
La moitié des dirigeants de très petites entreprises déclarent aujourd’hui traverser une période de fragilité ou de difficultés. Une étude réalisée par l’AGS avec Ipsos BVA montre aussi qu’une majorité d’entre eux souhaitent être accompagnés avant que leur situation ne devienne critique. Mais l’accès aux dispositifs existants reste un frein important.
- Les TPE françaises continuent d’évoluer dans un contexte économique tendu. Baisse d’activité, trésorerie sous pression, retards de paiement : les premiers signaux de fragilité sont souvent visibles dans les comptes de l’entreprise avant même que la situation ne devienne critique.
- Une étude publiée par l’AGS et réalisée avec Ipsos BVA auprès de 604 dirigeants de TPE employant de 1 à 9 salariés permet de mesurer l’ampleur du phénomène.
- Premier constat : 50 % des dirigeants interrogés considèrent que leur entreprise traverse actuellement une période de fragilité ou de difficultés.
- Parmi eux, 19 % décrivent même une situation jugée importante ou critique.
Une TPE sur deux confrontée à une période de fragilité
Le résultat donne une photographie préoccupante de la situation des très petites entreprises.
Les dirigeants interrogés identifient principalement des indicateurs financiers lorsqu’ils cherchent à repérer les premiers signes d’une dégradation de leur activité.
La baisse du chiffre d’affaires arrive en tête, citée par 51 % des répondants. Viennent ensuite les tensions de trésorerie, mentionnées par 34 %, puis les retards de paiement des clients, cités par 29 %.
| Les premiers signaux de difficulté | Part des dirigeants |
|---|---|
| Baisse du chiffre d’affaires | 51 % |
| Tensions de trésorerie | 34 % |
| Retards de paiement des clients | 29 % |
Ces indicateurs sont particulièrement parlants pour les dirigeants de petites entreprises, qui disposent souvent de marges financières plus limitées pour absorber une baisse d’activité ou un décalage dans les paiements.
67 % des dirigeants demanderaient de l’aide
L’étude vient aussi nuancer une idée répandue : les dirigeants attendraient nécessairement d’être confrontés à une situation très dégradée avant de chercher de l’aide.
Ce n’est pas ce que déclarent les personnes interrogées.
67 % des dirigeants indiquent qu’ils solliciteraient un accompagnement extérieur en cas de difficultés.
Et une part importante souhaite agir avant l’aggravation de la situation : 29 % demanderaient de l’aide dès les premiers signes d’alerte, tandis que 20 % le feraient lorsque les difficultés commencent à s’installer.
Le recours à un accompagnement n’est donc pas nécessairement associé à une entreprise déjà au bord de la rupture. Pour une partie des dirigeants, il s’agit au contraire d’une démarche qui pourrait intervenir suffisamment tôt pour tenter de préserver l’activité.
Pourquoi certains dirigeants ne demandent-ils pas d’aide ?
Le paradoxe apparaît lorsqu’on observe les réponses des dirigeants qui déclarent déjà rencontrer des difficultés.
Près de 44 % d’entre eux indiquent qu’ils ne solliciteront pas d’aide extérieure.
Le principal problème ne semble pourtant pas être un refus de principe de l’accompagnement. Il s’agit surtout d’une difficulté à identifier les solutions et les bons interlocuteurs.
Les réponses de l’étude sont révélatrices :
- 36 % ne connaissent pas les dispositifs d’aide disponibles ;
- 30 % manquent de temps pour effectuer les démarches ;
- 30 % ne savent pas vers quels interlocuteurs se tourner ;
- 29 % considèrent les dispositifs comme trop complexes.
Pour les TPE, la question de l’accompagnement se joue donc aussi dans l’accès à l’information. Lorsqu’un dirigeant doit déjà gérer une baisse d’activité, des factures impayées ou une trésorerie tendue, la multiplication des interlocuteurs et des démarches peut constituer un obstacle supplémentaire.
