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Chômage : 8,3 % des actifs, mais moins d’inscrits à France Travail : pourquoi les chiffres ne disent pas la même chose

8–12 minutes
©NeoLeo’s Images via canva.com

Le chômage poursuit sa progression en France. Au deuxième trimestre 2026, il atteint 8,3 % de la population active, son niveau le plus élevé depuis 2019 hors crise sanitaire. Pourtant, le nombre de personnes inscrites à France Travail diminue légèrement sur un an. Cette contradiction s’explique notamment par la différence entre les deux indicateurs et par les changements intervenus dans le suivi des demandeurs d’emploi.

  • Le marché du travail français continue de se dégrader sur plusieurs indicateurs.
  • La dernière publication de la Dares montre à la fois une nouvelle hausse du chômage, un recul de l’emploi salarié privé et un ralentissement de l’emploi total.
  • Mais un chiffre attire particulièrement l’attention : le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) augmente de 261.000 personnes sur un an, tandis que le nombre d’inscrits à France Travail diminue de 38.000 en catégorie A.
  • Les deux données ne sont pas contradictoires. Elles correspondent à deux mesures différentes de la situation sur le marché du travail.

À savoir : qu’est-ce qu’un demandeur d’emploi en catégorie A ?

La catégorie A de France Travail regroupe les personnes inscrites comme demandeurs d’emploi qui sont sans emploi et tenues de rechercher un emploi. Elles doivent notamment actualiser leur situation chaque mois auprès de France Travail.

Cette catégorie ne doit toutefois pas être confondue avec le chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). Les deux indicateurs ne reposent pas sur les mêmes critères et ne comptabilisent donc pas exactement les mêmes personnes.

Le taux de chômage atteint 8,3 %

  • Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage s’établit à 8,3 % de la population active. Cela représente environ 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT.
  • La hausse est de 0,2 point sur trois mois et de 0,7 point sur un an. Elle se poursuit pour le sixième trimestre consécutif.
  • Le niveau atteint au printemps 2026 est particulièrement élevé : il s’agit du plus haut taux de chômage depuis le troisième trimestre 2019, si l’on exclut la période exceptionnelle de la crise sanitaire.
  • La hausse n’est pas limitée à une catégorie de population.

Les jeunes particulièrement touchés

  • Pour les 15-24 ans, le taux de chômage atteint 21,6 %. Il progresse de 0,4 point sur le trimestre et surtout de 2,5 points sur un an.
  • Chez les 25-49 ans, le taux atteint 7,5 %, en hausse de 0,5 point sur un an. C’est son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2021.
  • Chez les personnes de 50 ans ou plus, le taux de chômage s’établit à 5,5 %, après une progression de 0,7 point sur un an.

La dégradation concerne également les femmes et les hommes. Le taux de chômage des femmes atteint 8,2 %, après une hausse de 0,4 point sur le trimestre. Celui des hommes reste à 8,5 %.

Le chômage a augmenté d’un point depuis fin 2024

La hausse n’est donc pas limitée au seul deuxième trimestre.

Depuis la fin de l’année 2024, le taux de chômage a augmenté de 1 point.

La Dares précise toutefois qu’une partie de cette progression est liée à la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi. Les publics concernés par cette réforme contribuent à hauteur de 0,4 point à la hausse du taux de chômage observée depuis fin 2024.

Ce point est important pour comprendre l’évolution des statistiques : la totalité de la hausse ne correspond pas à une dégradation conjoncturelle du marché du travail. Une partie résulte aussi des évolutions du champ des personnes suivies et des modalités de leur prise en compte.

Pourquoi les inscrits à France Travail diminuent-ils ?

C’est là que se situe la principale interrogation.

Sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail diminue légèrement :

  • -38.000 pour la catégorie A ;
  • -44 000.pour les catégories A, B et C.

À savoir : qu’est-ce qu’un demandeur d’emploi en catégorie B ?

La catégorie B regroupe les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail qui ont exercé une activité professionnelle réduite au cours du mois, tout en restant à la recherche d’un emploi. Il s’agit de personnes ayant travaillé 78 heures ou moins dans le mois.

