
À partir du 12 novembre, l’U2P invite les candidats à l’Élysée à répondre aux artisans, commerçants et professionnels libéraux sur leur lieu de travail. Derrière ces déplacements, une offensive politique : faire des petites entreprises une priorité du prochain quinquennat. Avec 27 propositions qui mêlent allègements fiscaux, restrictions du régime micro et durcissement de la protection sociale.
Une visite d’atelier, un passage dans un centre de formation d’apprentis, puis un débat avec des chefs d’entreprise. L’Union des entreprises de proximité (U2P) a choisi ce format pour interpeller les candidats à la présidentielle de 2027. Gabriel Attal est annoncé le 12 novembre à La Rochelle, Bruno Retailleau le 20 novembre à Chartres et Jean-Luc Mélenchon le 1er décembre. Le site de l’organisation mentionne également la participation d’Édouard Philippe, de Marine Le Pen et de Raphaël Glucksmann, à des dates restant à confirmer.
L’opération, annoncée dans un communiqué du 15 octobre, prolonge la présentation des propositions de l’U2P le 24 septembre. Elle doit se dérouler de novembre 2026 à avril 2027, avec des débats diffusés sur LCI. Pour les dirigeants de TPE, son intérêt se mesurera aux réponses apportées : qui s’engage sur quoi, avec quel financement et selon quel calendrier ? À ce stade, les mesures détaillées sont celles de l’organisation patronale, pas des engagements pris collectivement par les participants.
Peser dans la campagne, mais aussi face aux grandes entreprises
L’U2P revendique la représentation de plus de 3,5 millions d’entreprises, réunissant près de 6 millions d’actifs. Son périmètre associe artisanat, commerce de proximité et professions libérales. Cette diversité explique un programme qui traite autant de fiscalité et de transmission que de formation, de retraites ou de rénovation énergétique.
- L’organisation mène aussi une bataille de représentation. Dès l’ouverture de son document, elle réclame que le nombre d’entreprises adhérentes pèse davantage dans la mesure de la représentativité patronale, et demande un droit d’opposition pour les organisations représentant plus de la moitié des entreprises adhérentes.
- Elle conteste ainsi la place occupée par les grandes entreprises dans le dialogue social. Cette demande accompagne ses 27 propositions : avant même de négocier les réformes, l’U2P veut modifier le poids de ceux qui les discutent.
- Cette démarche électorale élargit les demandes adressées au gouvernement par l’U2P en septembre. L’organisation cherche désormais à inscrire ses priorités dans la durée d’un quinquennat.
Impôt sur les sociétés : une baisse ciblée sur les bénéfices des petites structures
Parmi les mesures les plus directement lisibles pour un dirigeant figure le relèvement à 100 000 euros du plafond de bénéfices bénéficiant du taux réduit d’impôt sur les sociétés de 15 %. L’U2P veut ainsi laisser davantage de ressources aux entreprises qui financent leur développement sur leurs propres résultats.
Aujourd’hui, le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 euros de bénéfices, sous conditions, notamment de chiffre d’affaires et de détention du capital. Au-delà, le taux normal est de 25 %. La proposition profiterait donc aux entreprises éligibles à l’IS dont les bénéfices dépassent le plafond actuel ; elle ne constitue pas une baisse d’impôt destinée indistinctement à tous les indépendants.
Exemple, à règles inchangées par ailleurs : pour une entreprise éligible réalisant 100 000 euros de bénéfice imposable sur douze mois, l’IS passerait de 20 750 à 15 000 euros, soit 5 750 euros d’écart. Ce calcul illustre la proposition ; il ne correspond pas à une économie déjà acquise.
Micro-entreprise : simplifier pour tous, limiter pour certains
Le volet consacré aux modalités d’exercice comporte un choix nettement plus clivant. L’U2P souhaite limiter à deux ans l’utilisation du régime micro à titre principal dans les entreprises artisanales du bâtiment, de la fabrication et des services, ainsi que dans l’alimentation de proximité. Elle prévoit en revanche de conserver notamment ce régime pour les professions libérales.
Il ne s’agit donc pas d’une limitation générale applicable à tous les micro-entrepreneurs. Le document distingue les métiers et l’exercice à titre principal. Il ne précise toutefois ni le calendrier de transition pour les entreprises existantes ni les modalités détaillées du changement de régime.
Cette position touche à un désaccord déjà ouvert entre organisations professionnelles : la micro-entreprise doit-elle rester une façon durable d’exercer une petite activité ou servir surtout de point de départ ? Comme TPE Actu l’a rapporté, l’Union des auto-entrepreneurs défend le droit de rester dans ce régime. Cette opposition porte sur la conception de l’entrepreneuriat, pas seulement sur la lourdeur des formalités.
L’U2P propose parallèlement d’étendre la simplicité du paiement des cotisations à l’ensemble des formes d’exercice, de l’entreprise individuelle classique aux sociétés. Pour rendre cohérentes ces deux mesures, il lui faudra préciser ce que deviendrait concrètement la gestion administrative des entrepreneurs contraints de quitter le régime micro.
Supprimer la CSG sur le travail : une facture à déplacer
L’organisation préconise une suppression progressive de la CSG sur les revenus d’activité. Elle prévoit de remplacer ces recettes par d’autres ressources, notamment la fiscalité de la consommation et les revenus autres que ceux du travail. Le gain recherché pour les actifs repose donc sur un déplacement du financement de la protection sociale.
