
Publié le 5 février 2026, les résultats de la Dares mettent en lumière un reflux marqué des conflits sociaux en 2024. Après deux années de forte mobilisation, le nombre de jours de grève enregistrés dans les entreprises du secteur privé non agricole recule fortement. Une baisse qui interroge : simple contrecoup après les mouvements liés à la réforme des retraites ou signe d’un changement plus profond dans l’expression des revendications salariales ?
Une conflictualité en net recul après deux années de tension
En 2024, seules 1,6 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclarent au moins un arrêt collectif de travail. Ce chiffre marque une diminution de 1,1 point par rapport à 2023 et se situe désormais sous la moyenne observée depuis 2008.
Cette tendance à la baisse concerne l’ensemble des secteurs, à l’exception de l’hébergement-restauration, où la proportion reste stable.
Mais c’est surtout l’intensité des grèves qui connaît un repli spectaculaire. L’indicateur des journées individuelles non travaillées (JINT), rapporté à 1.000 salariés, chute de 64 % en un an.
Il s’établit à 62 jours en 2024, contre 171 jours en 2023. Un niveau comparable à celui des années les moins conflictuelles de la période récente, après deux exercices marqués par des hausses successives liées aux mobilisations contre la réforme des retraites.
Les grandes entreprises toujours plus exposées, malgré le recul
Comme les années précédentes, la taille de l’entreprise demeure un facteur déterminant. Près d’un quart des entreprises de 500 salariés ou plus ont connu au moins une grève en 2024.
Ce taux, bien qu’en forte diminution par rapport à 2023, reste très supérieur à celui observé dans les petites entreprises, où les arrêts collectifs demeurent rares.
La baisse est toutefois générale. Dans les entreprises de 100 à 199 salariés, la proportion de sociétés touchées par un conflit est divisée par plus de deux en un an.
Ce mouvement suggère un apaisement qui dépasse les seuls grands groupes et concerne aussi les entreprises intermédiaires, traditionnellement plus sensibles aux mouvements sociaux d’ampleur nationale.
Un recul marqué dans l’industrie et le transport
Tous les secteurs enregistrent une diminution du nombre de jours de grève, mais certains restent plus exposés que d’autres.
- Le transport et l’entreposage conservent le niveau de conflictualité le plus élevé, avec 403 jours de grève pour 1 000 salariés en 2024, après 894 jours en 2023. Malgré cette baisse importante, près de 44 % des salariés du secteur travaillent encore dans une entreprise ayant connu au moins un arrêt collectif.
- Dans l’industrie, le repli est tout aussi notable : le nombre de jours de grève passe de 276 à 90 pour 1.000 salariés.
- La construction, de son côté, affiche une conflictualité très faible, confirmant une tendance déjà observée les années précédentes.
Fin des mouvements interprofessionnels, retour à des revendications internes
L’étude met en évidence une évolution marquante de la nature des conflits. En 2024, les mouvements interprofessionnels reculent fortement, en lien avec la fin des grandes mobilisations contre la réforme des retraites. Les revendications exclusivement internes à l’entreprise deviennent majoritaires.
Ainsi, 46 % des entreprises ayant connu une grève en 2024 déclarent des motifs uniquement internes, contre seulement 15 % un an plus tôt.
À l’inverse, les revendications exclusivement externes passent de 70 % à 45 %.
Ce recentrage est particulièrement visible dans l’industrie et le transport, où les conflits portent plus souvent sur des enjeux propres à l’entreprise que sur des mots d’ordre nationaux.
Rémunérations et conditions de travail en tête des motifs
Après une année 2023 dominée par la question des retraites, les revendications salariales reprennent la première place en 2024. Plus de la moitié des entreprises concernées par une grève citent les rémunérations comme motif, une proportion en hausse par rapport à l’année précédente.
Dans un contexte d’inflation en ralentissement mais encore perceptible en début d’année, la question du pouvoir d’achat reste centrale.
Les conditions de travail progressent également parmi les motifs évoqués. Elles sont mentionnées par un tiers des entreprises touchées par un conflit, soit près du double par rapport à 2023.
Le temps de travail et l’emploi, bien que moins souvent cités, gagnent aussi du terrain, signe d’une diversification des sujets de préoccupation.
Les principaux motifs de grève en 2024
Les rémunérations
C’est le premier motif de grève. Il est cité par 56 % des entreprises ayant connu au moins un arrêt collectif de travail en 2024. Les revendications salariales reprennent une place centrale après une année 2023 largement dominée par la contestation de la réforme des retraites.
Les conditions de travail
Elles sont mentionnées par 34 % des entreprises concernées. Ce motif progresse fortement en un an et traduit des tensions autour de l’organisation du travail, de la charge de travail ou encore de la pénibilité.
Le temps de travail
Il constitue le troisième motif, cité par 14 % des entreprises. Ce thème gagne en visibilité par rapport à 2023, notamment dans certains secteurs tertiaires comme le transport et l’entreposage.
La réforme des retraites
Bien qu’en net recul, elle reste évoquée par 13 % des entreprises ayant connu une grève en 2024, en particulier dans le transport et l’entreposage.
L’emploi
Les revendications liées à l’emploi (effectifs, suppressions de postes, conditions d’embauche) sont citées par 12 % des entreprises concernées.
Tableau : TPE ACTU – Source : Dares
Une baisse des grèves qui pose question
La forte diminution du nombre de jours de grève en 2024 traduit un changement de climat social, mais elle ne signifie pas pour autant la disparition des tensions.
Le recul des mouvements d’ampleur nationale explique en grande partie cette évolution, sans effacer les difficultés rencontrées dans certains secteurs, notamment ceux soumis à de fortes contraintes organisationnelles ou économiques.
La conflictualité semble ainsi moins visible, plus ciblée, et davantage ancrée dans le quotidien des entreprises. Une évolution qui interroge les formes futures de mobilisation : les revendications continueront-elles à s’exprimer principalement à l’échelle de l’entreprise, ou de nouveaux motifs collectifs pourraient-ils raviver les tensions dans les années à venir ?