Contrairement aux demandeurs d’emploi de catégorie A, les personnes classées en catégorie B ont donc exercé une activité au cours du mois, mais celle-ci reste limitée.

À savoir : qu’est-ce qu’un demandeur d’emploi en catégorie C ?

La catégorie C regroupe les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail qui ont exercé une activité professionnelle réduite au cours du mois, tout en restant à la recherche d’un emploi, et qui ont travaillé plus de 78 heures dans le mois.

Les catégories B et C correspondent donc à des personnes qui ont travaillé pendant le mois, contrairement à la catégorie A, mais qui restent inscrites comme demandeurs d’emploi.

Dans le même temps, l’enquête Emploi utilisée pour mesurer le chômage au sens du BIT fait apparaître 261 000 chômeurs supplémentaires sur un an.

Cela ne signifie donc pas que les statistiques se contredisent.

Être chômeur au sens du BIT et être inscrit à France Travail ne recouvre pas exactement la même réalité statistique.

La Dares insiste sur ce point en précisant que les séries relatives aux inscrits à France Travail ont été affectées par plusieurs changements récents.

Parmi eux figurent notamment :

  • l’inscription automatique de nouveaux publics, notamment certains bénéficiaires du RSA ;
  • l’inscription de jeunes suivis par les Missions locales ;
  • des changements dans les règles d’actualisation ;
  • l’entrée en vigueur du décret relatif aux sanctions en cas de manquement aux obligations des publics concernés.

Ces évolutions compliquent donc la lecture brute des chiffres d’inscription.

2,3 millions de personnes en catégorie A

France Travail comptabilise toutefois toujours un nombre important de personnes sans activité inscrites en catégorie A.

Au deuxième trimestre 2026, 2,3 millions de demandeurs d’emploi sont inscrits en catégorie A.

La comparaison avec les 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT ne doit pas être faite comme s’il s’agissait de deux compteurs mesurant exactement la même population.

C’est précisément ce qui explique pourquoi le chômage peut progresser dans l’enquête Emploi sans que le nombre d’inscrits à France Travail évolue dans le même sens.

Le marché du travail perd aussi des emplois salariés privés

La hausse du chômage intervient dans un contexte peu favorable pour l’emploi salarié.

Au deuxième trimestre 2026, le PIB est resté stable, après un recul de 0,2 % au premier trimestre. Dans le même temps, l’emploi salarié privé a diminué de 24 300 postes sur le trimestre.

Sur un an, le recul atteint 80.900 emplois salariés privés.

Et si l’on remonte au point haut du premier trimestre 2024, la France compte désormais 123 000 emplois salariés privés de moins, soit une baisse de 0,6 %.

Tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière.

Au deuxième trimestre :

  • l’agriculture perd 8.400 emplois ;
  • la construction perd 6.700 emplois ;
  • l’industrie recule de 2.600 emplois ;
  • le tertiaire marchand, intérim compris, recule de 8.900 emplois ;
  • le tertiaire non marchand privé gagne en revanche 2.200 emplois.

Le secteur public apporte également un léger soutien, avec 8.500 emplois supplémentaires sur un an.

L’emploi total résiste grâce aux indépendants

Le tableau est toutefois moins négatif lorsqu’on regarde l’ensemble de l’emploi.

L’emploi non salarié progresse de 0,9 % sur le trimestre et de 3,4 % sur un an.

Cette évolution compense en partie le recul de l’emploi salarié. Au total, l’emploi reste donc stable sur le trimestre et progresse de 0,2 % sur un an.

La Dares relève surtout une évolution qui peut intéresser directement les dirigeants de TPE : depuis la fin de 2024, l’emploi total est essentiellement porté par l’emploi non salarié.

La part des non-salariés dans l’emploi total atteint ainsi 11,8 % au deuxième trimestre 2026, contre 11,3 % fin 2024.

Autrement dit, derrière la relative stabilité de l’emploi total se cache une transformation de sa composition : le salariat privé recule, tandis que le non-salariat progresse.

Les embauches continuent pourtant d’augmenter

Autre élément qui nuance le tableau : les entreprises continuent à recruter.

