
Dans un contexte où de nombreux salariés alternent entre missions courtes et périodes indemnisées, les petites entreprises jouent un rôle déterminant en proposant des contrats plus durables ou des opportunités de montée en compétences.
Chaque mois, près de 54.000 personnes atteignent la fin de leurs droits à l’assurance-chômage, selon la Dares. Ce cap symbolique — et souvent redouté — marque la sortie du régime d’indemnisation sans possibilité de rechargement. Que deviennent ces allocataires, souvent précaires, une fois l’allocation épuisée ?
Un profil marqué par la précarité de l’emploi
Les fins de droit concernent majoritairement des personnes ayant connu des contrats courts : près de 55 % d’entre elles ont perdu un emploi temporaire (CDD ou intérim). Leur droit à indemnisation est souvent bref : 44 % disposent d’une durée inférieure à un an, contre 26 % pour l’ensemble des sortants de l’assurance-chômage.
Ces allocataires ne sont pas forcément des primo-entrants : seulement 31 % le sont, contre 38 % parmi l’ensemble des sortants.
Ils ont aussi moins recours à l’activité réduite pendant leur période d’indemnisation (58 % contre 70 %), et plus souvent à la formation (20 % contre 14 %).
Une démarche bénéfique à long terme, mais qui peut retarder le retour immédiat à l’emploi.
Trois mois après, un tiers a retrouvé un emploi… deux sur dix perçoivent le RSA
La fin d’indemnisation ne signifie pas nécessairement l’exclusion du marché du travail. Trois mois après l’épuisement de leurs droits, 31 % des allocataires âgés de moins de 59 ans occupent un emploi salarié, dont les deux tiers en emploi durable (CDI, CDD de plus de six mois ou fonction publique).
Mais cette reprise d’activité ne compense pas la fragilité économique : à la même échéance, 29 % perçoivent une allocation de solidarité spécifique (ASS) ou le revenu de solidarité active (RSA) — respectivement 11 % et 18 %.
Un an après, 40 % des anciens bénéficiaires sont de nouveau salariés, tandis que 21 % dépendent encore de ces minima sociaux.
Une transition difficile pour les plus de 53 ans
La Dares note une situation plus tendue pour les allocataires seniors. Trois mois après la fin de leurs droits, seuls 24 % des 53-59 ans ont retrouvé un emploi, contre 32 % pour les plus jeunes.
En revanche, 37 % d’entre eux perçoivent le RSA ou l’ASS, cette dernière leur étant plus souvent accessible car ils remplissent la condition d’avoir travaillé cinq ans sur les dix dernières années.
Un an après, la tendance s’améliore légèrement : 31 % sont salariés, mais 26 % continuent de dépendre d’une aide. Ces chiffres rappellent la difficulté persistante du retour à l’emploi pour les seniors, malgré des dispositifs spécifiques comme la « filière senior » du régime d’assurance-chômage.
Les jeunes, plus dynamiques, mais peu couverts
À l’inverse, les moins de 25 ans s’insèrent plus rapidement : 39 % d’entre eux travaillent trois mois après la fin de leurs droits. Leur situation financière reste néanmoins précaire, car ils sont rarement éligibles à l’ASS et souvent exclus du RSA, réservé aux plus de 25 ans sauf exception (enfant à charge ou durée d’activité suffisante). Seuls 11 % d’entre eux perçoivent l’une de ces aides.
Des trajectoires fragmentées et des revenus fragiles
Entre emploi, minima sociaux et périodes d’inactivité, les parcours après la fin de droit sont souvent discontinus. Les données de la Dares montrent des allers-retours fréquents entre l’emploi salarié, le RSA et l’ASS dans l’année suivant la perte d’indemnisation.
Les personnes qui ne perçoivent ni le RSA ni l’ASS ne sont pas nécessairement sans ressource : certaines exercent une activité non salariée, d’autres vivent dans un foyer dont les revenus dépassent les seuils d’accès. Mais une part non négligeable décroche durablement du marché du travail.
Un indicateur de la santé du marché de l’emploi
Le nombre de fins de droits reflète la conjoncture. Après une baisse entre mi-2021 et début 2023, liée à la reprise économique et à la réforme de l’assurance-chômage, il repart à la hausse depuis mi-2023, sur fond de ralentissement du marché du travail et de modulation des durées d’indemnisation (-25 % pour les nouveaux droits ouverts en période favorable).
En juin 2024, 61 300 allocataires atteignent la fin de leur droit, un chiffre encore inférieur à celui de 2019 (69 000), mais en progression récente.
À retenir pour les TPE : ces données rappellent l’importance de la stabilité de l’emploi et de la formation continue. Dans un contexte où de nombreux salariés alternent entre missions courtes et périodes indemnisées, les petites entreprises jouent un rôle déterminant en proposant des contrats plus durables ou des opportunités de montée en compétences.

