Une enquête de la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), publiée en janvier 2025, souligne l’urgence d’une approche plus critique et rigoureuse des alternatives aux emballages plastiques. Si les emballages à base de fibres végétales semblaient prometteurs, ils ne constituent pas la solution miracle espérée…
L’industrie de l’emballage alimentaire connaît une véritable révolution. Face aux préoccupations environnementales croissantes et aux nouvelles réglementations visant à réduire l’utilisation du plastique à usage unique, les emballages à base de fibres végétales ont le vent en poupe.
Présentés comme une alternative écologique, ces matériaux semblent offrir une solution miracle aux problèmes posés par les emballages plastiques. Cependant, une enquête récente menée par la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) révèle que ces emballages « verts » ne sont pas aussi inoffensifs et durables qu’on pourrait le croire.
Un contexte réglementaire en évolution
Ces dernières années, des mesures importantes ont été prises pour réduire l’utilisation des plastiques à usage unique. En France, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) prévoit la fin des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040, avec un calendrier progressif.
Depuis 2020, la vaisselle jetable en plastique est interdite pour la vente aux particuliers, et depuis le 1er janvier 2023, son utilisation est prohibée dans la restauration pour les repas pris sur place dans les établissements servant plus de 20 couverts.
À l’échelle européenne, le règlement Packaging & Packaging Waste Regulation (PPWR), adopté en décembre 2024, fixe des objectifs ambitieux de réduction des déchets d’emballage. Il prévoit notamment une réduction de 15% d’ici 2040 par rapport à 2018, et impose aux établissements de restauration à emporter de proposer une alternative d’emballage réutilisable ou la possibilité pour le consommateur d’apporter son propre contenant (Doggy bag).
Dans ce contexte, les emballages à base de fibres végétales apparaissent comme une solution de choix pour les professionnels de la restauration, en particulier pour la vente à emporter. Cependant, l’enquête de la CLCV soulève des questions importantes sur la sécurité et la durabilité réelle de ces alternatives.
Des substances indésirables dans nos aliments
L’un des points les plus préoccupants mis en lumière par l’étude concerne la présence de substances potentiellement dangereuses dans ces emballages « écologiques ». Les analyses menées sur cinq types d’emballages à base de fibres végétales (papier, carton, bagasse) ont révélé la présence de plusieurs composés chimiques inquiétants.
Les PFAS, ces « fameux » polluants éternels
Les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous l’acronyme PFAS, sont particulièrement préoccupantes. Ces composés, aux propriétés antiadhésives et imperméabilisantes, sont largement utilisés dans les emballages alimentaires.
Cependant, ils sont aussi connus pour leur persistance dans l’environnement et leurs effets néfastes sur la santé, notamment l’augmentation du taux de cholestérol, le risque de cancers, et des effets sur la fertilité, le développement du fœtus, le foie et les reins.
L’enquête a révélé des niveaux alarmants de PFAS dans certains emballages testés. En particulier, une barquette en bagasse présentait une teneur en fluor organique total de 1570 mg/kg, un niveau cohérent avec un usage intentionnel de PFAS. D’autres emballages, comme une boîte à pâtes en kraft et un papier burger, présentaient des teneurs plus faibles (50 mg/kg et 70 mg/kg respectivement), suggérant une contamination indirecte, possiblement liée à l’utilisation de matériaux recyclés.
Ces résultats sont d’autant plus préoccupants que le nouveau règlement européen PPWR fixe un seuil de 50 mg de fluor/kg pour tous les emballages alimentaires.
Certains pays, comme le Danemark, ont déjà pris des mesures plus strictes, interdisant l’usage intentionnel de composés perfluorés dans les matériaux en papier et carton destinés au contact alimentaire dès juillet 2020.
Autres substances préoccupantes
Outre les PFAS, l’étude a également mis en évidence la présence d’autres substances potentiellement dangereuses. Du bisphénol A, un perturbateur endocrinien notoire, a été détecté dans une boîte à pizza.
Bien que les niveaux détectés soient faibles (entre 0,8 et 1,4 µg/kg), la présence de cette substance reste préoccupante, d’autant plus qu’elle est interdite dans les contenants alimentaires en France depuis 2015.
