Accueil » Malade, absent longtemps : l’employeur peut-il finalement remplacer un salarié ?

Malade, absent longtemps : l’employeur peut-il finalement remplacer un salarié ?

6–9 minutes
©Ann H / Pexels

Être en arrêt maladie ne protège pas dans tous les cas contre un licenciement. Mais l’employeur ne peut pas non plus invoquer simplement les absences pour se séparer d’un salarié. Un arrêt de la Cour de cassation du 9 septembre 2026 précise une distinction importante : c’est la désorganisation de l’entreprise et la nécessité d’un remplacement définitif qui peuvent justifier la rupture, et non l’état de santé du salarié.

  • Peut-on perdre son emploi parce que l’on est trop souvent absent pour maladie ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît.
  • Le Code du travail interdit de licencier un salarié en raison de son état de santé. Mais cette protection ne signifie pas qu’une entreprise doit conserver indéfiniment un poste devenu particulièrement difficile à pourvoir en raison d’une absence prolongée ou de plusieurs absences successives.
  • Dans un arrêt rendu le 9 septembre 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation rappelle les conditions permettant à un employeur de justifier un tel licenciement.

Ce n’est pas la maladie qui peut justifier le licenciement

La nuance est essentielle.

L’employeur ne peut pas écrire, en substance, qu’il licencie un salarié parce que celui-ci est malade. En revanche, il peut invoquer une situation concrète affectant le fonctionnement de l’entreprise : les absences prolongées ou répétées du salarié ont désorganisé le service et rendent nécessaire son remplacement définitif.

La Cour de cassation confirme ainsi une distinction entre le motif lié à l’état de santé et celui lié aux conséquences objectives de l’absence sur l’entreprise.

Pour être valable, le raisonnement ne peut donc pas s’arrêter à la durée de l’arrêt de travail.

L’entreprise doit pouvoir établir deux éléments :

  • une perturbation réelle de son fonctionnement ;
  • la nécessité de remplacer définitivement le salarié, notamment par l’embauche d’une autre personne.

Le remplacement doit par ailleurs intervenir dans un délai raisonnable.

Une absence longue ne suffit donc pas

C’est probablement l’enseignement le plus concret pour les dirigeants.

  • Un salarié absent pendant plusieurs mois n’est pas automatiquement licenciable.
  • L’employeur doit être en mesure de démontrer pourquoi cette situation ne peut plus être absorbée par l’organisation existante et pourquoi un remplacement définitif est devenu nécessaire.
  • Autrement dit, le calendrier des arrêts de travail ne suffit pas à lui seul.

Dans l’affaire jugée par la Cour de cassation, une salariée avait connu plusieurs périodes d’arrêt entre janvier 2019 et septembre 2020.

Son dernier arrêt s’était poursuivi jusqu’à la fin de son contrat. Elle avait finalement été licenciée en janvier 2021, l’employeur invoquant la désorganisation de l’entreprise et la nécessité de procéder à son remplacement définitif.

La cour d’appel de Grenoble avait considéré que la salariée avait été victime de discrimination et avait retenu la nullité de son licenciement.

La Cour de cassation n’a pas validé cette analyse.

Un licenciement peut être contestable sans être discriminatoire

C’est l’autre point important de cette décision.

La Cour de cassation casse la décision d’appel sur la discrimination et la nullité du licenciement.

Elle rappelle que le licenciement motivé par la désorganisation provoquée par les absences et par la nécessité d’un remplacement définitif ne constitue pas, à lui seul, un élément permettant de présumer une discrimination liée à l’état de santé.

Mais cela ne signifie pas que l’employeur est automatiquement dans son droit.

La Cour précise également que, si l’employeur ne démontre pas la désorganisation de l’entreprise et le remplacement du salarié dans un délai raisonnable, le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse.

La différence est loin d’être théorique.

Un licenciement nul pour discrimination et un licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse n’obéissent pas au même régime juridique.

La Cour de cassation demande donc que ces deux situations ne soient pas confondues.

Pour une petite entreprise, la preuve devient centrale

Pour un dirigeant de TPE, la question est particulièrement sensible.

Lorsqu’un salarié est absent pendant une longue période, l’entreprise peut devoir répartir ses missions entre plusieurs collaborateurs, recourir à des solutions temporaires ou réorganiser son activité.

Mais si elle envisage finalement un licenciement, elle devra pouvoir expliquer concrètement pourquoi la situation a atteint un niveau rendant indispensable un remplacement définitif.

