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TPE-PME : 64 % des dirigeants subissent un stress intense, et leurs salariés ne le voient presque pas

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©Nathan Marcam / Pexels via canva.com

Ils se disent majoritairement en bonne santé mentale. Mais derrière cette réponse rassurante, les chiffres racontent une réalité beaucoup plus tendue : 64 % des dirigeants de TPE et PME déclarent connaître des périodes de stress intense, 56 % estiment qu’ils ne peuvent pas s’arrêter quelques jours sans mettre leur entreprise en difficulté et 42 % ont déjà continué à travailler alors qu’ils pensaient avoir besoin de s’arrêter.

  • Le premier Baromètre consacré à la santé mentale des dirigeants et des salariés de TPE-PME, réalisé par Ipsos bva pour AG2R LA MONDIALE avec l’Alliance pour la Santé Mentale (publié le 9 septembre 2026), met en évidence un paradoxe difficile à ignorer.
  • Le dirigeant est souvent celui qui doit protéger l’entreprise, prendre les décisions et absorber les difficultés. Mais lorsqu’il va mal, il dispose rarement d’un véritable relais.
  • L’étude a été menée auprès de 307 dirigeants de TPE-PME employant au moins un salarié et de 1.000 salariés. Les dirigeants ont été interrogés du 1er au 17 juillet 2026 et les salariés du 7 au 15 juillet.

86 % des dirigeants se disent en bonne santé mentale… mais 64 % vivent du stress intense

À première vue, le constat pourrait sembler rassurant.

86 % des dirigeants interrogés déclarent être en bonne santé mentale.

Mais ce chiffre cohabite avec un autre résultat nettement moins confortable : 64 % déclarent vivre des périodes de stress intense au travail au moins de temps en temps.

Et pour 17 % d’entre eux, ce stress est quotidien.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre aux dirigeants :

  • Les salariés interrogés font état d’une exposition comparable au stress intense, à hauteur de 68 %.
  • Mais seuls 8 % déclarent y être confrontés tous les jours ou presque.

Le problème est donc moins celui d’une population de dirigeants qui se déclarerait massivement en mauvaise santé mentale que celui d’une forte exposition à la pression professionnelle, qui semble être largement intégrée à leur quotidien.

La santé financière de l’entreprise arrive en tête des sources de stress

Lorsqu’ils expliquent ce qui alimente cette pression, les dirigeants désignent d’abord leur activité professionnelle.

La situation économique de l’entreprise constitue la première source de stress citée, par 54 % des répondants.

Viennent ensuite l’accumulation des délais et des urgences difficiles à absorber, mentionnée par 52 % des dirigeants.

Ce résultat est important pour les petites entreprises : le stress du dirigeant ne peut pas être séparé facilement des comptes de l’entreprise, de ses clients, de ses échéances et de sa capacité à maintenir son activité.

À cela s’ajoute la solitude.

39 % des dirigeants considèrent que la solitude constitue souvent ou occasionnellement un problème.

Dans une petite structure, le chef d’entreprise ne dispose pas nécessairement d’un associé ou d’un cadre avec lequel partager ses difficultés ou confronter ses décisions.

Le chiffre qui inquiète le plus : 56 % ne peuvent pas vraiment s’arrêter

C’est probablement l’un des enseignements les plus parlants du baromètre.

  • 56 % des dirigeants déclarent que s’arrêter quelques jours aurait des conséquences pour leur entreprise.

Dans ces conditions, l’arrêt devient théoriquement possible mais pratiquement compliqué.

Et les comportements suivent cette logique : 42 % déclarent avoir déjà continué à travailler alors qu’ils estimaient avoir besoin de s’arrêter.

Pourquoi ?

  • La première raison est très concrète : 46 % expliquent qu’ils ne peuvent pas être remplacés.
  • La deuxième tient aux finances : 31 % craignent les conséquences financières de leur absence pour leur entreprise.

Ainsi, le dirigeant peut se retrouver dans une situation où son propre état justifierait une pause, mais où l’organisation de l’entreprise rend cette pause difficile.

