La possibilité d’acheter des produits alimentaires non consommables immédiatement, comme des pâtes ou de l’huile, dans les supermarchés ne sera pas reconduite, faute de prolongation législative. L’instabilité politique actuelle a empêché l’adoption d’un texte prolongeant ce dispositif instauré en 2022 pour soutenir le pouvoir d’achat des salariés.
Initialement mise en place en pleine crise inflationniste, cette extension des titres-restaurant avait permis aux salariés de les utiliser pour des produits du quotidien. Prolongée une première fois en 2023, elle devait l’être à nouveau pour 2025. Cependant, après la chute du gouvernement Michel Barnier suite à une censure parlementaire, le texte validé en première lecture à l’Assemblée nationale est resté « bloqué » au Sénat.
Dès janvier 2025, seuls les produits prêts à consommer comme les sandwichs ou les salades resteront éligibles aux titres-restaurant dans les grandes surfaces.
Ce coup dur porté au pouvoir d’achat des ménages est « une conséquence directe de la censure pour près de 6 millions de Français : sans adoption conforme du texte d’ici le 31 décembre, ils ne pourront plus utiliser leur titre-restaurant en janvier 2025 dans les supermarchés pour leurs courses de produits alimentaires non-directement consommables (huile, pâte, beurre) », a indiqué la secrétaire d’État démissionnaire à Ouest-France.
Restaurateurs et consommateurs divisés
Certains restaurateurs appellent à une réforme globale, notamment pour mieux encadrer les frais de commission imposés par les émetteurs de titres, qui atteignent 4 % contre 0,5 % pour une carte bancaire. Ces frais devraient même augmenter en 2025, un écart que la Banque de France elle-même juge problématique.
L’élargissement de l’utilisation des titres-restaurant pour des achats en supermarché suscite des inquiétudes au sein de la Commission nationale des titres-restaurant (CNTR). Cet organisme, chargé de superviser le dispositif, craint un impact négatif sur les 100.000 emplois directs qui en dépendent. « Si le titre-restaurant s’éloigne trop de son objectif initial, la Cour des comptes pourrait remettre en cause l’exonération de charges qui lui est accordée », prévient Jean-Michel Rousseau, vice-président de la CNTR à l’AFP.
Des propositions pour un usage équilibré
Une réforme du système est prévue pour 2025 afin de mieux encadrer l’utilisation des titres-restaurant. Parmi les propositions phares de la CNTR figure l’instauration de plafonds distincts selon le type d’achat :
L’un pour les produits prêts à consommer (comme les sandwichs et salades) ;
Un autre pour les aliments nécessitant une préparation (tels que les œufs, pâtes, viandes ou poissons frais). Le plafond global resterait fixé à 25 € par jour, pour éviter que le dispositif ne devienne un complément de salaire déguisé.
La CNTR propose également de revaloriser la valeur faciale des titres-restaurant, qui devrait couvrir le coût réel d’un repas équilibré, estimé entre 12 et 19 € selon les régions et les types de restauration.
Une autre piste envisagée : augmenter la part patronale dans le financement, actuellement fixée à 60 %.