Des lacunes réglementaires inquiétantes
L’enquête de la CLCV met en lumière des failles importantes dans la réglementation actuelle concernant les matériaux au contact des denrées alimentaires (MCDA). Les réglementations existantes sont souvent complexes et insuffisantes, en particulier pour les nouveaux matériaux comme ceux à base de fibres végétales.
L’absence de réglementations spécifiques et harmonisées pour de nombreux matériaux est particulièrement problématique. Ces réglementations sont cruciales car elles définissent les listes positives de substances autorisées ainsi que les limites de migration associées.
De plus, la mauvaise articulation entre le règlement REACH sur les substances chimiques et le règlement sur les matériaux au contact des aliments conduit à une gestion incohérente, responsable de la présence de substances délétères dans les emballages alimentaires.
Un autre point critique est le manque d’évaluation de nombreuses substances et la prise en compte insuffisante du risque de perturbation endocrinienne. Cette situation laisse la porte ouverte à l’utilisation de composés potentiellement dangereux dans nos emballages alimentaires.
Le mythe de la durabilité
L’un des arguments principaux en faveur des emballages à base de fibres végétales est leur supposée durabilité. Cependant, l’enquête de la CLCV remet en question cette image verte.
Recyclabilité et compostabilité en question
Les notions de recyclabilité et de compostabilité, souvent mises en avant pour ces emballages, sont à relativiser. L’ajout nécessaire de revêtements barrières pour assurer l’étanchéité rend ces emballages non recyclables. De plus, la présence de substances potentiellement toxiques rend le compostage, qu’il soit domestique ou industriel, peu souhaitable.
En réalité, selon le geste de tri et la nature du matériau, l’emballage sera au mieux recyclé, au pire incinéré ou enfoui. Il existe donc un décalage important entre les consignes de tri données aux consommateurs, les avantages écologiques mis en avant, et la réalité industrielle.
Des allégations environnementales trompeuses
L’étude a également analysé les allégations environnementales présentes sur plusieurs sites de vente d’emballages en ligne. Les résultats sont préoccupants : de nombreuses formulations comme « écologique », « respectueux de l’environnement », « 100 % recyclable », ou « biodégradable » sont utilisées de manière abusive et pourraient être considérées comme trompeuses.
Les informations fournies par les fabricants et les revendeurs d’emballages ne sont pas toujours conformes aux dernières réglementations en vigueur. Elles peuvent induire les consommateurs en erreur et pourraient ainsi constituer des allégations trompeuses.
Vers des solutions plus durables
Face à ces constats, la CLCV appelle à une révision en profondeur de notre approche des emballages alimentaires. Le remplacement des emballages jetables en plastique par d’autres à base de fibres végétales ne semble pas tenir ses promesses en termes de sécurité et de durabilité.
La réduction de l’emploi d’emballages jetables au profit du réutilisable et du zéro déchet apparaît comme la seule alternative réellement durable. Cette approche va à l’encontre de l’essor actuel d’autres emballages jetables porteurs de promesses exagérées.
Recommandations et perspectives
Pour faire face à ces défis, la CLCV formule plusieurs recommandations à l’intention des professionnels et des pouvoirs publics :
Pour les professionnels
- Faire preuve de vigilance dans les approvisionnements en matière de traçabilité et de fiches techniques.
- Partager avec plus de transparence la composition détaillée des emballages.
- S’assurer de l’absence de tout composant toxique ou suspecté de toxicité dans les emballages destinés au contact alimentaire.
- Mener les développements de nouveaux produits en accord avec les bonnes pratiques de sobriété et d’éco-conception.
- Veiller à la conformité des allégations environnementales employées.
Pour les pouvoirs publics
- Accélérer la révision du règlement cadre sur les matériaux au contact des denrées alimentaires.
- Contrôler davantage les allégations environnementales, en particulier sur les sites de vente en ligne.
- Vérifier la composition et les migrations depuis les matériaux au contact des denrées alimentaires vers les aliments.
- Accélérer la réduction d’emploi d’emballages jetables pour la vente à emporter, quel que soit le matériau.
- Renforcer les dispositifs de tri dans les lieux publics et mettre en place des actions de pédagogie à l’attention des consommateurs.
