
Selon la nouvelle étude d’Altares Dun & Bradstreet, les délais de paiement repartent dans le bon sens en France. Mais ceux qui donnent aujourd’hui le plus mauvais exemple ne sont pas forcément ceux que l’on croit : les entreprises de plus de 1.000 salariés accusent encore 19,6 jours de retard en moyenne, contre 11,1 jours pour les PME de 10 à 49 salariés. Les petites structures, pourtant moins armées pour absorber les tensions de trésorerie, paient donc nettement plus vite que les grandes.
- La France respire enfin un peu. Après deux années de dégradation des comportements de paiement, les entreprises et organismes français ont nettement réduit leurs retards au premier semestre 2026.
- Le délai moyen atteint désormais 12,3 jours, contre 14,1 jours un an plus tôt.
- La France repasse ainsi sous la moyenne européenne, établie à 13,1 jours.
- Mais ce redressement ne raconte pas toute l’histoire. Car lorsqu’on regarde qui paie réellement ses fournisseurs dans les temps, une situation beaucoup moins attendue apparaît : les petites entreprises font mieux que les grandes.
- Et ce constat pose une question embarrassante dans une économie où les retards de règlement peuvent directement fragiliser la trésorerie des fournisseurs : pourquoi les entreprises qui disposent des moyens financiers les plus importants sont-elles aussi celles qui prennent le plus de temps pour payer ?
49,7 % des entreprises paient à l’heure : mieux, mais encore loin du compte
Premier signal positif : 49,7 % des entreprises françaises règlent désormais leurs fournisseurs à l’échéance, contre seulement 45,2 % un an auparavant.
Ainsi, près d’une entreprise sur deux respecte désormais le calendrier prévu. La proportion des retards les plus sévères, ceux qui dépassent 30 jours, recule elle aussi à 7,5 %, contre un niveau supérieur auparavant.
La France fait même mieux que la moyenne européenne, où les retards de plus de 30 jours concernent encore 8,8 % des entreprises.
Le mouvement est donc réel.
Mais il faut se garder de présenter ces chiffres comme le retour à une ponctualité généralisée. Altares souligne qu’à l’échelle européenne, une entreprise sur deux continue de payer après l’échéance.
La France s’améliore donc. Elle ne peut pas encore se féliciter d’avoir réglé le problème.
Le paradoxe qui dérange : les TPE paient mieux que les grandes entreprises
C’est probablement le chiffre le plus intéressant de cette étude pour les dirigeants de petites entreprises.
Les TPE de 1 à 9 salariés affichent 11,7 jours de retard moyen, après avoir gagné près de deux jours en un an.
Les PME de 10 à 49 salariés font encore mieux : 11,1 jours, contre 13 jours un an auparavant.
Altares constate que ces entreprises, malgré des trésoreries généralement plus fragiles, apparaissent aujourd’hui parmi les plus rigoureuses dans le respect de leurs échéances fournisseurs.
Et plus la taille augmente, plus la situation se dégrade.
Les entreprises de 50 à 249 salariés accusent encore 13,4 jours de retard. Celles de 250 à 999 salariés atteignent 15,3 jours.
Quant aux sociétés de plus de 1 000 salariés, elles culminent à 19,6 jours.
L’écart avec les TPE et PME est considérable : près de huit jours séparent ainsi les plus grandes structures des petites entreprises.
Une question de trésorerie… mais pas seulement
Ce décalage est d’autant plus frappant que les petites structures sont généralement moins armées pour absorber les conséquences d’un règlement tardif.
Pour une TPE, quelques milliers d’euros immobilisés plusieurs semaines peuvent peser immédiatement sur le paiement des salaires, des charges, des fournisseurs ou sur la capacité à investir.
Le comportement des grandes organisations peut donc avoir un effet en cascade sur tout leur écosystème.
Altares estime d’ailleurs que les délais de paiement ne constituent plus seulement un sujet de trésorerie. Ils deviennent également un enjeu de compétitivité, de confiance économique et de conformité.
C’est probablement là que se trouve le véritable enseignement de cette étude : payer son fournisseur à l’heure n’est pas seulement une question comptable. C’est aussi une manière de ne pas transférer ses propres contraintes de trésorerie à une entreprise plus petite.
Le public fait encore moins bien que le privé
Autre résultat susceptible de faire grincer des dents : les organismes publics restent en retrait.
Le secteur privé revient sous les 12 jours de retard moyen, tandis que le secteur public reste à 14 jours. Soit plus de deux jours d’écart.
Là encore, la moyenne cache des écarts importants.
Les collectivités territoriales s’en sortent plutôt bien, avec 12,7 jours de retard moyen.
Mais les établissements publics de santé constituent un point noir particulièrement spectaculaire : les hôpitaux règlent leurs factures avec plus de 24 jours de retard après le délai de règlement maximum. Altares rappelle que le délai maximal applicable aux établissements de santé est fixé à 50 jours.
Un chiffre à mettre en perspective avec la situation des fournisseurs concernés : derrière une facture non réglée, il y a une entreprise qui, elle, doit continuer à payer ses propres salariés, ses charges et ses fournisseurs.
De 7,4 à 26 jours : le secteur d’activité change tout
La moyenne nationale de 12,3 jours masque également des écarts spectaculaires entre secteurs.
Dans la construction, les entreprises du bâtiment limitent leur retard moyen à 8 jours. Les travaux publics repassent sous les 12 jours.
