Temps de lecture : 7 minutes

La hausse des défaillances d’entreprises tombe à 0,5 % au troisième trimestre 2026, selon l’étude Altares publiée le 13 octobre. Mais cette accalmie nationale épargne encore les plus petites entreprises : celles de moins de trois salariés concentrent trois procédures sur quatre. Restaurants, commerces alimentaires et activités de réparation restent particulièrement exposés.
Les chiffres s’améliorent, sans que les difficultés disparaissent des petites entreprises. Entre juillet et septembre 2026, Altares recense 14 652 ouvertures de procédures collectives, soit 0,5 % de plus qu’au même trimestre de 2025 dans la série présentée par sa nouvelle étude. Le nombre augmente donc encore, mais beaucoup moins vite.
Ce ralentissement arrive après plusieurs années de forte hausse. Il ne ramène pas les défaillances à un niveau ordinaire : sur douze mois, leur total approche désormais 72 000. Et le seul mois de septembre concentre environ 7 100 dossiers, un nouveau record selon Altares. Le répit est réel dans certaines activités ; il reste difficile à percevoir au comptoir d’un restaurant ou dans une petite entreprise dont les réserves de trésorerie sont épuisées.
Trois procédures sur quatre concernent les entreprises de moins de trois salariés
Le chiffre national de +0,5 % masque une évolution moins favorable tout en bas de l’échelle des effectifs. Les entreprises de moins de trois salariés totalisent 10 960 procédures, en hausse de 2,9 % sur un an. Elles représentent près de 75 % des dossiers recensés au cours du trimestre.
Dans cette catégorie, les redressements judiciaires progressent de 8,2 % et les liquidations directes de 0,9 %. La hausse ne se limite donc pas à des entreprises qui obtiennent du temps pour poursuivre leur activité. Les fermetures immédiates continuent, elles aussi, d’augmenter légèrement.
Attention au vocabulaire : cette catégorie d’effectif ne désigne pas les seuls indépendants relevant du régime fiscal et social de la micro-entreprise. Elle rassemble des entreprises de formes juridiques différentes, classées ici selon leur nombre de salariés.
Les entreprises récentes restent également fragiles. Celles de moins de trois ans enregistrent 2 148 procédures (+2,7 %) et celles âgées de trois à cinq ans, 4 046 (+3 %). Ensemble, elles représentent environ 42 % des jugements. Ce poids dans les dossiers ne mesure toutefois pas leur probabilité de défaillance : celle-ci nécessiterait de rapporter les procédures au nombre d’entreprises actives de chaque catégorie.
Ce qui a changé depuis les précédentes éditions Altares
L’édition publiée le 14 avril annonçait une hausse annuelle de 6,4 % au premier trimestre 2026. Celle du 16 juillet faisait état de +5,4 % au deuxième trimestre. Avec +0,5 % cet été, la dernière publication marque une décélération sensible du rythme annoncé.
| Période observée | Procédures annoncées | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| 1er trimestre 2026 | 18 986 | +6,4 % |
| 2e trimestre 2026 | 17 486 | +5,4 % |
| 3e trimestre 2026 | 14 652 | +0,5 % |
Comparer directement le volume de l’été à celui du printemps serait trompeur : les trimestres n’ont pas la même activité judiciaire. La comparaison sur un an est plus pertinente. Il faut aussi tenir compte des différences de chiffres entre les éditions, qui empêchent de reconstituer proprement un cumul annuel par simple addition.
Le contraste avec l’été précédent est également instructif. En octobre 2025, Altares décrivait une dégradation marquée dans l’industrie manufacturière et les services aux entreprises. Un an plus tard, ces deux ensembles enregistrent une baisse des procédures. Les difficultés se déplacent davantage vers certaines activités dépendantes des achats des ménages.
À relire : notre décryptage de l’étude Altares du deuxième trimestre 2026.
| Troisième trimestre | Nombre de procédures |
|---|---|
| 2022 | 9 522 |
| 2023 | 11 897 |
| 2024 | 14 081 |
| 2025 | 14 583 |
| 2026 | 14 652 |
Un écart à connaître. Le communiqué d’octobre 2025 annonçait 14 371 procédures au troisième trimestre 2025 ; la nouvelle étude en retient 14 583 pour cette même période. C’est cette seconde valeur qui permet de retrouver la hausse de 0,5 % annoncée pour 2026. Le document ne détaille pas la raison de cet écart. Nous conservons donc sa série historique pour le tableau ci-dessus, sans mélanger les bases de calcul.
Restaurants et commerces alimentaires restent dans le rouge
La construction, qui demeure le premier secteur en nombre de procédures, recule de 3,1 %, à 3 452 dossiers. L’industrie manufacturière hors agroalimentaire enregistre une baisse de 11,8 %, avec 558 défaillances. Les services aux entreprises s’améliorent également, de 1,7 %, tout en restant au-delà de 2 000 procédures.
