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TDAH et travail : concentration, fatigue mentale, organisation… les particularités qui compliquent encore la vie professionnelle

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7–11 minutes
©sciencephotolibrary via canva.com

Longtemps absent des débats sur la qualité de vie au travail, le TDAH apparaît aujourd’hui comme un sujet de plus en plus visible dans les entreprises. Les politiques de diversité, les démarches de recrutement inclusif et la médiatisation de certains profils atypiques ont contribué à faire évoluer les regards. Pourtant, derrière cette visibilité nouvelle, l’organisation du travail reste souvent difficile pour de nombreux adultes présentant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Selon une étude scientifique publiée en 2021 dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health, consacrée au TDAH en milieu professionnel.

Les chercheurs y analysent les conséquences du trouble sur les parcours professionnels, les relations de travail, la fatigue cognitive ou encore les difficultés organisationnelles rencontrées par les salariés concernés.

Qu’est-ce que le TDAH ?

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental qui débute généralement pendant l’enfance mais peut persister à l’âge adulte.

Il se caractérise par plusieurs symptômes dont l’intensité varie selon les personnes :

  • des difficultés de concentration ;
  • une tendance à la distraction ;
  • des problèmes d’organisation ;
  • de l’impulsivité ;
  • une agitation physique ou mentale.

Chez les adultes, le TDAH peut avoir des conséquences dans différents domaines de la vie quotidienne, notamment au travail : gestion des priorités, respect des délais, fatigue cognitive, oublis fréquents ou difficultés face au multitâche.

Selon les études scientifiques, le trouble reste encore largement sous-diagnostiqué chez les adultes, en particulier chez les femmes.

Source : Haute Autorité de santé (HAS), Inserm et étude « ADHD at the workplace » publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health (2021).

Le TDAH reste encore largement associé à l’enfance dans l’opinion publique. Pourtant, de nombreuses études montrent que les symptômes persistent fréquemment à l’âge adulte, avec des répercussions directes sur la vie professionnelle.

Selon les chercheurs, les salariés concernés peuvent rencontrer des difficultés de concentration, d’organisation, de gestion du temps, de régulation émotionnelle ou encore de priorisation des tâches.

Ces particularités peuvent avoir un impact sur les relations avec les collègues, le suivi des consignes ou la capacité à gérer plusieurs sollicitations simultanément.

Les auteurs soulignent également que les difficultés professionnelles ne relèvent pas uniquement des compétences techniques. Elles concernent aussi l’organisation du travail, le niveau de stimulation de l’environnement professionnel, la gestion administrative quotidienne ou encore les attentes implicites des entreprises.

Des difficultés souvent invisibles dans l’entreprise

Le TDAH reste encore mal compris dans le monde professionnel. De nombreux adultes concernés ne sont pas diagnostiqués ou découvrent leur trouble tardivement, parfois après plusieurs épisodes d’épuisement professionnel ou des difficultés répétées dans leur carrière.

Les chercheurs expliquent que certaines particularités du TDAH peuvent être interprétées à tort comme un manque de sérieux ou d’implication :

  • retards répétés,
  • oublis,
  • difficultés à respecter certaines procédures administratives,
  • tendance à passer rapidement d’une tâche à une autre.

Pourtant, ces comportements ne relèvent pas nécessairement d’un manque de motivation.

Le trouble agit directement sur les fonctions exécutives, c’est-à-dire les capacités permettant d’organiser une tâche, gérer les priorités, maintenir l’attention ou planifier des actions dans le temps.

Dans un environnement professionnel très structuré, avec des délais serrés et des sollicitations permanentes, ces difficultés peuvent rapidement devenir sources de stress.

Les salariés concernés décrivent souvent une sensation de surcharge mentale liée à l’accumulation des informations, des notifications et des interruptions.

Des parcours professionnels très hétérogènes

L’un des apports majeurs de l’étude néerlandaise réside dans l’identification de plusieurs trajectoires professionnelles distinctes.

