Les capacités de l’intelligence artificielle (IA) ouvrent des potentiels qui semblaient autrefois relever de la science-fiction. Aujourd’hui, elles s’imposent comme un enjeu stratégique incontournable pour les entreprises. Mais comment démystifier l’IA et l’adopter de manière raisonnée et pragmatique ? Lors d’un événement organisé en janvier par Walter France, cabinet d’expertise-comptable, d’audit et de conseil, plusieurs pistes ont été avancées par les acteurs du secteur pour organiser l’articulation entre l’humain et l’IA, permettant aux entreprises d’en tirer pleinement parti.
Bien comprendre l’enjeu actuel de l’IA
« Les capacités de l’IA se développent de manière exponentielle, beaucoup plus rapidement que prévu », expliquait Dimitri Kassubeck, CEO de Moby Analytics (plateforme analytique basée sur l’IA pour les auditeurs). Les investissements massifs des géants comme Google ou Facebook atteignent des dizaines de milliards de dollars, renforçant leurs positions de leaders tout en propulsant l’IA à un niveau inégalé.
Mais l’IA ne se limite pas à une révolution technologique. Elle redéfinit les bases mêmes de notre société et bouleverse le monde du travail : certains métiers disparaissent, d’autres émergent. Elle challenge également notre capacité de discernement, notamment face à la prolifération des fake news.
Pour les entreprises, ces mutations impliquent des décisions stratégiques : comment intégrer l’IA dans leur modèle économique ? Quelles formations mettre en place pour suivre ces évolutions ?
Bâtir une complémentarité entre l’IA et l’humain
Trouver le bon équilibre entre l’humain et l’IA est un défi majeur. Plusieurs exemples révèlent les capacités impressionnantes de l’IA, mais aussi les limites de cette technologie lorsqu’elle est mal exploitée. Dans une simulation de combat aérien, des avions de chasse F16 pilotés par l’IA ont écrasé leurs homologues pilotés par des humains.
Pourtant, une étude de Harvard, intitulée « Navigating the Jagged Technological Frontier : Field Experimental Evidence of the Effects of AI on Knowledge Worker Productivity and Quality » (2023) citée par Dimitri Kassubeck a montré que, dans le consulting, l’utilisation de l’IA pouvait réduire les performances sur des tâches complexes si les utilisateurs manquaient d’expérience et d’esprit critique.
En revanche, les experts chevronnés tirent parti de l’IA pour améliorer leurs performances. Ainsi, dans le secteur informatique, les développeurs confirmés utilisant des outils d’IA peuvent augmenter leur productivité de plus de 30 %. Ces exemples montrent que la complémentarité entre humain et IA doit être pensée en fonction des compétences et de l’expérience des utilisateurs.
Une évolution sociétale et stratégique
L’IA n’est plus seulement un outil d’information supérieure ; elle devient un véritable levier stratégique pour les entreprises. « Pour certains métiers, le combat est perdu d’avance », a observé un expert. Une machine pilotée par l’IA sera toujours plus rapide, précise et fiable qu’un humain. Les dirigeants, confrontés à des enjeux de productivité, n’hésiteront pas à remplacer des salariés par des solutions automatisées si le retour sur investissement est favorable.
Cependant, cette transition pose des questions éthiques et sociétales. Quelle proportion d’emplois une entreprise est-elle prête à automatiser ? Comment préparer les jeunes générations à ces mutations en développant leur esprit critique et leur capacité à collaborer avec l’IA ?
Le rôle clé des « chief cognitive officers »
Dans ce contexte, une nouvelle fonction pourrait émerger dans les entreprises : celle de « chief cognitive officer ». Ce manager, à la croisée des chemins entre les ressources humaines (RH) et les systèmes d’information (SI), aurait pour mission de comprendre, analyser et exploiter l’IA pour en tirer le meilleur parti.
Son rôle serait d’étudier les meilleures synergies entre humain et IA tout en veillant à ce que les équipes suivent un rythme d’adaptation compatible avec l’évolution rapide des capacités technologiques. Cette position stratégique souligne l’importance de structurer les entreprises pour faire face aux transformations impulsées par l’IA.
Des outils IA déjà au service des entreprises
Les entreprises peuvent déjà s’appuyer sur différents types d’outils IA, classés en quatre catégories principales :
- Les assistants généralistes comme ChatGPT ou Mistral, qui fournissent des réponses rapides à une variété de questions ;
- Les assistants spécialisés, développés pour des besoins métiers précis (à l’aide de bases de données sectorielles spécifiques) ;
- Les agents autonomes, capables d’exécuter des tâches de manière indépendante ;
- Les outils de productivité, qui automatisent des tâches répétitives ou génèrent des comptes-rendus de réunion.
Ces solutions permettent d’améliorer l’efficacité des processus tout en libérant du temps pour des activités à plus forte valeur ajoutée.
7 conseils pour s’approprier l’IA en entreprise
Pour réussir cette transition, les entreprises doivent structurer leur approche. Voici sept recommandations apportées par Walter France pour guider les dirigeants :
- Se former à minima : Les dirigeants doivent comprendre les capacités et évolutions de l’IA,
- Mutualiser la veille : Au sein de groupements d’employeurs ou de syndicats professionnels, pour étudier les applications pertinentes par secteur,
- Organiser des formations internes : Démystifier l’IA et inciter les équipes à l’utiliser,
- Démarrer petit : Identifier 3 ou 4 applications simples et utiles pour faire gagner du temps aux équipes,
- Explorer les usages stratégiques : Identifier les complémentarités entre humain et IA pour optimiser les résultats,
- Former les jeunes à l’esprit critique : Encourager l’utilisation de l’IA comme un assistant et non un substitut,
- Adapter le rythme de changement : Trouver un équilibre entre la vitesse d’évolution de l’IA et la capacité d’adaptation des équipes.
Un train à ne pas manquer
D’ici à quelques années, l’IA sera omniprésente dans la sphère professionnelle et certains acteurs se lanceront plus vite et mieux que d’autres. Les entreprises doivent donc s’en emparer – sous peine de se retrouver à quai.
Selon les experts de Walter France, « l’heure n’est désormais plus au questionnement, il s’agit de passer à l’action : s’informer, tester, adapter et collaborer avec l’IA pour répondre aux enjeux du monde de demain. En développant une stratégie IA cohérente, elles assureront leur compétitivité et leur durabilité dans une économie toujours plus connectée et automatisée« .