Le commerce et la réparation automobile affichent 10,2 jours, tandis que certaines activités du commerce de détail font encore mieux : 7,4 jours pour les enseignes de sport et de loisirs et 8,5 jours pour le bricolage-équipement du foyer.
À l’autre bout du classement, certaines activités affichent des délais nettement plus préoccupants.
La sécurité atteint 26,9 jours de retard moyen. La production de films ou de sons arrive à 23 jours et la diffusion de programmes à 22 jours.
Le numérique n’est pas non plus épargné : les éditeurs de logiciels affichent 17,9 jours, contre 15,5 jours pour les services informatiques.
Même constat dans la restauration : le secteur améliore fortement ses comportements mais reste à 15,8 jours de retard moyen.
Le monde agricole demeure également sous surveillance, avec plus de 13 jours pour les activités d’élevage et plus de 14 jours pour les activités de culture.
Entre les secteurs les plus vertueux et ceux qui accumulent les retards, l’écart peut ainsi atteindre trois à quatre semaines.
La France fait mieux que ses voisins… mais les Pays-Bas jouent dans une autre catégorie
À l’échelle européenne, la France améliore nettement sa position.
Avec 12,3 jours de retard, elle fait désormais mieux que la moyenne européenne de 13,1 jours.
Mais elle est encore très loin du modèle néerlandais.
- Aux Pays-Bas, 82,7 % des entreprises paient sans retard, pour seulement 2,9 jours de retard moyen.
- L’Allemagne affiche également une performance très supérieure à la France, avec 64,1 % de paiements à l’heure et seulement 6,5 jours de retard.
- La Belgique se situe à 10,2 jours. Le Royaume-Uni atteint 11,2 jours.
- À l’opposé, le Portugal affiche 23,3 jours de retard moyen et seulement 21,2 % d’entreprises payant leurs fournisseurs à échéance.
- L’Italie atteint 16,3 jours et l’Irlande connaît une dégradation particulièrement forte, avec 15,8 jours contre 12,7 un an auparavant.
La France peut donc se réjouir de son redressement. Elle ne peut pas encore se présenter comme un modèle européen de ponctualité.
Et en région, le fossé est tout aussi spectaculaire
L’étude Altares permet également de regarder ce qui se passe à l’échelle territoriale.
Le meilleur élève est les Pays de la Loire, avec seulement 9,1 jours de retard, devant la Bretagne à 9,3 jours et le Centre-Val de Loire à 9,7 jours.
Trois régions passent ainsi sous la barre symbolique des dix jours.
L’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine, la Bourgogne-Franche-Comté et la Normandie restent elles aussi sous 10,5 jours.
Le Grand Est se situe autour de 11 jours, tout comme Auvergne-Rhône-Alpes et la Corse.
Mais le contraste devient particulièrement marqué avec l’Île-de-France.
Après avoir dépassé les 20 jours au deuxième trimestre 2025, la région revient à 18,7 jours. Elle demeure néanmoins, de très loin, la moins vertueuse des régions métropolitaines.
L’Outre-mer affiche également 18,7 jours, mais avec une différence majeure : contrairement à la métropole, la situation s’est dégradée sur un an, avec près de trois jours de retard supplémentaires.
La bonne nouvelle est-elle durable ?
C’est finalement la question centrale.
Altares constate une amélioration nette au deuxième trimestre 2026. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, notamment la préparation à la facturation électronique, qui pousse les organisations à moderniser leurs processus et à améliorer la qualité de leurs données. Le groupe évoque également un cadre réglementaire plus ferme à l’égard des mauvais payeurs.
Mais il serait prématuré de parler de victoire.
Le retard moyen reste supérieur à 12 jours, alors qu’il était descendu sous les 11 jours en 2018, avant la crise sanitaire.
Et le contexte économique reste fragile : Altares recense plus de 71 700 défaillances d’entreprises à fin août 2026.
Thierry Millon résume l’enjeu : le redressement devra désormais démontrer sa capacité à s’inscrire dans la durée.
Car le véritable paradoxe de 2026 est peut-être celui-ci : les petites entreprises, celles qui ont le moins de marge pour absorber un impayé, montrent aujourd’hui l’exemple en matière de ponctualité.
La question n’est donc plus seulement de savoir si les retards diminuent.
Il faudra désormais voir si les grandes organisations accepteront, elles aussi, de payer plus vite.
Les chiffres à retenir
- 12,3 jours : retard moyen de paiement en France au 1er semestre 2026
- 14,1 jours : niveau un an plus tôt
- 49,7 % : entreprises françaises payant leurs fournisseurs à l’échéance
- 7,5 % : part des retards supérieurs à 30 jours
- 11,1 jours : retard moyen des PME de 10 à 49 salariés
- 11,7 jours : retard moyen des TPE
- 19,6 jours : retard moyen des entreprises de plus de 1 000 salariés
- 14 jours : retard moyen du secteur public
- 24 jours et plus : retard moyen des hôpitaux
- 9,1 jours : meilleur résultat régional, en Pays de la Loire
- 18,7 jours : retard moyen en Île-de-France et en Outre-mer
- 2,9 jours : retard moyen aux Pays-Bas.
Source et méthodologie
- Cette analyse repose sur l’étude Altares Dun & Bradstreet, « Comportements de paiement des structures publiques et privées en France et en Europe (1er semestre 2026) ».
- Le programme DunTrade s’appuie sur les données issues de la comptabilité client de 15.000 sociétés participantes.
- En France, Altares indique analyser chaque année 30 millions d’expériences commerciales, couvrant les comportements de paiement de plus de 2,7 millions d’entreprises.

