
Un quart des jeunes âgés de 15 à 26 ans immigrés, descendants d’immigrés ou nés en outre-mer déclarent avoir subi, au cours des cinq dernières années, une discrimination en raison de leur origine, de leur nationalité ou de leur couleur de peau. Ce constat, issu du dernier rapport du Défenseur des droits (26 février 2026), traduit une réalité qui traverse les parcours de vie des jeunes concernés, de l’école à l’emploi, en passant par le logement, la santé ou encore les relations avec les forces de sécurité.
L’accès à l’emploi constitue l’un des moments les plus exposés aux discriminations. Recherche de stage, premier contrat, alternance, embauche : autant d’étapes décisives où les jeunes sont évalués, comparés, sélectionnés.
Pour ceux perçus comme d’origine étrangère, ces phases prennent souvent la forme d’un parcours d’obstacles.
Le rapport souligne que les discriminations liées à l’origine apparaissent fréquemment dès les premières démarches professionnelles. Refus de candidatures sans justification, absence de réponse, exigences supplémentaires ou propositions d’emplois moins qualifiés sont régulièrement rapportés.
Les critères mobilisés sont rarement explicites, mais renvoient à des éléments tels que le prénom, le nom, l’adresse ou l’apparence physique.
Ces pratiques ne relèvent pas de situations isolées. Les études par testing menées depuis plusieurs années montrent que, à compétences et expériences équivalentes, les candidats perçus comme « noirs », « arabes » ou « ultramarins » ont significativement moins de chances d’être convoqués à un entretien.
Stages et alternance : premières expériences de discrimination
- Avant même l’embauche, la recherche de stage constitue souvent la première confrontation au marché du travail. Pour de nombreux jeunes, notamment dans les filières professionnelles ou technologiques, cette étape est obligatoire dès le collège ou le lycée. Le Défenseur des droits relève que ces recherches sont fréquemment marquées par des refus répétés pour les élèves perçus comme d’origine étrangère.
- L’alternance, souvent présentée comme un tremplin vers l’emploi durable, n’échappe pas à ces logiques. Si ce dispositif facilite globalement l’insertion professionnelle, il masque des discriminations persistantes à l’entrée des entreprises. Les jeunes concernés témoignent de difficultés accrues pour trouver un employeur, malgré l’appui des établissements de formation.
Pour les TPE et PME, souvent en première ligne sur l’accueil de stagiaires et d’alternants, ces constats interrogent directement les pratiques de recrutement, parfois informelles, reposant sur des réseaux restreints ou des critères implicites.
Discriminations à l’embauche : un phénomène durable
Le rapport est sans appel : les discriminations à l’embauche liées à l’origine restent élevées et évoluent peu dans le temps. Elles concernent l’ensemble des secteurs d’activité et touchent aussi bien les emplois peu qualifiés que les postes nécessitant des diplômes élevés.
Les jeunes d’origine immigrée ou ultramarine accèdent plus difficilement à des emplois stables et sont davantage orientés vers des contrats courts, l’intérim ou des situations de précarité. Cette surexposition fragilise les trajectoires professionnelles dès les premières années de vie active et limite les perspectives d’évolution.
Le Défenseur des droits souligne que ces inégalités ne peuvent être expliquées uniquement par des différences de formation ou d’expérience. Elles s’inscrivent dans des mécanismes de sélection qui associent, parfois inconsciemment, certaines origines supposées à des aptitudes professionnelles jugées moindres.
Carrière, rémunération, conditions de travail : des écarts persistants
Les discriminations ne s’arrêtent pas à l’embauche. Elles se prolongent tout au long de la carrière. Les jeunes salariés concernés font état d’écarts de rémunération, de moindres possibilités de promotion et d’une exposition plus fréquente à des formes de harcèlement liées à l’origine.
Ces situations contribuent à un sentiment d’injustice durable et à une perte de confiance dans l’entreprise et plus largement dans le monde du travail. Elles peuvent également conduire à des ruptures de parcours, à un désengagement professionnel ou à des reconversions contraintes.
Le rapport met également en lumière les effets de ces discriminations sur la santé mentale : stress, fatigue psychologique, sentiment de déclassement. Ces impacts, bien que souvent invisibles, pèsent sur la capacité des jeunes à se projeter durablement dans l’emploi.
Entrepreneuriat et nouvelles formes de travail : une fausse échappatoire ?
Face aux difficultés rencontrées dans le salariat, certains jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat ou les plateformes de travail indépendantes. Si ces formes d’activité peuvent offrir une marge d’autonomie, elles ne constituent pas pour autant un espace totalement exempt de discriminations.
Le Défenseur des droits observe que l’auto-entrepreneuriat peut réduire certaines barrières à l’entrée, mais expose les jeunes à une plus grande précarité et à une absence de protection face aux pratiques discriminatoires de clients, de partenaires ou de plateformes numériques.
Pour les TPE, qui collaborent fréquemment avec des indépendants ou des micro-entrepreneurs, ces constats rappellent l’importance de conditions de travail équitables et transparentes.
Un non-recours massif aux droits dans le monde du travail
Malgré la fréquence des discriminations vécues dans l’emploi, les recours restent rares. Le critère de l’origine figure parmi ceux pour lesquels les saisines du Défenseur des droits sont les moins nombreuses, en particulier chez les jeunes.
La méconnaissance des droits, la peur de compromettre une embauche ou un contrat, ainsi que la banalisation de certaines pratiques expliquent en grande partie ce non-recours.
Dans les petites entreprises, où les relations professionnelles sont souvent directes et personnalisées, ces freins peuvent être encore plus marqués.
Un sujet central pour les entreprises de proximité
Pour les TPE et PME, qui représentent une part majeure de l’emploi des jeunes, ces enseignements interpellent directement les pratiques quotidiennes de recrutement, d’intégration et de gestion des parcours professionnels.
Le rapport rappelle que les discriminations ne sont pas toujours intentionnelles, mais s’inscrivent dans des habitudes, des stéréotypes et des modes de fonctionnement parfois invisibles.
Reconnaître l’existence de ces mécanismes constitue une première étape pour garantir l’égalité de traitement et sécuriser les parcours professionnels, dans un contexte où les tensions sur le recrutement et la fidélisation des salariés sont fortes.
Source
Défenseur des droits, Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité, rapport 2026