Ce mécanisme crée un risque évident : plus l’entreprise dépend d’une seule personne, plus cette personne peut avoir tendance à repousser le moment où elle cesse de travailler.

Et les salariés ne voient pas forcément le problème

C’est l’autre constat fort de l’étude.

La moitié des salariés interrogés ne considèrent pas le stress de leur dirigeant comme un sujet central.

24 % ne se sont tout simplement jamais posé la question et 26 % considèrent que leur dirigeant n’est pas particulièrement exposé à ce risque.

Il existe donc un décalage entre ce que vit une partie des dirigeants et ce que perçoivent leurs équipes.

Un dirigeant peut être soumis à des périodes répétées de stress intense sans que ses collaborateurs en aient réellement conscience.

Cela tient aussi à la position particulière du chef d’entreprise. Il peut difficilement montrer qu’il est en difficulté lorsqu’il estime devoir rester celui qui tient l’organisation.

Parler de santé mentale reste difficile dans les petites entreprises

Le sujet demeure difficile à aborder des deux côtés.

41 % des dirigeants considèrent que leur statut constitue en lui-même un frein à l’expression de leurs difficultés psychologiques.

Chez les salariés, le constat est proche : 42 % trouvent difficile de parler de santé mentale dans leur entreprise.

La proportion monte même à 69 % chez les salariés qui se considèrent déjà en situation de fragilité.

Une autre difficulté apparaît : dirigeants et salariés ne mettent pas forcément les mêmes causes derrière les difficultés psychologiques.

51 % des dirigeants identifient d’abord la sphère personnelle comme principale source des difficultés psychologiques de leurs salariés.

Les salariés interrogés donnent une lecture différente. 46 % citent effectivement des causes personnelles, mais 62 % associent également leurs problèmes de santé mentale au travail.

Cette différence de perception peut compliquer le dialogue. Si le dirigeant pense que le problème est principalement extérieur à l’entreprise tandis que le salarié estime que son travail participe à ses difficultés, la discussion risque de ne jamais réellement commencer.

La prévention fonctionne, mais elle reste peu visible

Le baromètre apporte toutefois un autre enseignement : les entreprises ne sont pas totalement démunies.

85 % des dirigeants ont déjà engagé ou envisagent au moins une action en faveur de la santé mentale de leurs salariés.

Et 76 % des dirigeants considèrent ces démarches efficaces.

Du côté des salariés, l’appréciation est moins favorable : seuls 55 % jugent efficaces les actions engagées dans leur entreprise.

L’écart entre les deux perceptions est révélateur.

Les dirigeants peuvent avoir le sentiment d’avoir mis en place des solutions, sans que les salariés les identifient forcément ou constatent leurs effets dans leur travail quotidien.

C’est particulièrement visible concernant les temps d’échange. Plus de huit dirigeants sur dix déclarent avoir mis en place des échanges réguliers consacrés au travail et aux difficultés rencontrées. Mais seuls 41 % des salariés déclarent avoir identifié ces dispositifs.

Une action peut donc exister sur le papier sans être suffisamment visible ou utile du point de vue du salarié.

Le DUERP est concerné, mais pas partout

Autre donnée à retenir pour les employeurs : 62 % des entreprises interrogées déclarent avoir intégré les risques psychosociaux dans leur Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).

Le chiffre montre que la question commence à être prise en compte dans les démarches de prévention.

Mais les dirigeants signalent surtout des difficultés très opérationnelles pour passer de l’intention aux actions.

  • Le premier frein est le manque de temps, cité par 38 % d’entre eux.
  • Vient ensuite le manque d’information, à 35 %.
  • Le coût arrive plus loin, avec 15 % des réponses.

Le problème n’est donc pas nécessairement l’absence de volonté. Dans de nombreuses petites structures, c’est aussi la difficulté à savoir quoi faire concrètement, avec quels moyens et avec quel temps.

Les dirigeants réclament des solutions directement utilisables

Le besoin exprimé par les chefs d’entreprise est d’ailleurs très concret.

  • 48 % souhaitent disposer de guides pratiques accompagnés d’outils prêts à l’emploi.
  • 30 % privilégient des formations courtes accessibles en ligne.

