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370.000 transmissions potentiellement cédées en 5 ans, une source d’inquiétude

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©AndreyPopov / Getty Images / Illustration.
En 2024, seulement 26.000 entreprises ont changé de main, contre un potentiel estimé à 74.000 par an.

Temps de lecture : 8 minutes

Un chiffre qui représente un potentiel de 370.000 sociétés et près de 3 millions d’emplois concernés. Pourtant, chaque année, seulement 26.000 transmissions aboutissent.

Une étude inédite menée par Bpifrance Le Lab, en partenariat avec CCI France, CMA France et le CRA, apporte des réponses précises sur le vaste sujet de la transmission, qui a la particularité d’être autant émotif qu’administratif.

Basée sur les témoignages de près de 5.000 dirigeants et 50 entretiens avec des experts, cette enquête révèle les dynamiques, les obstacles et les spécificités d’un marché en pleine évolution.

La transmission d’entreprise apparaît comme un marqueur de l’évolution du tissu économique français. Les chiffres mis en lumière par l’étude montrent un phénomène massif :

40 % des dirigeants de TPE-PME-ETI envisagent de céder leur entreprise d’ici cinq ans.

Cela représente près de 370.000 structures concernées et potentiellement 3 millions d’emplois directement liés à ces transmissions dans les territoires.

Un marché aux intentions fortes, mais aux réalisations timides

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40 % des dirigeants interrogés envisagent de transmettre leur entreprise d’ici 2030. Une proportion qui varie selon la taille des structures :

  • 40 % pour les TPE (1 à 9 salariés),
  • 37 % pour les PME (10 à 49 salariés),
  • et seulement 23 % pour les ETI (250 à 4.999 salariés).

Pourtant, malgré ces intentions marquées, le nombre de transmissions effectives reste bien en deçà des attentes.

En 2024, seulement 26.000 entreprises ont changé de main, contre un potentiel estimé à 74.000 par an.

Plusieurs raisons expliquent cet écart. D’abord, la transmission est un processus long et complexe, souvent sous-estimé par les dirigeants.

Selon l’étude, 70 % de ceux qui prévoient de céder leur entreprise dans plus d’un an n’en sont qu’au stade de la réflexion ou de la collecte d’informations. Un manque d’anticipation qui peut retarder, voire compromettre, la concrétisation du projet.

Ensuite, les obstacles sont nombreux :

  • L’absence d’offre de reprise, citée par 23 % des cédants potentiels.
  • Les difficultés financières, tant pour les cédants que pour les repreneurs.
  • Les aspects psychologiques, avec des dirigeants parfois réticents à lâcher une entreprise qu’ils ont construite.
  • La complexité des démarches administratives et juridiques, qui décourage certains.

Enfin, le marché reste opaque. Beaucoup de transmissions se font encore de manière informelle, par le bouche-à-oreille ou dans le cercle proche du dirigeant, sans passer par des plateformes dédiées.

Résultat : les opportunités ne sont pas toujours visibles, et les repreneurs peinent à identifier des cibles adaptées.

Les motivations des cédants : entre retraite, lassitude et renouvellement

Le départ à la retraite reste le principal motif de transmission, cité par 64 % des cédants potentiels. Une proportion qui grimpe à 81 % chez les dirigeants de 60 ans et plus.

Mais d’autres raisons émergent, notamment chez les plus jeunes. Ainsi, 13 % des cédants ont moins de 50 ans, et leurs motivations diffèrent :

  • 25 % souhaitent réduire leur charge de travail ou la pression psychologique liée à leur rôle.
  • 26 % veulent se consacrer à un autre projet, professionnel ou personnel.
  • 10 % évoquent une lassitude face aux contraintes administratives et réglementaires.

La crise sanitaire a également joué un rôle d’accélérateur. Certains dirigeants, confrontés à des difficultés économiques ou à une charge mentale accrue, ont anticipé leur transmission. « La crise covid a été un déclencheur, explique Alexandra Brasset Sabin, experte-comptable citée dans l’étude. On voit une lassitude, une saturation liée aux contraintes juridiques, fiscales, aux difficultés de recrutement et à la gestion des ressources humaines. »

Les repreneurs tiraillés entre opportunité, financement et solitude

Côté repreneurs, le paysage est tout aussi contrasté. Si 38 % d’entre eux avaient initialement envisagé de créer leur propre entreprise, la majorité a finalement opté pour la reprise, souvent par opportunité. Les motivations varient selon le profil :

  • Les repreneurs familiaux (49 % des cas) sont principalement guidés par la volonté de perpétuer un patrimoine.
  • Les repreneurs ex-salariés (17 % des cas) cherchent souvent à éviter la fermeture de l’entreprise ou à capitaliser sur leur connaissance du secteur.
  • Les repreneurs externes (34 % des cas) sont attirés par la possibilité de diriger une structure déjà existante, avec un risque perçu comme moindre que celui d’une création ex nihilo.