« Cette étude montre que les dirigeants ne souhaitent pas attendre que leur entreprise soit au bord de la cessation de paiement pour demander de l’aide. Ils veulent être accompagnés dès les premiers signaux d’alerte. »
Christian Nibourel, président de l’AGS, estime ainsi que l’information sur les dispositifs existants doit être rendue plus accessible et que la prévention doit intervenir plus tôt.
Les dirigeants ne cherchent pas seulement une aide financière
Autre enseignement de l’enquête : les attentes des dirigeants dépassent largement la seule question de la trésorerie.
Lorsqu’ils envisagent une période de difficultés, ils souhaitent notamment être accompagnés pour trouver de nouveaux clients ou de nouveaux marchés, une attente citée par 29 % des répondants.
La même proportion souhaite pouvoir obtenir de l’aide sur les questions juridiques et administratives.
Les difficultés de trésorerie arrivent ensuite, avec 25 % des réponses, devant l’aide aux démarches auprès des administrations et des organismes sociaux, citée par 24 % des dirigeants.
| Ce que les dirigeants attendent d’un accompagnement | Part |
| Trouver de nouveaux clients ou marchés | 29 % |
| Questions juridiques et administratives | 29 % |
| Résoudre les difficultés de trésorerie | 25 % |
| Démarches auprès des administrations et organismes sociaux | 24 % |
L’accompagnement attendu est également très concret. 36 % souhaitent pouvoir s’adresser à un interlocuteur unique capable de coordonner les démarches, et la même proportion privilégie un accompagnement humain et personnalisé.
Le caractère gratuit du service est cité par 32 % des répondants, tandis que 29 % attendent une prise en charge rapide lorsqu’une situation urgente se présente.
Un accompagnement jugé utile par ceux qui l’ont déjà utilisé
L’étude apporte enfin un élément intéressant sur l’efficacité perçue des dispositifs existants.
Parmi les dirigeants interrogés, 41 % déclarent avoir déjà traversé une période de difficultés significatives. Parmi eux, 40 % ont fait appel à un accompagnement extérieur.
Et le retour est largement positif : 86 % des dirigeants ayant bénéficié de cet accompagnement considèrent qu’il leur a été utile, dont 41 % qui le jugent même très utile.
Le constat dressé par l’AGS est donc double : les dirigeants qui franchissent le pas semblent largement y trouver une utilité, mais une partie importante des TPE en difficulté ne sait pas vers qui se tourner ou renonce à engager des démarches.
La prévention des difficultés des TPE reste un sujet majeur
Pour l’AGS, ces résultats plaident en faveur d’une intervention plus précoce.
L’organisme rappelle que près de 85 % des entreprises auprès desquelles il intervient sont des TPE de moins de 10 salariés. Dans ce contexte, mieux faire connaître les solutions disponibles auprès des petites entreprises constitue l’une des pistes mises en avant.
« Derrière chaque procédure collective, il y a souvent plusieurs mois de difficultés silencieuses. Plus les entreprises peuvent être orientées tôt vers les bons interlocuteurs, plus les chances de préserver leur activité, les emplois et les perspectives de rebond sont importantes. »
L’étude met surtout en évidence un décalage entre les besoins des dirigeants et leur connaissance des dispositifs. Beaucoup souhaitent agir avant que la situation ne se dégrade fortement, mais ne savent pas nécessairement où trouver les informations ou comment engager les premières démarches.
Pour les TPE, la prévention passe donc aussi par une meilleure identification des interlocuteurs et des solutions disponibles.
Les chiffres à retenir
- 50 % des dirigeants de TPE se déclarent en situation de fragilité ou de difficulté.
- 19 % évoquent une situation importante ou critique.
- 67 % solliciteraient un accompagnement extérieur en cas de difficultés.
- 36 % déclarent ne pas connaître les dispositifs d’aide disponibles.
- 36 % souhaitent pouvoir bénéficier d’un interlocuteur unique.
- 44 % environ des dirigeants de TPE déjà en difficulté ne prévoient pas de demander d’aide extérieure.
- 86 % des dirigeants ayant bénéficié d’un accompagnement le jugent utile.

