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Les indicateurs convergent désormais vers une même réalité : la pression sur les trésoreries ne se limite plus à l’exploitation et s’étend à l’ensemble de la structure financière.
La fin d’année 2025 laisse un goût amer aux directions financières des grandes entreprises et des ETI. D’après la dernière enquête de trésorerie menée par l’AFTE, le METI et Rexecode, la situation s’est nettement dégradée en novembre et décembre, effaçant le léger mieux observé à l’automne.
En décembre, le solde d’opinions sur la trésorerie d’exploitation recule fortement pour s’établir à -15 %. Un niveau largement inférieur à sa moyenne de long terme, qui traduit un durcissement marqué des conditions de fin d’exercice.
Un quart des entreprises interrogées jugent leur trésorerie difficile, quand un peu plus de 10 % seulement la qualifient d’aisée. Le rebond d’octobre apparaît rétrospectivement comme un épisode isolé, sans prolongement durable.
Même constat côté trésorerie globale. Longtemps plus résiliente, elle enregistre en décembre une chute brutale de son solde d’opinions, à -15,2 %.
La dynamique observée depuis le début de l’année, où la trésorerie globale amortissait mieux les chocs que l’exploitation, s’est inversée. Les deux indicateurs se rejoignent désormais vers le bas, signalant un resserrement généralisé des marges de manœuvre financières.
Des prévisions globalement respectées, mais peu rassurantes
Si la dégradation est nette, elle n’a toutefois pas surpris les trésoriers. En décembre, 92 % d’entre eux indiquent que l’évolution de leur trésorerie a été conforme à leurs anticipations, un taux en hausse par rapport au mois précédent.
Lorsque des écarts sont constatés, ils se répartissent de manière équilibrée entre évolutions favorables et défavorables.
Les flux nets d’investissement expliquent une part plus importante de ces écarts que lors des mois précédents, signe que les décisions d’allocation du capital continuent de peser directement sur les équilibres de trésorerie.
Cette visibilité accrue sur les trajectoires financières n’atténue cependant pas le constat général d’une fin d’année sous contraintes.
Les délais de paiement, toujours sous surveillance
Autre facteur de tension persistant : les délais de paiement. En décembre, le solde d’opinions concernant les délais clients demeure à un niveau particulièrement élevé hors période Covid. Près de 30 % des trésoriers constatent un allongement récent des délais de règlement de leurs clients, contre seulement 3 % qui observent une amélioration.
Cette situation continue de peser sur les flux de trésorerie, en particulier pour les ETI les plus exposées aux cycles d’encaissement longs.
À l’inverse, les délais de paiement fournisseurs apparaissent plus stables. Le solde d’opinions reste inchangé et inférieur à sa moyenne de long terme, traduisant une certaine normalisation des pratiques de règlement.
Le solde commercial, qui mesure l’écart entre délais clients et fournisseurs, se maintient ainsi à un niveau constant. Une stabilité relative qui ne suffit pas à compenser l’impact des retards de paiement côté clients.
Matières premières et change : des pressions contenues, mais contrastées
Sur le front de l’environnement extérieur, les signaux sont plus nuancés. Parmi les entreprises exposées aux prix des matières premières, 48 % estiment que leur niveau actuel a un effet négatif sur la trésorerie, une proportion en léger recul.
La stabilisation récente de certains cours, notamment énergétiques, limite l’apparition de nouvelles tensions.
À l’inverse, 16 % des répondants constatent un impact positif et près d’un tiers jugent l’effet neutre. Une situation qui reflète des expositions sectorielles très hétérogènes et des politiques de couverture plus ou moins protectrices.
Concernant le taux de change euro-dollar, la perception s’est légèrement détériorée :
La part des trésoriers estimant que le change a un effet positif sur leur trésorerie recule à 33 %, dans un contexte d’appréciation modérée de l’euro face au dollar et à certaines devises asiatiques.
Si un euro plus fort peut alléger certains coûts d’importation, il est également susceptible de peser sur la compétitivité-prix à l’export pour une partie des ETI.
Un accès au financement bancaire plus fluide en décembre
Dans ce contexte tendu, le financement bancaire a joué un rôle d’amortisseur. En décembre, 87 % des trésoriers indiquent y avoir eu recours pour couvrir leurs besoins de trésorerie, un niveau supérieur à la normale.
Surtout, la perception des conditions d’accès s’améliore nettement :
- Seuls 13 % jugent le financement difficile,
- Contre près de 30 % en novembre.
Les recherches de financement sont majoritairement qualifiées de faciles ou normales, signe d’un certain apaisement après les tensions observées à l’automne.
Cette amélioration reste toutefois fragile et dépend largement de l’évolution des conditions macroéconomiques et monétaires.
Côté gestion de la liquidité, les stratégies demeurent stables. Les placements privilégiés par les entreprises se répartissent principalement entre :
- les comptes rémunérés, qui concentrent près de 40 % des placements,
- les dépôts à vue, encore très utilisés,
- les OPCVM, en léger recul dans un contexte de volatilité accrue des marchés financiers.
Des anticipations de taux très dispersées pour 2026
Le focus de l’enquête met en lumière une forte dispersion des anticipations concernant l’évolution des taux d’intérêt à douze mois. Près de la moitié des trésoriers tablent sur une stabilité, tandis que 29 % anticipent une baisse et 21 % une hausse.
Cette absence de consensus reflète les incertitudes entourant l’évolution des taux souverains français et européens, ainsi que leur transmission aux conditions de financement des entreprises.
Les attentes en matière d’impact sur la trésorerie sont logiquement corrélées à ces scénarios.
Parmi ceux qui anticipent une baisse des taux, plus des deux tiers estiment que l’effet sera neutre ou favorable.
À l’inverse, les trésoriers prévoyant une hausse sont trois quarts à redouter une dégradation de leur situation de trésorerie.
Une fin d’année sous contraintes, sans rupture brutale
Au total, l’enquête de décembre 2025 dresse le portrait d’un tissu de grandes entreprises et d’ETI confronté à une accumulation de pressions financières, sans basculement soudain mais avec un resserrement progressif des équilibres.
La convergence des indicateurs de trésorerie vers des niveaux bas, la persistance des délais clients et les incertitudes sur les taux dessinent un environnement exigeant pour les directions financières à l’aube de 2026.
La capacité des entreprises à piloter finement leurs flux, sécuriser leurs financements et arbitrer leurs investissements restera déterminante dans les mois à venir, dans un contexte où la visibilité macroéconomique demeure limitée.