C’est un point important pour les TPE et PME. Les dispositifs trop lourds ou trop formels risquent de rester difficiles à intégrer dans une organisation où le dirigeant assume déjà plusieurs fonctions.

À l’automne 2026, l’Alliance pour la Santé Mentale et AG2R LA MONDIALE prévoient justement de réunir des dirigeants de TPE et PME dans des groupes de travail afin de construire un guide pratique accompagné d’outils directement utilisables.

Le dirigeant peut être le maillon faible de l’entreprise sans que personne ne s’en aperçoive

C’est finalement le paradoxe central de ce premier baromètre.

Le dirigeant est majoritairement convaincu d’être en bonne santé mentale. Dans le même temps, près des deux tiers connaissent des périodes de stress intense et près de la moitié ont déjà travaillé alors qu’ils estimaient devoir s’arrêter.

La situation économique de l’entreprise est leur première source de stress. Ils sont parfois seuls face aux décisions. Et leurs salariés ne perçoivent pas nécessairement cette pression.

Le sujet ne concerne donc pas uniquement le bien-être individuel du chef d’entreprise.

Dans une TPE ou une PME, l’absence du dirigeant peut rapidement devenir une question de continuité de l’activité. Lorsque 56 % déclarent ne pas pouvoir s’arrêter quelques jours sans conséquences pour leur entreprise, la santé du dirigeant devient aussi une question d’organisation.

Le baromètre met ainsi en évidence une réalité assez simple : une entreprise qui repose presque entièrement sur une seule personne devient vulnérable lorsque cette personne ne peut plus tenir le rythme.

La prévention ne consiste donc pas seulement à proposer une aide psychologique lorsque la situation devient critique. Elle passe aussi par l’organisation du travail, les relais, le dialogue et la capacité de l’entreprise à continuer à fonctionner lorsque son dirigeant doit réellement s’arrêter.

Et sur ce terrain, les chiffres montrent qu’il reste encore beaucoup à faire.

FICHE PRATIQUE

Détresse psychologique : vers qui se tourner en premier ?

Stress qui devient permanent, épuisement, anxiété, isolement, troubles du sommeil ou sentiment de ne plus réussir à faire face : il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne critique pour demander de l’aide.

1

Le médecin traitant : le premier point de contact

En cas de mal-être persistant, de fatigue importante, d’anxiété ou de difficultés à tenir son quotidien, le médecin traitant peut être le premier interlocuteur. Il permet de faire le point sur la situation et, si nécessaire, d’orienter vers un professionnel ou une structure adaptée.

2

Le médecin du travail : un recours à ne pas oublier

Lorsque les difficultés sont liées au travail, le service de prévention et de santé au travail peut également constituer une porte d’entrée. Il peut permettre d’échanger sur la situation professionnelle et d’identifier les solutions ou orientations adaptées.

3

Psychologue, psychiatre ou structure spécialisée

Un psychologue ou un psychiatre peut intervenir lorsque la souffrance nécessite un accompagnement spécifique. Le médecin peut également orienter vers une structure de soins, notamment un centre médico-psychologique (CMP), selon la situation.

Si la situation devient urgente

En présence d’idées suicidaires ou d’une crise suicidaire, le 3114 est accessible gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des professionnels formés à l’écoute, à l’évaluation et à l’orientation répondent aux personnes concernées comme à leur entourage.

En cas de danger immédiat ou d’urgence médicale, appelez le 15 ou le 112.

Pour un dirigeant : ne pas attendre de ne plus pouvoir travailler

Dans une TPE ou une PME, le dirigeant peut avoir le sentiment que son absence met immédiatement l’entreprise en difficulté. C’est précisément ce qui peut conduire à repousser la demande d’aide. Pourtant, consulter tôt permet de faire le point avant que la situation ne se dégrade davantage.

À retenir : il n’est pas nécessaire d’attendre une situation extrême pour consulter. Le médecin traitant, le médecin du travail, un psychologue ou un psychiatre peuvent constituer des premiers recours selon la situation. Le 3114 est disponible 24h/24 et 7j/7 en cas de souffrance psychique ou de pensées suicidaires.

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