Quelle est la situation financière des entreprises en 2024 ?

Les données, issues du Fichier bancaire des entreprises (FIBEN) de la Banque de France, révèlent une année contrastée : des marges solides, une trésorerie toujours bien garnie, mais aussi un ralentissement marqué de l’activité et des coûts de financement qui pèsent… Des marges qui tiennent, malgré un chiffre d’affaires en berne En 2024, le chiffre…

©Photocreo / Illustration.
Pour l’heure, la majorité des entreprises tiennent. Mais la vigilance s’impose, car les écarts entre celles qui résistent et celles qui peinent ne cessent de grandir.

Les données, issues du Fichier bancaire des entreprises (FIBEN) de la Banque de France, révèlent une année contrastée : des marges solides, une trésorerie toujours bien garnie, mais aussi un ralentissement marqué de l’activité et des coûts de financement qui pèsent…

Des marges qui tiennent, malgré un chiffre d’affaires en berne

En 2024, le chiffre d’affaires des entreprises françaises a marqué le pas. Après des années de rebond post-Covid et d’inflation galopante, la croissance s’est essoufflée :

  • +2,9 % pour les microentreprises,
  • +1,8 % pour les PME,
  • et même un recul de 1,9 % pour les grandes entreprises, tirées vers le bas par le secteur de l’énergie.

Une performance en deçà des moyennes de long terme, qui contraste avec les années précédentes, où l’inflation dopait mécaniquement les ventes.

Pourtant, les marges ont résisté. Le taux de marge, qui mesure la part de la valeur ajoutée restant à l’entreprise après paiement des salaires et des impôts de production, est resté stable, voire en légère hausse pour les microentreprises.

Plusieurs facteurs expliquent cette résilience :

  • La baisse des impôts de production, avec la réforme de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), dont le taux maximal est passé de 0,38 % à 0,28 % en 2024.
  • Un ralentissement des hausses salariales, après des années de tensions sur les coûts de main-d’œuvre.
  • Une maîtrise des achats de matières premières et de marchandises, dont les prix ont enfin commencé à se stabiliser après les pics de 2022-2023.

Résultat : malgré un contexte économique moins porteur, les entreprises conservent une marge de manœuvre. Même les grandes entreprises, dont le chiffre d’affaires a reculé, ont vu leur valeur ajoutée progresser de 6 %, un écart historique avec la tendance du chiffre d’affaires.

L’endettement recule… mais la charge de la dette reste lourde

Côté bilan, les entreprises ont continué de désendetter. Le taux d’endettement brut, qui compare la dette financière aux capitaux propres, a légèrement baissé pour toutes les tailles d’entreprise.

Les capitaux propres se sont renforcés (+5 % à +8 % selon la taille), tandis que la dette a reculé pour les microentreprises.

Mais cette amélioration ne doit pas masquer une réalité plus tendue : les coûts de financement restent élevés. Les taux d’intérêt sur les nouveaux prêts ont commencé à baisser en 2024, après des hausses brutales en 2022 et 2023.

Pourtant, le « coût apparent de la dette » – ce que les entreprises paient réellement au regard de leur encours – a continué d’augmenter.

Pourquoi ? Parce que les deux tiers de la dette des entreprises est à taux fixe, avec des maturités longues. Les hausses de taux passées se répercutent donc avec un décalage.

Les grandes entreprises, plus exposées aux marchés financiers, subissent davantage cette pression. Leur charge d’intérêt nette, rapportée à la valeur ajoutée, a augmenté de 0,8 point depuis 2019.

Pour les PME, en revanche, cette charge reste proche des niveaux d’avant-crise, grâce à des dépôts mieux rémunérés.

Une trésorerie certes solide, mais qui ne rassure pas

Avec une trésorerie médiane en hausse de 20 % à 28 % depuis 2019 selon la taille, les entreprises disposent d’un matelas confortable. Même les secteurs les plus touchés par la crise, comme l’hébergement-restauration, affichent des niveaux supérieurs à ceux d’avant le Covid.

Pourtant, les enquêtes de la Banque de France révèlent un paradoxe : les dirigeants se déclarent moins satisfaits de leur trésorerie qu’avant 2020. Plusieurs explications :

  • Les besoins de liquidités ont augmenté, dans un contexte d’incertitude économique et politique.
  • Les attentes se sont ajustées à la hausse après les aides massives des années Covid (PGE, fonds de solidarité).
  • Certains secteurs, comme la construction ou le transport, restent sous tension.

La trésorerie moyenne cache aussi des disparités. Dans l’hébergement-restauration, par exemple, la part des entreprises très solides a progressé, mais celle des entreprises très fragiles aussi. Un secteur à deux vitesses, où les écarts se creusent.

Des capacités de remboursement en léger recul

La Banque de France utilise sa cotation interne pour évaluer la capacité des entreprises à honorer leurs dettes sur un à trois ans. En 2024, la part des « meilleures cotes » a légèrement reculé pour toutes les tailles d’entreprise, sauf les grandes, qui restent stables.

Plusieurs enseignements :

  • Le secteur du commerce, de l’énergie et de l’hébergement-restauration s’est amélioré depuis 2019.
  • À l’inverse, l’industrie, l’immobilier, et surtout le transport et la construction, voient leur situation se dégrader.
  • La part des PME en difficulté (cotes « très compromise » ou « fortement compromise ») s’est stabilisée, mais à un niveau supérieur à celui d’avant 2020.

Cette dégradation modérée s’explique en partie par la fin des soutiens exceptionnels post-Covid. Certaines entreprises, artificiellement maintenues à flot, retrouvent une réalité économique moins clémente.

Et pour 2025 ?

L’année 2024 aura été une année de transition. L’inflation est redescendue vers les 2 %, les taux d’intérêt amorcent leur baisse, et les entreprises conservent des fondamentaux solides.

Pourtant, des signes de fragilité persistent :

  • Un ralentissement de l’activité plus marqué pour les grandes entreprises.
  • Des coûts de financement qui restent élevés, malgré le retournement de tendance.
  • Des disparités sectorielles et individuelles qui s’accentuent.

Dans ce contexte, la prudence reste de mise. Les entreprises les plus fragiles, notamment dans la construction ou le transport, pourraient rencontrer des difficultés accrues en 2025, surtout si l’environnement international se tend – avec, par exemple, les tensions commerciales liées à la nouvelle administration américaine.

Pour l’heure, la majorité des entreprises tiennent. Mais la vigilance s’impose, car les écarts entre celles qui résistent et celles qui peinent ne cessent de grandir.

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