
Après plusieurs mois de progression modérée, les nouveaux financements accordés aux sociétés non financières ont connu en septembre une accélération notable.
Une dynamique qui traduit un regain d’activité sur le marché du crédit, mais aussi sur celui des titres de dette, davantage mobilisé par les grandes entreprises.
Après plusieurs mois de progression modérée, les nouveaux financements accordés aux sociétés non financières ont connu en septembre une accélération notable. La croissance annuelle atteint désormais 2,9 %, contre 2,2 % en août. Ce sont les conclusions du rapport publié le 10 novembre 2025 par la Banque de France sur le financement des entreprises, portant sur les données arrêtées à fin septembre.
Une dynamique retrouvée
La Banque de France relève que cette hausse est portée avant tout par les financements de marché.
Les émissions de titres de dette progressent de 3,5 % sur un an, soit un rythme presque doublé par rapport au mois précédent.
Les crédits bancaires, pour leur part, continuent d’augmenter, mais à un rythme plus mesuré, de 2,6 %.
Ces évolutions traduisent un mouvement de diversification des sources de financement : les entreprises ne se limitent plus aux crédits bancaires, mais exploitent davantage les possibilités offertes par les marchés.
Dans un contexte de taux stabilisés, cette combinaison leur permet de sécuriser des conditions encore favorables avant d’éventuelles remontées. Le coût moyen des nouveaux financements atteint 3,42 %, en légère hausse par rapport à août (3,35 %).
| Type de financement | Encours (septembre 2025) | Croissance annuelle | Coût moyen |
|---|---|---|---|
| Ensemble des financements SNF | 2 126,7 milliards € | +2,9 % | 3,42 % |
| Crédits bancaires | 1 389,7 milliards € | +2,6 % | 3,45 % |
| Titres de dette | 737,1 milliards € | +3,5 % | 3,37 % |
Ces données, provisoires, confirment que les entreprises poursuivent leur recours au financement externe, dans un environnement globalement stabilisé.
Investissement en hausse, trésorerie en repli
L’étude met aussi en lumière la nature des financements sollicités. Les crédits destinés à l’investissement, qu’il s’agisse d’équipement ou d’immobilier, demeurent orientés à la hausse. Les financements d’équipement progressent de 4,0 % sur un an, tandis que ceux destinés à l’immobilier augmentent de 4,1 %.
Ces tendances reflètent la poursuite des projets d’expansion ou de modernisation des entreprises, malgré un contexte macroéconomique encore incertain.
À l’inverse, les crédits de trésorerie restent en repli, bien que la baisse se ralentisse. Ils reculent de 2,7 %, contre une contraction de 3,2 % en août.
Ce mouvement traduit une moindre dépendance aux facilités de court terme, les entreprises ayant retrouvé un équilibre plus favorable de leurs flux de liquidités.
Des disparités selon la taille des entreprises
Toutes les entreprises ne bénéficient pas de la même dynamique. Les grandes entreprises sont les principales bénéficiaires de l’accélération du crédit.
À fin septembre, leurs encours de crédits bancaires progressent de 5,5 %, atteignant 223,6 milliards d’euros.
À l’inverse, la hausse reste plus limitée pour les PME (+1,2 %) et les entreprises de taille intermédiaire (+0,6 %).
Le coût du financement reflète également ces écarts : les grandes entreprises empruntent en moyenne à 3,18 %, contre 3,42 % pour les PME et 3,64 % pour les ETI. Cette différence s’explique en partie par leur meilleure signature financière et leur accès plus direct aux marchés de capitaux.
Cette segmentation accrue du crédit confirme une tendance observée depuis plusieurs trimestres :
les grands groupes continuent d’avoir un accès fluide au financement,
tandis que les plus petites structures doivent composer avec des conditions un peu plus resserrées.
Des contrastes sectoriels marqués
Les disparités sont également visibles entre les secteurs :
- Les activités de conseil et services aux entreprises enregistrent une forte croissance des financements (+8,3 %),
- Suivies du transport et de l’entreposage (+4,0 %),
- Ainsi que des activités immobilières (+3,9 %).
- L’agriculture (+2,5 %) et l’industrie (+0,7 %) connaissent des hausses plus modérées.
En revanche, plusieurs secteurs restent orientés à la baisse :
- Le commerce recule de 4,1 %,
- La construction de 3,0 %,
- L’enseignement et la santé de 1,8 %,
- Tandis que l’information-communication (-1,3 %)
- L’hébergement-restauration perdent respectivement (-0,5 %).
Ces écarts traduisent des réalités économiques très différentes. Les activités de service et de logistique bénéficient de la reprise de la demande et de la transformation des organisations, tandis que le commerce et la construction continuent de subir un environnement de consommation et d’investissement privé plus contraint.
Une légère remontée des coûts
Le coût des nouveaux financements progresse légèrement en septembre. Le taux moyen, toutes sources confondues, passe de 3,35 % à 3,42 %. Ce mouvement tient à la hausse parallèle du coût des titres de dette (3,37 %, contre 3,29 % en août) et de celui des crédits bancaires (3,45 %, contre 3,39 %).
La remontée reste modérée, mais elle confirme un environnement où les conditions financières se normalisent après plusieurs années de resserrement monétaire. Pour les prêts supérieurs à un million d’euros, le taux moyen s’établit à 3,34 %, contre 3,21 % un mois plus tôt.
Ce renchérissement, bien que limité, pourrait inciter certaines entreprises à avancer leurs décisions d’investissement pour bénéficier encore de conditions de financement jugées convenables.
Une structure de financement en mutation
Au-delà des chiffres, la Banque de France souligne une transformation progressive du paysage du financement. Les entreprises tendent à combiner davantage les canaux :
- Recours au marché pour sécuriser des montants importants à long terme,
- Maintien du crédit bancaire pour les besoins opérationnels,
- Optimisation des lignes de trésorerie.
Cette diversification reflète un environnement financier plus mature. Les marchés de dette, longtemps réservés aux grands groupes, deviennent peu à peu un outil de financement régulier. Dans le même temps, les banques continuent d’assurer un rôle central, notamment auprès des PME et des ETI, dont la capacité à accéder aux marchés reste limitée.
Un contexte favorable mais sélectif
En dépit de cette accélération, la situation reste contrastée. La croissance de 2,9 % reste loin des rythmes observés avant la crise sanitaire, où les financements progressaient souvent de plus de 5 % sur un an. Cependant, la tendance observée en septembre suggère que la prudence des derniers mois pourrait s’atténuer.
Pour les entreprises, le message est double :
d’un côté, l’accès au financement reste ouvert, avec des taux contenus et une offre de crédit qui se stabilise ;
de l’autre, la sélectivité demeure, notamment pour les acteurs de taille moyenne ou les secteurs les plus exposés à la conjoncture.
Cette période pourrait donc constituer une fenêtre propice à la renégociation ou à la diversification des financements, avant une éventuelle nouvelle phase de resserrement monétaire.
