
Près de 670.000 accidents du travail avec arrêt ont été reconnus en 2023. Mais derrière cette moyenne nationale se cachent de très fortes différences selon l’activité, l’âge ou encore le territoire. Dans certains secteurs, le risque d’accident grave ou mortel est plusieurs fois supérieur à la moyenne.
- Les accidents du travail restent une réalité massive dans le monde professionnel.
- Une nouvelle étude de la Dares, publiée en juillet 2026, permet de mesurer plus précisément les salariés et les activités les plus exposés.
- En 2023, 668.510 accidents du travail ayant entraîné au moins un jour d’arrêt ont été reconnus en France.
- Ils représentent 16,4 accidents pour un million d’heures rémunérées. Mais le chiffre le plus marquant se trouve peut-être ailleurs : ces accidents ont représenté au total 159.325 emplois à temps plein non travaillés, en cumulant les périodes d’arrêt.
- La même année, 40.531 accidents ont entraîné la reconnaissance d’une incapacité permanente partielle, tandis que 818 accidents du travail ont été mortels.
Intérim, construction, agriculture : le risque explose dans certains secteurs
La moyenne nationale masque des écarts considérables.
- Le secteur de l’intérim affiche ainsi 31,3 accidents du travail avec arrêt par million d’heures rémunérées, contre 16,4 toutes activités confondues. Le taux est donc près de deux fois supérieur à la moyenne.
- La construction atteint de son côté 26,3 accidents par million d’heures, l’agriculture, la sylviculture et la pêche 25,9, le transport et l’entreposage 26,6.
- La santé humaine et l’action sociale atteignent également un niveau élevé, avec 24,4 accidents par million d’heures rémunérées.
Mais la fréquence ne suffit pas à mesurer la dangerosité d’une activité.
Dans l’agriculture, par exemple, 3.230 accidents graves sont recensés pour un milliard d’heures rémunérées, contre 994 pour l’ensemble des secteurs. Le risque d’accident grave est donc plus de trois fois supérieur à la moyenne nationale.
Certains métiers sont particulièrement concernés : l’élevage d’équidés, l’exploitation forestière et certaines cultures fruitières figurent parmi les activités où les accidents graves sont les plus fréquents.
La construction présente elle aussi un niveau particulièrement élevé : 1.759 accidents graves pour un milliard d’heures rémunérées, contre 994 en moyenne. Pour les accidents mortels, la fréquence atteint 50,7 par milliard d’heures, contre 20,1 toutes activités confondues.
Transport : près de 18 000 emplois à temps plein perdus à cause des arrêts
Le transport et l’entreposage ressortent également très nettement dans l’étude.
Les arrêts liés aux accidents du travail représentent dans ce secteur près de 18.000 emplois à temps plein non travaillés. Cela correspond à 1,5 % du volume total de travail du secteur, soit la proportion la plus élevée parmi les grands secteurs étudiés.
Le fret aérien atteint même près de 4 % d’emplois à temps plein non travaillés en équivalent des arrêts liés aux accidents.
- Dans l’hébergement médico-social et social ainsi que dans l’action sociale sans hébergement, les arrêts représentent environ 20.000 emplois à temps plein.
- Plus de 7.000 concernent l’action sociale sans hébergement destinée aux personnes âgées ou handicapées.
Ces chiffres donnent une autre dimension au phénomène : un accident du travail ne concerne pas uniquement la personne blessée. Lorsque les arrêts se multiplient ou se prolongent, l’activité de l’entreprise est directement affectée.
Le paradoxe des salariés : les jeunes ont plus d’accidents, les plus âgés les accidents les plus graves
Autre constat frappant : les salariés les plus jeunes sont les plus souvent victimes d’un accident, mais les accidents deviennent plus graves avec l’âge.
En 2023, les moins de 20 ans ont subi 25,7 accidents du travail par million d’heures rémunérées, contre seulement 13 pour les salariés de 60 ans ou plus.
Mais la tendance s’inverse lorsqu’on regarde les accidents graves.
Les salariés âgés de 50 à 59 ans enregistrent 1.505 accidents graves par milliard d’heures rémunérées, contre seulement 368 chez les 15-19 ans.
Le risque mortel augmente lui aussi fortement avec l’âge : il passe de 7,2 accidents mortels par milliard d’heures rémunérées chez les moins de 30 ans à 53 chez les salariés de 60 ans ou plus.
La Dares précise que cette progression est notamment liée à la hausse des maladies cardiovasculaires avec l’âge. Les malaises mortels représentent en effet plus de la moitié des accidents du travail mortels en 2023.
La durée des arrêts suit également cette progression : 23,6 jours en moyenne pour les moins de 20 ans contre 67,1 jours pour les salariés de 60 ans ou plus.
Les hommes restent beaucoup plus exposés aux accidents mortels
Les hommes sont également davantage touchés.
La Dares comptabilise 18,2 accidents du travail par million d’heures rémunérées chez les hommes, contre 14,2 chez les femmes.