Au premier trimestre 2026, 6,58 millions d’embauches ont été enregistrées dans le champ étudié par la Dares. Le nombre de contrats signés progresse de 0,9 % sur le trimestre et de 2,3 % sur un an.

Mais les fins de contrats augmentent également : +0,8 % sur le trimestre et +2,1 % sur un an.

La part des CDD dans les embauches atteint par ailleurs son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2017.

Le marché du travail est donc loin d’être figé : des embauches ont lieu, mais les sorties de contrats progressent également, tandis que le stock d’emplois salariés privés continue de diminuer.

Les entreprises ont-elles encore autant de mal à recruter ?

Les difficultés de recrutement apportent un autre éclairage.

En juillet 2026, 61 % des entreprises du bâtiment déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. La proportion atteint 37 % dans l’industrie et 34 % dans les services.

Ces niveaux restent significatifs, surtout dans le bâtiment.

Mais la tendance observée depuis 2023 est clairement à la baisse. La part d’entreprises confrontées à des difficultés de recrutement s’est réduite avant de se stabiliser récemment.

Le taux d’emplois vacants s’établit de son côté à 2,2 % au deuxième trimestre 2026, soit 0,3 point de moins sur un an et un niveau nettement inférieur au sommet atteint en 2022.

Le manque de personnel reste donc un problème pour certaines entreprises, mais il n’a plus l’ampleur observée après la crise sanitaire.

Et les salaires dans tout ça ?

Le ralentissement du marché du travail intervient aussi dans un contexte où les rémunérations progressent peu en termes réels.

Le salaire mensuel de base augmente de 1,9 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Le salaire horaire progresse de 2,3 %.

Mais l’inflation hors tabac atteint 1,7 % en juin. Une fois l’effet de l’inflation pris en compte, la progression du salaire mensuel de base n’est donc plus que de 0,2 % sur un an. Pour le salaire horaire réel, elle atteint 0,5 %.

La Dares parle ainsi d’un fort ralentissement des salaires réels au premier semestre 2026.

Cette situation intervient après une période où les pertes de pouvoir d’achat provoquées par le pic d’inflation de 2021-2022 avaient commencé à être presque compensées fin 2025. Le regain d’inflation observé depuis mars 2026 a donc de nouveau réduit l’écart entre progression des salaires et évolution des prix.

Ce qu’il faut retenir

Les chiffres du deuxième trimestre 2026 dessinent donc une situation plus complexe qu’une simple hausse du chômage.

  • Le chômage augmente fortement, à 8,3 %, avec une progression particulièrement marquée chez les jeunes.
  • L’emploi salarié privé recule, avec 123 000 emplois de moins depuis le pic du début 2024.
  • L’emploi total résiste, principalement grâce à la progression du travail non salarié.

Les inscriptions à France Travail diminuent légèrement, mais cette statistique ne mesure pas la même population que le chômage au sens du BIT et elle est affectée par plusieurs changements administratifs récents.

Enfin, les salaires continuent de progresser en valeur nominale, mais beaucoup plus faiblement en termes réels, avec seulement 0,2 % de hausse pour le salaire mensuel de base sur un an.

Le chiffre des 8,3 % de chômage ne doit donc pas être lu isolément. Il s’inscrit dans un marché du travail où le salariat privé se contracte, où le non-salariat prend davantage de place et où les différentes statistiques disponibles peuvent évoluer dans des directions différentes.

Chiffres clés

IndicateurT2 2026
Taux de chômage8,3 %
Chômeurs au sens du BIT2,7 millions
Chômage des 15-24 ans21,6 %
Emploi salarié privé sur le trimestre-24.300
Emploi salarié privé depuis le pic de T1 2024-123.000
Emploi non salarié sur un an+3,4 %
Inscrits France Travail en catégorie A sur un an-38.000
Chômeurs BIT sur un an+261.000
Salaire mensuel de base nominal sur un an+1,9 %
Salaire mensuel de base réel sur un an+0,2 %

Source : Dares, La situation sur le marché du travail au 2e trimestre 2026.

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