Ce point mérite davantage qu’une promesse de hausse du revenu net. Une fiscalité accrue sur la consommation toucherait aussi les actifs lorsqu’ils dépensent leur rémunération. Le bilan pour un artisan, un commerçant ou un salarié dépendrait des prélèvements retenus en compensation. Le document ne fournit pas de simulation permettant de mesurer cet effet ménage par ménage.
L’U2P souhaite également développer des aides à la garde d’enfants, à la mobilité et à la formation, exonérées de cotisations dans la limite d’un plafond annuel. Pour une petite entreprise, ces services pourraient soutenir le recrutement et la fidélisation. Restent à préciser leur financement, le plafond et les conditions d’accès.
Retraites et chômage : le versant le plus politique du programme
La contribution ne se limite pas à réclamer moins de prélèvements. Elle défend un report de l’âge légal de départ à la retraite au-delà de 64 ans, sans fixer de nouvel âge cible, avec des possibilités de départ anticipé liées à l’usure professionnelle. Elle demande aussi de faciliter la retraite progressive et le cumul emploi-retraite.
L’U2P propose une désindexation partielle des pensions pendant cinq ans, avec une protection des plus modestes. Cette mesure concernerait les pensions de base et les complémentaires, à l’exception des complémentaires des professions libérales. Elle souhaite en outre que la revalorisation des retraites ne dépasse pas celle des salaires.
Autres orientations : durcir les conditions d’accès à l’assurance-chômage, raccourcir la durée d’indemnisation et recentrer la prime d’activité sur les revenus les plus modestes. Ces choix redistribueraient les efforts entre actifs, retraités et demandeurs d’emploi. Ils concernent aussi les dirigeants qui préparent leur propre départ et les entreprises dont les salariés exercent des métiers physiquement exigeants. Le document prévoit un renforcement de la prévention et de la reconversion, mais ne détaille pas tous les paramètres de ces réformes.
Reprendre une entreprise plutôt que la voir disparaître
Sur la transmission, l’U2P veut créer avec Bpifrance et la Banque des territoires un fonds d’amorçage garantissant à hauteur de 30 % l’apport personnel des repreneurs salariés et jeunes dirigeants. Elle propose aussi d’orienter l’épargne salariale vers la reprise, de former les salariés au rachat d’entreprise et de créer un congé d’accompagnement spécifique.
Le programme prévoit de renforcer l’abattement du pacte Dutreil pour les transmissions en zone rurale et en quartier prioritaire, ainsi qu’une exonération de CFE et de cotisations patronales pendant les trois premières années suivant la reprise. La logique est territoriale : préserver une activité existante, sa clientèle et ses emplois. Mais les conditions d’éligibilité et le coût de ces exonérations restent à définir.
IA, formation, rénovation : de la visibilité avant tout
L’U2P propose également un crédit d’impôt pour l’intelligence artificielle, réservé aux entreprises de moins de cinquante salariés, couvrant 50 % de dépenses plafonnées à 5 000 euros. Selon cette formulation, l’avantage maximal serait de 2 500 euros. Il serait conditionné à l’utilisation d’infrastructures européennes et accompagné d’outils partagés avec France Num et les organisations professionnelles.
La formation occupe une autre place importante : présentation des métiers dès la quatrième par des professionnels, information préalable sur les débouchés et les salaires, et budget annuel de 2 milliards d’euros pour la période de reconversion. L’U2P souhaite rapprocher plus étroitement les parcours de formation des besoins des entreprises.
Enfin, les artisans de la rénovation trouveront dans le programme une demande de stabilité des taux réduits de TVA et de visibilité pluriannuelle sur les aides. L’organisation réclame aussi un meilleur accès des TPE à la commande publique et des obligations environnementales proportionnées à leur taille. Pour un dirigeant qui investit ou embauche, la continuité des règles compte autant que le montant d’une aide.
Des engagements à obtenir, des arbitrages à rendre
Le programme associe ainsi soutien à l’investissement, restrictions de certains régimes et économies sur la protection sociale. Il ne présente pas de chiffrage budgétaire consolidé permettant de vérifier l’équilibre de l’ensemble. Les rencontres avec les candidats devraient précisément permettre de distinguer les mesures qu’ils reprennent, celles qu’ils écartent et les compensations qu’ils proposent.
Pour les entreprises, ces 27 propositions ne créent à elles seules aucun droit nouveau ni aucune obligation. Elles constituent la contribution d’une organisation patronale à la campagne de 2027. Une visite de terrain n’emporte ni approbation du programme ni adoption d’une réforme.
Les premiers rendez-vous annoncés
- 12 novembre 2026 : Gabriel Attal à La Rochelle. Le débat avec les chefs d’entreprise est annoncé à 16 h 30, avec diffusion en léger différé sur LCI.
- 20 novembre 2026 : Bruno Retailleau à Chartres.
- 1er décembre 2026 : Jean-Luc Mélenchon ; le lieu n’est pas précisé sur la page consultée.
- Dates à confirmer : Édouard Philippe, Marine Le Pen et Raphaël Glucksmann.
Calendrier publié sur le site de l’U2P consacré à la présidentielle, consulté le 3 novembre 2026. Cette page permet également aux chefs d’entreprise de proposer une question pour le débat.
Sources
- U2P, communiqué du 15 octobre 2026 : annonce du cycle de rencontres.
- U2P, « Ceux qui font la France – La contribution des entreprises de proximité pour 2027 » : propositions présentées le 24 septembre ; fiscalité p. 17, transmission p. 21, rémunération p. 25, protection sociale p. 30-31, transition p. 35.
- Service Public Entreprendre, impôt sur les sociétés : règles utilisées pour comparer le plafond actuel et la proposition de l’U2P.