Les chercheurs ont observé quatre grands profils :

  • des personnes durablement sans emploi ;
  • des personnes conservant un emploi stable ;
  • des personnes dont la situation professionnelle s’améliore progressivement ;
  • des personnes qui travaillent pendant un temps avant de sortir progressivement de l’emploi.

Cette diversité montre que les expériences professionnelles des adultes présentant un TDAH ne peuvent pas être résumées à une seule réalité.

Certaines personnes développent des mécanismes de compensation efficaces et construisent des carrières stables. D’autres alternent périodes d’emploi, reconversions, fatigue psychologique ou difficultés relationnelles.

L’étude souligne notamment que les environnements professionnels très rigides peuvent accentuer les difficultés liées au TDAH, notamment lorsqu’ils imposent un multitâche permanent, une forte charge administrative ou des interruptions constantes.

Concentration, impulsivité et fatigue cognitive : des difficultés fréquentes au travail

Les chercheurs rappellent que le TDAH ne se limite pas à un déficit d’attention.

Chez les adultes, le trouble peut prendre des formes variées : difficultés à rester concentré longtemps sur une tâche monotone, impulsivité dans les échanges, agitation mentale permanente ou encore tendance à la procrastination.

Dans le monde professionnel, ces particularités peuvent avoir des conséquences concrètes.

  • Certaines personnes décrivent par exemple des difficultés à terminer des tâches administratives, à suivre des réunions longues ou à gérer plusieurs demandes simultanément.
  • D’autres expliquent avoir du mal à hiérarchiser les priorités lorsque les consignes manquent de clarté.

Les auteurs de l’étude évoquent également une fatigue cognitive importante. Beaucoup de salariés concernés expliquent devoir fournir un effort permanent pour rester organisés, respecter les délais ou maintenir leur concentration dans des environnements très stimulants.

Open spaces, notifications, multitâche : un environnement parfois difficile à supporter

Le fonctionnement de certaines entreprises peut accentuer les symptômes du TDAH.

Les open spaces, les notifications permanentes, les appels imprévus ou les changements fréquents de priorité compliquent parfois le maintien de l’attention.

Les chercheurs expliquent que les salariés présentant un TDAH sont souvent plus sensibles aux distractions de l’environnement.

Une conversation voisine, un bruit répétitif ou une succession d’interruptions peuvent suffire à rompre la concentration.

Plusieurs participants interrogés dans les études scientifiques décrivent également des difficultés face au multitâche imposé dans certaines fonctions.

Le fait de devoir répondre simultanément à des mails, participer à des réunions et gérer plusieurs demandes urgentes peut provoquer une forte charge mentale.

Certains aménagements relativement simples peuvent néanmoins améliorer les conditions de travail :

  • réduction des interruptions,
  • outils de planification visuelle,
  • télétravail partiel,
  • horaires flexibles,
  • consignes écrites.

Hyperfocalisation et créativité : des capacités parfois valorisées dans certaines professions

Le TDAH ne produit pas uniquement des difficultés.

Les chercheurs rappellent que certaines caractéristiques peuvent aussi devenir des points forts selon les métiers exercés.

Certaines personnes présentent par exemple une forte capacité d’hyperfocalisation lorsqu’un sujet les intéresse particulièrement. D’autres se distinguent par leur créativité, leur réactivité ou leur capacité à trouver rapidement des solutions dans des situations complexes.

Les environnements dynamiques, les métiers créatifs ou les professions nécessitant une forte réactivité sont parfois mieux adaptés à certains profils.

Les spécialistes mettent toutefois en garde contre les généralisations.

Tous les adultes présentant un TDAH ne possèdent pas les mêmes facilités ni les mêmes difficultés. Les manifestations du trouble varient fortement selon les individus, le niveau de fatigue, l’environnement de travail ou encore la présence de troubles associés.

