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Au troisième trimestre 2025, l’emploi à domicile donne l’illusion d’une reprise. La masse salariale progresse de 0,5 %, renouant avec un rythme proche de celui observé en début d’année. Mais derrière ce chiffre global se cache une réalité plus contrastée : la hausse ne repose pas sur davantage de travail déclaré, mais sur l’augmentation des salaires horaires.
Les données publiées par l’Urssaf sont sans ambiguïté. Le volume d’heures déclarées recule légèrement (-0,2 % sur le trimestre et -1,1 % sur un an), tandis que le salaire horaire moyen progresse nettement (+0,7 % sur le trimestre, +3 % sur un an).
Autrement dit, on travaille moins, mais on paie plus cher.
Une dynamique salariale déconnectée de l’activité
Sur un an, la masse salariale nette de l’emploi à domicile augmente de 1,9 %. Une progression presque entièrement imputable à la revalorisation des salaires, largement supérieure à l’inflation (+0,4 % sur la période).
Cette évolution traduit un phénomène désormais bien installé : les particuliers employeurs doivent consentir à des rémunérations plus élevées pour maintenir leurs prestations, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de concurrence accrue avec d’autres secteurs.
Mais cette dynamique a un revers. La baisse continue du nombre d’heures déclarées suggère un ajustement par les volumes. Les ménages arbitrent : moins d’heures de ménage, d’aide à domicile ou de soutien, mais à un coût unitaire plus élevé. Le secteur ne décroche pas brutalement, mais il se contracte en douceur.
Hors garde d’enfants : le cœur du modèle sous pression
Dans les activités hors garde d’enfants, qui représentent l’essentiel de l’emploi à domicile, le ralentissement est plus net. La masse salariale n’augmente que de 0,5 % après +1,1 % au trimestre précédent.
Là encore, la hausse du salaire horaire (+0,7 %) compense partiellement la baisse du volume d’heures (-0,3 %).
Le dispositif Cesu, qui concentre près de 90 % des heures déclarées sur ce champ, enregistre un recul de 0,5 % des heures travaillées. À l’inverse, la déclaration nominative simplifiée (DNS), utilisée par les structures mandataires, continue de progresser fortement.
Ce décalage confirme une transformation structurelle du secteur, amorcée avec la mise en place de l’avance immédiate du crédit d’impôt début 2022 : le nombre d’employeurs augmente, mais les besoins horaires moyens diminuent.
Garde d’enfants à domicile : un frémissement, sans retournement durable
Seule éclaircie notable : la garde d’enfants à domicile hors assistants maternels. Après sept trimestres consécutifs de baisse, la masse salariale progresse de 0,7 %, portée par une légère hausse du volume horaire.
Pour autant, la tendance annuelle reste négative (-0,7 %), en raison d’un recul marqué du nombre d’heures déclarées (-3,1 % sur un an).
Ce rebond trimestriel ressemble davantage à une stabilisation qu’à un véritable retournement.
Là encore, la hausse des salaires (+2,5 % sur un an) masque une contraction persistante de l’activité.
Assistants maternels : une érosion continue
La situation des assistants maternels demeure préoccupante. Le volume d’heures déclarées poursuit sa baisse (-1,3 % sur le trimestre, -5,2 % sur un an). Malgré une revalorisation du taux de salaire, la masse salariale recule de 0,7 % sur le trimestre et de 1,9 % sur un an.
Ce segment illustre une tendance de fond : la diminution de l’offre et de la demande de garde individuelle, au profit d’autres modes d’accueil ou d’arbitrages familiaux contraints par le coût.
Une stabilité trompeuse à l’échelle globale
En cumulant emploi à domicile et assistants maternels, la masse salariale versée par les particuliers employeurs se stabilise sur le trimestre (+0,0 %). Sur un an, la hausse atteint à peine 0,3 %. Seule perspective plus longue : une progression de 13 % par rapport au quatrième trimestre 2019, avant la crise sanitaire.
Mais cette comparaison masque les profondes transformations du secteur depuis la période Covid.
La croissance d’aujourd’hui n’est plus une croissance d’activité, mais une croissance de prix. Un modèle qui tient grâce à la revalorisation du travail, mais qui s’appuie sur des volumes de plus en plus contraints.
Un signal à ne pas sous-estimer
Ces chiffres dessinent un secteur résilient, mais sous tension. La hausse des salaires est un signal positif pour l’attractivité des métiers.
Elle est aussi un avertissement : sans soutien durable au pouvoir d’achat des ménages et sans réflexion sur l’organisation des services à domicile, la progression de la masse salariale pourrait masquer une fragilisation silencieuse de l’activité réelle.
Pour les particuliers employeurs comme pour les acteurs économiques et publics, l’enjeu n’est plus seulement de préserver l’emploi à domicile, mais de comprendre ce que signifie une croissance sans heures supplémentaires.