Pourtant, le parcours est semé d’embûches. Le principal obstacle ? Le financement. 30 % des repreneurs déclarent avoir rencontré des difficultés pour boucler leur plan de reprise, une proportion qui monte à 44 % chez les ex-salariés. « Le financement est le nerf de la guerre, souligne Patricia Lexcellent, déléguée générale d’Initiative France. Une reprise nécessite deux fois plus de ressources qu’une création. »

Autre défi : la solitude. Près de la moitié des repreneurs ont mené leur projet seuls, sans co-repreneur. Une situation qui peut pesant, d’autant que la reprise implique souvent de gérer une équipe existante, des processus déjà en place et des attentes fortes de la part des salariés, des clients et des fournisseurs.

Enfin, le prix d’achat est un sujet sensible. 26 % des repreneurs estiment, a posteriori, avoir payé trop cher, un sentiment plus marqué chez les repreneurs externes (38 %).

L’indispensable accompagnement

Face à ces défis, l’accompagnement apparaît comme un élément déterminant. 85 % des cédants potentiels et 74 % des repreneurs déclarent avoir sollicité ou prévoir de solliciter un soutien extérieur. Les acteurs privilégiés ?

  • Les experts-comptables, cités par 53 % des cédants.
  • Les avocats, pour les aspects juridiques et fiscaux.
  • Les réseaux d’accompagnement comme Bpifrance, les CCI, les CMA ou le CRA.

« L’expert-comptable est une personne de confiance, explique Alexandra Brasset Sabin. Il connaît bien le dirigeant, son entreprise et ses enjeux. Son rôle va bien au-delà des aspects techniques : il doit aussi comprendre les dimensions humaines et psychologiques de la transmission. »

Côté repreneurs, l’accompagnement post-reprise est tout aussi crucial. 62 % ont bénéficié de la disponibilité du cédant après la transmission, un facteur qui augmente significativement les chances de réussite. « La présence du cédant permet d’éviter certaines erreurs, témoigne Christel Beaussac, dirigeante de Setnag. C’est après la signature que l’aventure commence vraiment pour le repreneur. »

Des profils variés

L’étude de Bpifrance Le Lab apporte des informations sur la diversité des profils de cédants et de repreneurs. Cinq types de cédants potentiels ont été identifiés :

  • L’optimiste : il prévoit de transmettre à long terme, souvent à un membre de sa famille, et n’anticipe pas d’obstacles majeurs.
  • Celui qui a envie de changer d’air : plus jeune, il souhaite réduire sa charge de travail ou se lancer dans un nouveau projet.
  • Le cédant préparé : déjà avancé dans son processus, il privilégie une transmission familiale ou à un associé.
  • Celui qui privilégie une reprise par les salariés : il cherche à perpétuer l’ADN de son entreprise.
  • Le cédant dans l’urgence : confronté à des difficultés financières, il souhaite céder rapidement.

Côté repreneurs, cinq parcours types se dégagent :

  • La reprise fluide et réussie : peu d’obstacles, objectifs atteints.
  • La reprise semée d’embûches : difficultés de financement, charges financières lourdes.
  • La reprise familiale complexe : obstacles administratifs et manque d’accompagnement.
  • La reprise qui ne tient pas ses promesses : perte de clients, objectifs non atteints.
  • La reprise avec fonds d’investissement : levée de fonds, acquisition d’une entreprise plus grande.

Un marché qui continue de s’affiner

Si le marché de la transmission s’est structuré ces dernières années, il reste perfectible. Plusieurs pistes d’amélioration se dessinent :

  • Une meilleure anticipation : sensibiliser les dirigeants à préparer leur transmission plusieurs années à l’avance.
  • Un accompagnement renforcé : développer des dispositifs d’aide à la fois pour les cédants et les repreneurs, en intégrant les dimensions humaines et psychologiques.
  • Une plus grande transparence : rendre le marché plus lisible, notamment via des plateformes de mise en relation.
  • Des solutions de financement adaptées : faciliter l’accès aux prêts et aux aides pour les repreneurs, notamment via des prêts d’honneur ou des crédits-vendeurs.

« La transmission est une étape naturelle de la vie d’une entreprise, conclut Patricia Lexcellent. Elle doit être préparée, accompagnée et valorisée, car elle est essentielle pour la pérennité des emplois et des savoir-faire. »

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