 50 % aimeraient pouvoir concentrer leur temps de travail sur 4 jours avec maintien du salaire.
- 48 % jugent importante la liberté de choisir chaque jour leur lieu de travail.
- 85 % estiment que leur emploi leur permet de s’accomplir professionnellement.
- 75 % considèrent qu’une formation au management est nécessaire avant d’accepter un poste de manager.
- 90 % pensent que les entreprises doivent se transformer face aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Source : étude G16 Careers 2026 – EDHEC NewGen Talent Centre.

