Le dernier baromètre trimestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode, publié le 15 novembre 2024, dresse un tableau préoccupant de la situation des petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que des très petites entreprises (TPE) en France. L’enquête, menée auprès de 1050 dirigeants entre le 15 et le 27 octobre 2024, révèle un impact significatif de l’instabilité politique sur l’activité économique de ces entreprises.
Un climat d’incertitude qui freine l’activité
L’incertitude politique semble être le principal facteur affectant les PME et TPE. En effet, 56% des dirigeants interrogés estiment que le climat politique actuel a un « impact négatif fort » sur leur activité, une augmentation de 5 points par rapport à l’enquête précédente réalisée en août 2024.
Cette inquiétude persistante, malgré la nomination d’un nouveau gouvernement, suggère que le problème est plus profond et lié à l’absence de majorité claire au Parlement.
Des investissements en berne
Cette incertitude se traduit concrètement par une baisse significative des projets d’investissement. Seuls 43% des dirigeants déclarent avoir investi ou prévoir d’investir cette année, un chiffre en recul de 3 points par rapport au trimestre précédent et de 9 points sur un an.
Plus inquiétant encore, 45% des entreprises ont reporté leurs investissements et 21% les ont purement et simplement annulés.
Un impact sur l’emploi
L’emploi n’est pas épargné par cette tendance à la prudence. Parmi les dirigeants interrogés, 35% ont reporté leurs projets de recrutement et 19% les ont annulés3. Cette situation pourrait marquer la fin de la « rétention d’emplois » observée après la crise du Covid-19, selon Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance.
Une demande en berne
Pour la deuxième fois consécutive, les contraintes liées à la demande sont perçues comme le principal frein à l’activité par 60% des dirigeants, un niveau record hors période Covid.
Cette préoccupation croissante concernant la demande, tant actuelle que future, s’accompagne d’une baisse des difficultés de recrutement, citées par 44% des dirigeants, un plus bas hors période Covid.
Trésorerie et accès au crédit
La situation de trésorerie des entreprises s’est nettement détériorée depuis août 2024, avec des perspectives peu encourageantes pour les mois à venir. Les conditions d’accès au crédit pour le financement de l’exploitation courante se sont également dégradées, bien que la part des dirigeants rencontrant des difficultés à financer leurs investissements reste stable à un niveau bas.
Perception de la fiscalité
L’enquête s’est également penchée sur la perception des dirigeants concernant l’évolution de la fiscalité. Seule une minorité (14%) ressent une baisse des taux de prélèvements fiscaux et sociaux sur les dix dernières années, tandis qu’un tiers déclare une forte hausse et un quart une hausse modérée.
Les mesures fiscales jugées les plus bénéfiques sont la baisse de l’impôt sur les sociétés et l’extension des allègements de cotisations sociales employeur jusqu’à 2,5 SMIC. Les dirigeants identifient l’impôt sur les sociétés (46%), les cotisations employeurs entre 1,2 et 2 SMIC (41%) et la fiscalité locale (30%) comme les prélèvements dont une éventuelle hausse serait la plus pénalisante.
Perspectives
Face à ce tableau peu encourageant, les PME et TPE françaises semblent adopter une attitude de prudence. La baisse des intentions d’investissement et d’embauche pourrait avoir des répercussions significatives sur la croissance économique à moyen terme.
