
Les microentreprises, souvent constituées d’indépendants ou de structures unipersonnelles, enregistrent également une hausse sensible.
Une accalmie qui ne suffit pas à masquer la vulnérabilité persistante des petites structures, en particulier les très petites entreprises.
Publié le 7 novembre 2025, le dernier Stat Info de la Banque de France sur les défaillances d’entreprises confirme une tendance déjà perceptible depuis plusieurs mois : le nombre de faillites continue d’augmenter, mais plus lentement.
Le rapport indique que 68.227 défaillances ont été enregistrées sur douze mois glissants à fin septembre 2025. C’est 6 % de plus qu’un an plus tôt, un rythme légèrement inférieur à celui d’août (+6,7 %). Derrière cette apparente stabilisation, les disparités selon la taille d’entreprise demeurent fortes : les PME et microentreprises concentrent l’essentiel des difficultés, tandis que les ETI et grandes entreprises voient leurs défaillances reculer nettement.
Les petites structures en souffrance
Les chiffres sont parlants. Les très petites entreprises (TPE) affichent une hausse de 15 % des défaillances sur un an, soit une progression de plus de 70 % par rapport à la moyenne observée entre 2010 et 2019.
Les microentreprises, souvent constituées d’indépendants ou de structures unipersonnelles, enregistrent également une hausse sensible.
À l’inverse, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises semblent avoir retrouvé une certaine stabilité : leurs défaillances reculent de 23 % sur un an. Ce contraste traduit le déséquilibre structurel du tissu productif français, où la petite entreprise reste le maillon le plus exposé aux variations de conjoncture et aux tensions de trésorerie.
Un rapide aperçu du tableau fourni par la Banque de France illustre ces écarts :
| Catégorie d’entreprise | Défaillances sur 12 mois (sept. 2025) | Évolution sur un an | Écart avec la moyenne 2010-2019 |
|---|---|---|---|
| Microentreprises et taille indéterminée | 62 720 | +5,5 % | +11,9 % |
| Très petites entreprises (TPE) | 3 456 | +15,0 % | +71,8 % |
| Petites entreprises (PE) | 1 483 | +5,8 % | +63,0 % |
| Moyennes entreprises (ME) | 518 | +11,6 % | +57,4 % |
| ETI et grandes entreprises | 50 | −23,1 % | +51,5 % |
| Ensemble | 68 227 | +6,0 % | +15,0 % |
Source : Banque de France, Stat Info – Les défaillances d’entreprises, septembre 2025 (publié le 7 novembre 2025).
Des écarts sectoriels marqués
Toutes les branches d’activité ne subissent pas la même pression. Les données du rapport soulignent que certains secteurs restent particulièrement exposés, souvent les mêmes que ceux fragilisés depuis la crise sanitaire.
Les transports et l’entreposage enregistrent une hausse de 10 % des défaillances sur un an, avec un niveau supérieur de 65 % à celui de la période 2010-2019.
L’hébergement et la restauration, quant à eux, affichent une progression de 8 % par rapport à 2024 et de 24 % par rapport à la moyenne pré-Covid.
Les activités de conseil et de services aux entreprises suivent la même tendance (+11,6 %).
En revanche, l’industrie et la construction montrent une relative stabilité, avec des hausses plus contenues. Ces différences témoignent d’un ajustement sectoriel encore en cours : les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre ou dépendants de la consommation des ménages résistent plus difficilement aux fluctuations de la demande et à la hausse des coûts d’exploitation.
L’inflation et la trésorerie comme variables sensibles
Les petites entreprises restent les premières victimes des tensions sur les coûts de production. La persistance d’une inflation modérée, mais durable, la hausse du coût des intrants et la normalisation du crédit pèsent sur leur trésorerie.
De nombreux dirigeants de TPE évoquent des délais de paiement qui s’allongent, une pression accrue sur les marges et une difficulté à répercuter les hausses de prix.
Les structures sans réserve de trésorerie, ou dépendantes d’un petit nombre de clients, se retrouvent vite fragilisées.
Certaines fédérations professionnelles soulignent que, si le nombre de faillites ralentit, c’est avant tout parce que de nombreuses entreprises ont déjà disparu dans la période 2023-2024. Les survivantes demeurent sur un fil : la moindre variation d’activité ou le non-renouvellement d’un contrat peut suffire à déséquilibrer l’ensemble.
Une dynamique entrepreneuriale qui persiste
Paradoxalement, les créations d’entreprises continuent de progresser. D’après l’Insee, plus de 1,1 million de nouvelles structures ont vu le jour sur douze mois glissants à fin septembre 2025, soit une hausse de 2,7 % par rapport à l’année précédente.
Cette vitalité souligne la capacité d’adaptation de l’économie française. Elle tient aussi à la popularité du statut de microentrepreneur, devenu une porte d’entrée privilégiée dans l’activité indépendante. Mais cette dynamique n’efface pas la fragilité du modèle : beaucoup de ces nouvelles structures fonctionnent avec peu de capital, des marges faibles et une forte exposition aux aléas du marché.
Des signaux positifs du côté du crédit
Le rapport de la Banque de France relève par ailleurs une stabilisation du poids des encours de crédit en défaillance, notamment pour les TPE. Après une poussée entre avril 2024 et mars 2025, la situation se normalise à partir du printemps. Cette évolution traduit probablement une vigilance accrue des établissements financiers, mais aussi un ajustement du risque : les banques semblent privilégier un accompagnement plus fin plutôt qu’un resserrement brutal.
Pour les PME, la hausse du montant moyen des encours concernés par une défaillance reflète toutefois la complexité de la situation : moins de faillites d’entreprises de taille moyenne, mais des dossiers plus lourds lorsqu’ils surviennent.
Un tissu entrepreneurial sous tension durable
À la lecture du Stat Info de la Banque de France, le constat est clair : le tissu entrepreneurial français reste dense et dynamique, mais marqué par une fragilité chronique des petites structures. Si les chiffres de septembre 2025 montrent un ralentissement de la hausse des défaillances, les signaux de reprise durable demeurent ténus.
Les dirigeants de TPE et PME font face à un environnement économique toujours exigeant :
- Marges sous pression et trésoreries limitées
- Hausse persistante des coûts d’exploitation
- Difficultés d’accès ou de maintien au financement
- Concurrence accrue, notamment sur les marchés locaux et numériques
Cette conjoncture appelle une vigilance continue des acteurs publics et bancaires. Le soutien à la petite entreprise – qu’il s’agisse d’accompagnement, de simplification administrative ou de financement – reste déterminant pour préserver la diversité du tissu économique.