La décision du 9 septembre 2026 rappelle donc une règle assez simple : ce n’est pas l’arrêt maladie qui constitue le motif du licenciement ; ce sont ses conséquences démontrées sur le fonctionnement de l’entreprise.

Et cette démonstration ne peut pas être purement théorique.

Une protection qui demeure

La décision ne transforme donc pas l’arrêt maladie en motif de licenciement.

  • Elle confirme plutôt une ligne de partage : l’état de santé du salarié reste protégé, mais une entreprise peut, sous certaines conditions, prendre en compte les conséquences durables de ses absences sur son fonctionnement.
  • Les dispositions conventionnelles applicables à l’entreprise peuvent par ailleurs prévoir des garanties particulières en matière de maintien dans l’emploi pendant certaines périodes d’absence.

Référence : Cour de cassation, chambre sociale, 9 septembre 2026, n° 25-14.356.

Fiche pratique · Dirigeants

Salarié absent pour maladie : peut-on le licencier ?

Une longue absence peut désorganiser une petite entreprise. Mais l’employeur ne peut pas licencier un salarié simplement parce qu’il est malade. Voici les conditions à vérifier avant d’envisager une rupture.

Le point essentiel : ce n’est pas la maladie qui peut justifier le licenciement, mais les conséquences objectives de l’absence sur le fonctionnement de l’entreprise, lorsque les conditions prévues par la jurisprudence sont réunies.

Dans quels cas le licenciement peut-il être envisagé ?

Oui, sous conditions

L’employeur doit pouvoir établir que :

  • les absences prolongées ou répétées perturbent réellement le fonctionnement de l’entreprise ;
  • la situation rend nécessaire le remplacement définitif du salarié ;
  • ce remplacement intervient dans un délai raisonnable.

Non, si le seul motif est la maladie

L’état de santé du salarié ne peut pas constituer, en lui-même, le motif du licenciement.

Une décision prise uniquement parce que le salarié est malade peut relever de la discrimination fondée sur l’état de santé.

Le dirigeant doit pouvoir apporter des éléments concrets

Documenter la désorganisation Montrer concrètement les conséquences de l’absence sur l’activité, le service ou l’organisation du travail.
Établir la nécessité d’un remplacement Le recours définitif à une autre personne doit répondre à un besoin réel de l’entreprise.
Vérifier le calendrier Le remplacement définitif doit intervenir dans un délai raisonnable par rapport au licenciement.
Relire la convention collective Certaines conventions collectives peuvent prévoir des garanties d’emploi pendant une période donnée en cas de maladie.

Avant de prendre une décision : les 4 questions à se poser

1
L’absence perturbe-t-elle réellement l’entreprise ?
Il faut pouvoir dépasser le simple constat de l’absence et identifier ses conséquences concrètes.
2
Cette désorganisation peut-elle être résolue autrement ?
L’entreprise doit être en mesure d’expliquer pourquoi une solution temporaire ne permet plus de répondre à la situation.
3
Un remplacement définitif est-il réellement nécessaire ?
Le licenciement ne peut pas reposer sur une simple intention de recruter : le remplacement doit correspondre à un besoin réel.
4
Les règles applicables à l’entreprise ont-elles été vérifiées ?
Convention collective, garanties d’emploi et situation particulière du salarié doivent être examinées avant toute décision.
Attention aux accidents du travail et maladies professionnelles : les règles ne sont pas les mêmes. Le régime de protection applicable aux salariés concernés doit être vérifié avant toute procédure.
À retenir pour le dirigeant

Une absence pour maladie ne constitue pas un motif de licenciement en tant que tel. En revanche, une désorganisation réelle de l’entreprise, combinée à la nécessité d’un remplacement définitif, peut dans certaines conditions justifier la rupture.
Référence : Cour de cassation, chambre sociale, 9 septembre 2026, n° 25-14.356.

Agenda Appel à candidature Apprentissage Arrêt maladie Artisanat Cour de cassation Cybersécurité Dares Entreprises du BTP Formation France Travail Gestion d'entreprise IA Influence politique Législation Micro entreprise Métiers d'art Numérique Organisations professionnelles Salaires Santé Santé mentale Sécurité en entreprise Tendances économiques Urssaf

En savoir plus sur TPE ACTU

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Recevez directement nos articles dans votre boîte mail !

Poursuivre la lecture