L’écart est particulièrement marqué chez les jeunes. Entre 15 et 19 ans, les garçons enregistrent 30 accidents par million d’heures, contre 18,3 chez les filles.
Pour les accidents graves, les hommes présentent également un taux supérieur : 1 099 accidents graves par milliard d’heures rémunérées contre 826 chez les femmes.
Mais c’est pour les accidents mortels que l’écart devient particulièrement spectaculaire : les hommes représentent près de 90 % des victimes et leur fréquence d’accidents mortels est presque sept fois supérieure à celle des femmes.
La Dares relie notamment cette différence à la forte présence masculine dans les activités où les accidents les plus graves sont les plus fréquents, notamment la construction, l’intérim et l’agriculture.
Dans les petites entreprises, attention aux chiffres qui pourraient rassurer à tort
- Pour les TPE, l’étude apporte un résultat qui mérite d’être regardé avec attention.
- Globalement, les établissements de moins de 10 salariés présentent une fréquence d’accidents légèrement inférieure à celle des établissements de taille intermédiaire.
- À première vue, le constat pourrait donc sembler rassurant.
Mais la Dares met elle-même en garde contre une lecture trop rapide.
Cette fréquence plus faible intervient alors que les petites entreprises sont davantage exposées à certains risques professionnels et disposent de moins de politiques de prévention que les établissements plus importants. La proximité entre dirigeants et salariés pourrait aussi favoriser une moindre déclaration des accidents.
Et surtout, dans les petites entreprises agricoles et de construction, la fréquence des accidents reste supérieure à la moyenne de leur secteur.
Le contraste est particulièrement net dans la construction : dans les établissements de 10 à 49 salariés, la fréquence atteint 32,8 accidents par million d’heures rémunérées, contre seulement 8,3 dans les établissements de 250 salariés ou plus.
La Dares indique que les fonctions administratives et de direction sont davantage concentrées dans les grands établissements et que les actions de prévention y sont plus nombreuses, ce qui peut contribuer à expliquer cet écart.
Pour un dirigeant de petite entreprise, le nombre brut d’accidents enregistré dans son établissement ne suffit donc pas à évaluer le risque.
Les territoires ruraux et agricoles apparaissent parmi les plus exposés
La géographie joue également un rôle.
Les grandes agglomérations concentrant les fonctions métropolitaines affichent le taux le plus faible : 11,4 accidents par million d’heures rémunérées. Dans la zone d’emploi de Paris, il descend même à 6,7.
À l’inverse, les zones spécialisées dans l’agriculture enregistrent 21,4 accidents par million d’heures rémunérées. Elles présentent également le taux d’accidents graves le plus élevé, avec 1 620 accidents par milliard d’heures rémunérées.
La Dares relève ainsi que les zones spécialisées dans l’agriculture sont les plus exposées à l’ensemble des catégories d’accidents. Les accidents du travail y sont 1,9 fois plus fréquents que dans les grandes agglomérations à forte concentration de fonctions métropolitaines, tandis que les accidents graves y sont 2,4 fois plus fréquents.
818 morts au travail : un chiffre à ne pas banaliser
Au-delà des différences entre secteurs, âges et territoires, le bilan national reste lourd.
818 accidents du travail mortels ont été enregistrés en 2023, tandis que plus de 40.000 accidents ont entraîné une incapacité permanente partielle.
Les accidents ayant entraîné un arrêt représentent, eux, près de 160.000 emplois à temps plein non travaillés sur l’année.
La tendance de long terme mérite toutefois une lecture prudente. Après une hausse entre 2013 et 2019, le nombre d’accidents reconnus a fortement diminué en 2020 avec la crise sanitaire. Il a rebondi en 2021, avant de repartir à la baisse en 2022 et 2023.
La Dares précise néanmoins que les données de 2022 semblent sous-estimées selon l’Assurance maladie et qu’elles donnent une vision incomplète de l’exposition réelle aux risques. Les évolutions de 2022 et 2023 doivent donc être interprétées avec prudence.
Que faut-il en retenir ?
L’étude de la Dares dessine une réalité très contrastée. Le risque d’accident n’est pas le même selon le métier exercé, l’âge du salarié, la taille de l’établissement ou encore le territoire.
Pour les petites entreprises, la prudence est particulièrement nécessaire dans les activités agricoles, forestières, du bâtiment, du transport, de l’intérim ou encore dans certaines activités sociales.
Surtout, une fréquence statistique plus faible dans les plus petits établissements ne signifie pas nécessairement que le risque y est faible : la Dares souligne elle-même que la sous-déclaration peut participer à cette différence.
Enfin, les chiffres montrent une autre réalité : les accidents les plus fréquents ne sont pas forcément les plus graves. Les jeunes salariés sont davantage victimes d’accidents, mais les conséquences deviennent nettement plus lourdes avec l’âge.
Pour les employeurs, la prévention ne peut donc pas se limiter à compter les accidents déjà survenus. L’âge des salariés, leur activité et leur exposition réelle aux risques doivent également être pris en compte.

