
Ce décalage, révélé par la troisième édition du baromètre IGENSIA-IFOP (18 novembre 2025), interroge : pourquoi un tel écart entre les aspirations et la réalité ?
Les chiffres expriment un besoin évident : 93 % des actifs français estiment que la formation tout au long de la vie est indispensable pour s’adapter, évoluer ou se reconvertir.
Pourtant, dans les faits, ils n’y consacrent en moyenne que 1,7 heure par semaine — soit moins que le temps passé à consulter ses emails.
À l’inverse, les étudiants, eux, y investissent 5,4 heures hebdomadaires.
L’enquête, menée auprès de 1.002 personnes (dont 593 actifs et 300 dirigeants RH), met en lumière une disjonction entre la perception de l’utilité de la formation et son application concrète en entreprise. Un phénomène qui pose question, surtout à l’heure où les compétences deviennent un levier clé de compétitivité.
Des actifs en attente, des entreprises en retard
92 % des salariés reconnaissent que la formation est indispensable pour suivre les évolutions de leur secteur. Pourtant, seulement 40 % estiment avoir été bien accompagnés par leur employeur dans ce domaine.
Un signal fort : les entreprises sous-estiment encore l’impact d’une politique de formation proactive.
Plusieurs explications à ce paradoxe :
- Un manque de temps intégré : Les actifs peinent à dégager des plages pour se former, faute de créneaux dédiés dans leur emploi du temps.
- Des formations perçues comme peu adaptées : 54 % des dirigeants RH admettent que les formations disponibles ne correspondent pas toujours aux besoins réels de leur entreprise.
- Un retour sur investissement mal communiqué : Sans visibilité sur les bénéfices concrets (évolution de carrière, augmentation, reconnaissance), les salariés hésitent à s’engager.
Résultat : La formation reste souvent une variable d’ajustement, reléguée au second plan face aux urgences opérationnelles.
La formation, un critère d’attractivité sous-exploité
Pourtant, les données du baromètre montrent une tendance majoritaire :
- 70 % des actifs et 75 % des étudiants considèrent la politique de formation d’une entreprise comme un critère essentiel dans leur choix d’employeur.
- 68 % des dirigeants RH reconnaissent que la formation est devenue un outil clé pour attirer et fidéliser les talents.
Un moyen sous-utilisé : Alors que les entreprises peinent à recruter et à retenir leurs collaborateurs, seulement 38 % des dirigeants estiment que leur politique de formation est suffisamment développée.
Les freins ? Le manque de moyens (54 %), la priorité donnée à d’autres urgences (43 %), et l’inadéquation des formations disponibles (40 %).
Un cercle vicieux s’installe :
- Les entreprises manquent de ressources pour former.
- Les salariés, peu incités, s’investissent moins.
- Les compétences stagnent, et l’entreprise perd en attractivité.
Compétences métiers vs. réalité du terrain : le grand écart
L’étude révèle un autre point de tension : l’inadéquation entre les formations proposées et les besoins des entreprises.
- 80 % des dirigeants misent sur le renforcement des compétences métiers (hard skills) dans leur stratégie de formation.
- Pourtant, 44 % des actifs estiment que leur formation initiale ne les a pas préparés à l’évolution de leurs compétences.
- 56 % jugent qu’elle ne les a pas armés pour affronter les réalités du monde professionnel.
Un constat partagé par les employeurs :
- Seulement 60 % des stratégies de formation intègrent une dimension d’adaptation aux transitions du marché.
- 65 % des dirigeants reconnaissent que leurs nouveaux collaborateurs arrivent sur le marché du travail sans se sentir pleinement opérationnels.
La conséquence ? Les entreprises doivent combler les lacunes en interne, ce qui alourdit la charge des managers et ralentit la productivité.
Comment passer de l’intention à l’action ?
Pour réduire ce fossé, plusieurs pistes émergent, validées par les données du baromètre :
- Intégrer la formation au temps de travail
- Réserver des créneaux dédiés pendant les heures de bureau.
- Valoriser le temps de formation comme une composante à part entière du travail.
- Personnaliser les parcours
- Proposer des formations ciblées, adaptées aux métiers et aux besoins individuels.
- Impliquer les managers dans l’identification des compétences à renforcer.
- Rendre visibles les bénéfices
- Communiquer sur les retombées concrètes : promotions, augmentations, reconnaissance interne.
- Partager les succès : témoignages de collaborateurs ayant bénéficié de la formation.
- Collaborer avec les organismes de formation
- Co-construire des programmes avec les écoles et centres de formation pour qu’ils répondent aux besoins réels des entreprises.
- S’appuyer sur des partenariats pour mutualiser les coûts et les ressources.
Un changement nécessaire
La formation n’est plus une option, mais une nécessité pour les entreprises qui veulent rester compétitives. Pourtant, force est de constater que le passage à l’acte reste timide.
Les données du baromètre IGENSIA-IFOP le confirment :
- Les salariés veulent se former.
- Les entreprises savent que c’est nécessaire pour performer.
- Pourtant, les freins persistent : manque de temps, de moyens, et d’adéquation entre l’offre et la demande.
La solution ? Passer d’une logique de formation ponctuelle à une culture d’apprentissage continu, intégrée au quotidien de l’entreprise. Une mesure de taille, mais un investissement qui pourrait bien faire la différence…