Le rôle des troubles associés

Les chercheurs observent aussi que la présence de troubles associés influence fortement les trajectoires professionnelles. Anxiété, dépression, troubles de l’attention ou troubles du sommeil apparaissent fréquemment dans les études consacrées aux adultes autistes.

Ces difficultés supplémentaires peuvent compliquer l’accès à l’emploi mais aussi le maintien durable dans un poste.

L’étude montre notamment que les personnes présentant moins de troubles associés avaient davantage de chances de conserver une activité professionnelle stable.

Cette réalité rappelle que l’emploi ne peut pas être analysé indépendamment de la santé mentale et des conditions de vie globales.

Chez certains adultes autistes, les périodes de chômage prolongées peuvent accentuer l’isolement social et les difficultés psychologiques.

À l’inverse, des expériences professionnelles négatives ou des environnements inadaptés peuvent contribuer à l’épuisement.

Le recrutement, un moment particulièrement discriminant

Pour de nombreux candidats autistes, le processus de recrutement représente déjà un obstacle majeur.

Les entreprises valorisent souvent des qualités comportementales difficiles à évaluer objectivement : aisance relationnelle, capacité à convaincre, flexibilité ou « savoir-être ».

Or, ces critères peuvent exclure des profils compétents techniquement.

Certaines personnes autistes décrivent également des difficultés face aux questions imprécises, aux entretiens collectifs ou aux mises en situation reposant fortement sur les interactions sociales.

Des chercheurs travaillent aujourd’hui sur des dispositifs de recrutement plus inclusifs.

Parmi les pistes évoquées figurent notamment :

  • des consignes plus explicites ;
  • des entretiens davantage structurés ;
  • des évaluations centrées sur les compétences réelles ;
  • des périodes d’essai adaptées ;
  • la possibilité de recevoir les questions en amont.

Certaines entreprises expérimentent aussi des processus de recrutement moins dépendants des codes sociaux traditionnels.

Pourquoi le maintien dans l’emploi reste difficile

Obtenir un poste ne garantit pas forcément une stabilité professionnelle durable.

Les chercheurs soulignent régulièrement la fréquence du turnover, des changements répétés d’emploi, des reconversions professionnelles ou encore des périodes d’épuisement chez les adultes présentant un TDAH.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette instabilité.

  • La surcharge cognitive liée aux interruptions permanentes, les difficultés d’organisation, les oublis ou encore la gestion des priorités peuvent devenir particulièrement difficiles dans certains environnements professionnels.
  • Les salariés concernés décrivent également une fatigue importante liée aux efforts constants nécessaires pour rester concentrés, respecter les délais ou compenser certaines difficultés exécutives.
  • Les changements organisationnels représentent aussi une source fréquente de stress.
  • Un nouveau logiciel, un changement de manager, une modification des procédures internes ou une multiplication des tâches administratives peuvent rapidement désorganiser les repères construits au fil du temps.

Plusieurs études évoquent également les difficultés relationnelles pouvant apparaître dans certaines équipes. Une étude qualitative publiée en 2022 dans BMC Psychiatry, menée auprès d’adultes avec un TDAH, cite notamment les problèmes de coopération, les tensions relationnelles ou encore les incompréhensions avec les collègues et les managers parmi les difficultés fréquemment rapportées.

L’impulsivité verbale, les interruptions involontaires pendant les réunions ou certaines difficultés à réguler les émotions peuvent parfois être mal interprétées par les collègues ou la hiérarchie.

À cela s’ajoute parfois une faible estime de soi professionnelle. Après plusieurs expériences négatives, certains adultes présentant un TDAH développent un sentiment d’échec ou une anxiété importante liée au travail.

Les chercheurs rappellent enfin que le maintien dans l’emploi dépend fortement de l’environnement professionnel. Des managers formés, des attentes clairement définies et une organisation plus souple peuvent réduire fortement les difficultés rencontrées au quotidien… mais n’est-ce pas là le plus gros du chantier ?

Consulter les études mentionnées dans l’article

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