
Malgré les dispositifs d’accompagnement, les femmes entrepreneures franciliennes continuent de faire face à des discriminations, au syndrome de l’imposteur et à la charge mentale liée à la maternité.
En 2025, malgré la multiplication des dispositifs et l’engagement des acteurs publics et associatifs, les femmes entrepreneures franciliennes continuent de faire face à un faisceau de réalités qui pèsent sur leur parcours.
Le baromètre proposé par le réseau Initiative Ile-de-France (5 novembre 2025), recueillant les réponses de 615 dirigeantes ayant candidaté (ou ayant été accompagnées) dans le cadre du concours « Créatrices d’Avenir », relève plusieurs tendances marquantes.
Des discriminations de genre toujours fréquemment observées
Plus de la moitié (56 %) des entrepreneures interrogées déclarent avoir subi des discriminations liées à leur genre : commentaires sexistes ou paternalistes, avances déplacées lors de rendez‑vous professionnels, voire harcèlement sexuel ou pressions implicites.
« Le sexisme reste une réalité tenace ancrée dans certaines mentalités. » — Francine Savidan, présidente d’Initiative Ile-de-France.
Au-delà des chiffres, c’est bien l’impact sur les choix professionnels qui ressort : 41 % des dirigeantes indiquent que ces comportements ont affecté leur activité ou leurs décisions (éviter certains événements : 25 %, interrompre ou refuser une collaboration : 16 %).
Le sentiment de solitude demeure : un poids dans les périodes charnières
Le baromètre révèle un indice moyen de solitude de 5,35/10 parmi les dirigeantes. Qu’on soit solo, à la tête d’une équipe ou associée, la solitude se manifeste, en particulier durant les moments de stress (39 %) ou de prise de décision importante (30 %).
« Qu’il ou elle soit solo, avec des associés, à la tête d’une équipe, tout le monde peut y être confronté… ».
Parmi les répondantes :
7 % affirment ressentir ce sentiment même dans leurs succès, faute de pouvoir les partager,
18 % vivent avec ce sentiment quotidiennement.
Pour répondre à cette réalité, 53 % affirment appartenir déjà à un réseau ou une communauté, tandis que 37 % aimeraient rejoindre un collectif. Parmi les dispositifs plébiscités : le parrainage/mentorat (31 %), les événements de networking ciblés (29 %), ou encore l’accompagnement psychologique ou coaching (22 %).
Le syndrome de l’imposteur touche presque toutes les dirigeantes
Un des signaux forts du baromètre : 93 % des entrepreneures déclarent avoir déjà souffert du « syndrome de l’imposteur », dont 66 % «souvent».
Ce sentiment se traduit par des effets concrets :
- 56 % sous‑estiment la valeur de leur offre ou produit,
- 45 % n’osent pas solliciter autant de clients, de partenariats ou de financements qu’elles le pourraient,
- 46 % évitent la prise de parole ou la mise en avant.
« Ce phénomène, qui touche particulièrement les femmes, frappe souvent les profils les plus compétents, au point d’éroder leur confiance en leur capacité à mener une carrière ambitieuse et valorisante. »
Le sentiment d’illégitimité est amplifié lorsque l’on considère que 61 % des répondantes estiment que le fait d’être une femme accentue cette impression.
Maternité et entrepreneuriat : une équation encore instable
La maternité apparaît comme un facteur de complexité dans le parcours des entrepreneures. Si l’autonomie et la flexibilité sont citées comme des atouts de l’entrepreneuriat, 37 % considèrent que la maternité est perçue comme un frein ou un risque, tandis que 46 % estiment que cela dépend du milieu ou des interlocuteurs.
« Il reste délicat de concilier un projet d’entreprise et une vie familiale. Elles gardent le poids de la charge mentale et ça demeure gênant de gérer leur double emploi du temps. »
Parmi les critères pointés : la gestion de la charge mentale ou du temps. Dans ce contexte, 91 % des répondantes jugent nécessaire de renforcer les dispositifs de soutien :
- Garde d’enfants,
- Aides financières spécifiques,
- Développement de réseaux,
- Mentorat.
Par ailleurs, 64 % des répondantes ont des enfants, ce qui confirme que cette réalité n’est pas marginale.
Résilience et désir de recommencer : un message fort à retenir
Malgré les multiples contraintes et obstacles, la vitalité du secteur est palpable : 93 % des femmes interrogées affirment qu’elles referaient ce choix entrepreneurial.
« Les femmes entrepreneures démontrent chaque jour leur force, leur créativité et leur résilience … elles avancent pourtant, portées par une détermination admirable. »
Cette volonté souligne un terreau favorable : celles qui entreprennent ne reculent pas, elles persistent. Mais ce constat appelle également à intensifier les actions d’accompagnement, de reconnaissance et de visibilité.
Pour les acteurs de l’entreprise, ce que l’étude suggère
Pour les grands comptes, les donneurs d’ordre, les instituts de financement ou encore les réseaux d’accompagnement, voici quelques recommandations du réseau Initiatives Ile-de-France :
- Prendre en compte que la discrimination et le sexisme perdurent au‑delà des discours : le sujet n’est pas théorique, il est vécu.
- Mettre en place des temps d’échanges et de soutien dédiés à l’isolement entrepreneurial, prévoir des moments informels, des communautés de pairs.
- Sensibiliser sur le syndrome de l’imposteur : proposer des programmes de confiance, mentoring, valorisation de l’offre.
- Adapter les dispositifs aux réalités de la maternité et de la double charge (temps + mental) : flexibilité, garde d’enfants, horaires aménagés, reconnaissance structurelle.
- Valoriser les entrepreneures comme modèle, faire émerger la visibilité, favoriser l’engagement des partenaires publics/privés pour transformer les attitudes.

