
Les défaillances d’entreprises continuent de progresser en France, mais leur évolution change de nature. C’est l’un des principaux enseignements du dernier bulletin de la Banque de France, publié le 10 juillet 2026. Si la hausse ralentit nettement, les difficultés rencontrées par les entreprises ne peuvent plus être expliquées uniquement par le contrecoup de la crise sanitaire.
L’étude met en évidence un environnement économique plus exigeant, des entreprises davantage endettées et une activité qui peine à retrouver son niveau d’avant les chocs successifs.
Une hausse des défaillances qui ralentit enfin
En 2025, 68.602 procédures collectives ont été ouvertes en France. Cela représente une progression de 3,6 % sur un an, contre 17,7 % en 2024, 36,5 % en 2023 et près de 50 % en 2022.
La décélération est donc nette.
Pour autant, le niveau reste élevé. La Banque de France souligne qu’il dépasse de 15 % la moyenne observée entre 2010 et 2019, c’est-à-dire avant la pandémie.
Plus marquant encore, le nombre de défaillances enregistré en 2025 est supérieur à celui constaté lors de la crise financière de 2008 ou pendant la crise des dettes souveraines européennes.
Le rattrapage post-Covid n’explique plus tout
Depuis plusieurs années, la remontée des défaillances était largement attribuée au retour à la normale après les dispositifs de soutien mis en place durant la pandémie.
Selon la Banque de France, cette explication devient aujourd’hui insuffisante. Si les microentreprises n’ont pas encore totalement absorbé les défaillances évitées entre 2020 et 2022, ce n’est plus le cas des autres catégories d’entreprises.
Pour les PME, les ETI et les grandes entreprises, le rattrapage est désormais largement consommé.
Autrement dit, les difficultés actuelles traduisent davantage la situation économique des entreprises que le simple retour à un niveau habituel de procédures collectives.
Les PME apparaissent plus fragilisées
Toutes les entreprises ne sont pas confrontées à la même situation.
Les microentreprises représentent toujours 92 % des défaillances, mais leur nombre n’est supérieur que de 12 % à la moyenne d’avant-crise.
La Banque de France constate également que les défaillances des ETI et des grandes entreprises demeurent à un niveau inhabituellement élevé.
Des entreprises plus endettées et une activité en recul
L’étude met en lumière une évolution préoccupante des entreprises qui font aujourd’hui l’objet d’une procédure collective.
En comparaison avec 2019 :
- leur taux d’endettement médian est passé de 25 % à 31 % ;
- leur baisse de chiffre d’affaires est plus marquée qu’avant la crise sanitaire ;
- elles doivent conserver davantage de trésorerie pour faire face aux aléas économiques.
La Banque de France précise que cette hausse de l’endettement ne s’explique pas principalement par les prêts garantis par l’État, dont le poids reste comparable entre entreprises défaillantes et entreprises pérennes.
Certains secteurs ralentissent… d’autres accélèrent
La progression des défaillances ralentit dans la majorité des secteurs d’activité.
La construction, le commerce, les activités immobilières ou encore les activités financières connaissent une stabilisation, voire un léger recul des procédures ouvertes.
À l’inverse, les services à la personne enregistrent une accélération en 2025, notamment dans les activités de santé, de sport et de loisirs. À un niveau plus fin, la Banque de France relève également une progression dans la restauration, certaines activités industrielles ainsi que les services de poste et de courrier.
Les nombreuses créations d’entreprises alimentent aussi les défaillances
L’étude rappelle un phénomène souvent oublié : plus il y a de créations d’entreprises, plus le nombre potentiel de défaillances augmente quelques années plus tard.
Depuis 2016, les créations de sociétés progressent en moyenne de 5,6 % par an. Les travaux économétriques de la Banque de France montrent qu’un pic de défaillances apparaît généralement autour de la troisième année d’existence des entreprises nouvellement créées.
Cette dynamique contribue mécaniquement à l’augmentation des procédures collectives, même si les générations d’entreprises les plus récentes semblent présenter un risque de défaillance un peu plus faible que leurs prédécesseurs.
Défaillances d’entreprises : 6 chiffres à retenir
- 68 602 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en France en 2025.
- +3,6 % : la hausse ralentit fortement, après +17,7 % en 2024.
- Le nombre de défaillances reste 15 % supérieur à la moyenne observée entre 2010 et 2019.
- Les microentreprises représentent 92 % de l’ensemble des procédures ouvertes en 2025.
- Les défaillances des PME hors microentreprises sont 68 % plus nombreuses qu’avant la crise sanitaire.
- Le taux d’endettement médian des entreprises défaillantes est passé de 25 % en 2019 à 31 % en 2025.
Si on résume
Le bulletin publié par la Banque de France marque une évolution importante dans la lecture des défaillances d’entreprises. Si la hausse ralentit, le niveau atteint en 2025 reste supérieur à celui observé avant la pandémie.
L’analyse montre surtout que les difficultés actuelles ne relèvent plus uniquement du retour à la normale après les années Covid. Les entreprises confrontées à une procédure collective affichent désormais des niveaux d’endettement plus élevés, une activité plus dégradée et doivent composer avec un environnement économique plus incertain. Dans le même temps, le nombre record de créations d’entreprises enregistré depuis plusieurs années contribue aussi à accroître, à moyen terme, le volume des défaillances.