La restauration suit une trajectoire opposée. Elle totalise 1 694 défaillances, en progression de près de 10 %. La restauration rapide est particulièrement touchée : 764 procédures et une hausse de 15,8 %. La restauration traditionnelle atteint 880 dossiers (+6,3 %). Les débits de boissons subissent, eux aussi, une augmentation de 13,4 %.
| Activité | Évolution des procédures sur un an |
|---|---|
| Restauration rapide | +15,8 % |
| Commerce alimentaire | +15,3 % |
| Débits de boissons | +13,4 % |
| Restauration traditionnelle | +6,3 % |
| Services aux entreprises | −1,7 % |
| Construction | −3,1 % |
| Industrie manufacturière hors agroalimentaire | −11,8 % |
Dans le commerce alimentaire, les procédures augmentent de 15,3 %, avec des difficultés notamment dans la boucherie. Les activités de réparation connaissent une hausse proche de 29 %. À l’inverse, l’habillement enregistre un recul de plus de 25 % et la coiffure de 8 %. Parler d’une crise uniforme du commerce de proximité masquerait donc des situations très différentes.
Ces écarts comptent pour lire la conjoncture d’une TPE. Une amélioration nationale ne signifie pas nécessairement que ses clients dépensent davantage, que ses marges remontent ou que ses fournisseurs retrouvent une situation plus solide. Le secteur d’activité et la clientèle restent déterminants.
Moins de liquidations directes, mais encore 50 510 emplois menacés
Un autre changement apparaît dans la nature des procédures. Les liquidations judiciaires directes reculent de 1,2 %, à 9 744 jugements. Elles représentent encore 66,5 % des ouvertures. Les redressements judiciaires augmentent de 4,2 %, à 4 576 dossiers, tandis que les sauvegardes restent presque stables, à 332.
Le nombre d’emplois menacés s’établit à 50 510, contre 52 000 un an auparavant, soit 1 490 de moins. Il s’agit des emplois concernés par les entreprises entrant en procédure, et non d’un décompte de licenciements déjà réalisés. Une partie de l’activité et des postes peut être maintenue.
Les dossiers de grands employeurs restent peu nombreux mais pèsent lourd : 48 entreprises d’au moins 100 salariés sont concernées et concentrent environ 10 000 emplois menacés. L’accalmie statistique ne supprime donc pas le risque de chocs locaux pour les salariés, les fournisseurs et les sous-traitants.
Le recul gagne plusieurs régions, mais pas tout le territoire
La Normandie enregistre une baisse de 11,9 % des défaillances, la Provence-Alpes-Côte d’Azur de 5,5 %, la Nouvelle-Aquitaine de 5,3 % et le Grand Est de 4,9 %. Dans ce dernier, Altares relève notamment une diminution de 16 % en Moselle, alors que le Haut-Rhin subit une hausse de 45 %. Même une moyenne régionale peut donc masquer des évolutions opposées.
Les Pays de la Loire connaissent au contraire une hausse de 18,4 %, avec 797 procédures. La Bretagne atteint 559 dossiers (+11,4 %), après un été 2025 mieux orienté. L’Île-de-France compte 3 287 défaillances (+3,9 %), avec des situations très différentes entre Paris, en recul, et la Seine-Saint-Denis, où les procédures augmentent fortement.
La trésorerie reste le point à surveiller dans les petites entreprises
Altares évoque près de 19 000 défaillances supplémentaires possibles au dernier trimestre. Il s’agit d’une anticipation, pas d’un résultat acquis. Le ralentissement de la hausse n’annonce donc pas, à lui seul, un retour rapide à des niveaux faibles.
Thierry Millon, directeur des études Altares, résume cette réserve : « Le pic des défaillances est peut-être derrière mais pas celui de la fragilité financière des entreprises ».
À l’échelle d’une petite entreprise, le chiffre d’affaires ne suffit pas à apprécier cette fragilité. Les délais d’encaissement, les échéances de remboursement et la marge réellement dégagée peuvent continuer à comprimer la trésorerie, même lorsque les commandes sont présentes. C’est le prolongement concret de cette étude : la stabilisation des procédures ne prouve pas que les réserves financières se sont reconstituées.
À lire aussi : Votre TPE a des commandes, mais sa trésorerie se vide : les alertes à repérer et Retards de paiement : la grande leçon des petites entreprises aux grands groupes.
Ce que mesure l’étude
Altares comptabilise les ouvertures de sauvegarde, de redressement judiciaire et de liquidation judiciaire directe, à la date du jugement. Le périmètre inclut les entités disposant d’un numéro Siren, notamment les entreprises individuelles, les sociétés, les professions libérales et les associations. Il ne couvre ni toutes les cessations d’activité ni les procédures amiables. Une conversion ultérieure d’un redressement en liquidation n’est pas comptée comme une nouvelle défaillance.
Sources : étude Altares « Défaillances et sauvegardes des entreprises en France au 3e trimestre 2026 », publiée le 13 octobre 2026, pages 2 à 7, 9 et 18 ; communiqué du 14 avril 2026 ; communiqué du 16 juillet 2026 ; communiqué du 14 octobre 2025.
