Un employeur peut-il imposer l’activation de la caméra sur Teams ?

Un employeur peut-il obliger un salarié à activer sa caméra sur Teams ? La CNIL l’admet dans certains cas, mais l’obligation ne peut pas être systématique.

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©Matheus Bertelli / Pexels via canva.com

Un employeur peut-il imposer l’activation de la caméra pendant une réunion Microsoft Teams ? La réponse n’est ni un oui général, ni un non absolu. Le droit permet à l’employeur de demander au salarié d’être visible dans certaines situations, mais l’obligation doit rester justifiée, proportionnée et compatible avec le respect de la vie privée. La CNIL distingue notamment les réunions ordinaires des situations où l’image du salarié présente une utilité particulière.

Caméra sur Teams : l’employeur peut la demander, mais pas systématiquement

La CNIL répond directement à cette question. Elle rappelle que l’activation de la caméra constitue un traitement de données personnelles. L’image peut aussi révéler des éléments relevant de la vie privée lorsque le salarié travaille depuis son domicile.

Lorsque l’outil de visioconférence permet de flouter l’arrière-plan, la CNIL considère que l’employeur peut demander aux salariés d’activer leur caméra pendant une réunion. Le raisonnement repose sur le fait qu’ils sont alors visibles comme ils le seraient lors d’une réunion organisée dans les locaux de l’entreprise, tout en limitant l’exposition de leur domicile.

En revanche, lorsque le floutage n’est pas disponible ou n’est pas utilisé, l’employeur ne peut pas imposer de manière systématique l’activation de la caméra à tous les salariés en télétravail. Dans la majorité des réunions, la CNIL estime qu’une participation par le micro peut suffire.

Dans quels cas l’employeur peut-il exiger que la caméra soit activée ?

La CNIL cite plusieurs situations particulières dans lesquelles l’image peut être demandée : un entretien avec les ressources humaines, une rencontre avec un client extérieur ou encore la présentation d’un nouveau collaborateur. Dans ce type de réunion, la présence visuelle peut répondre à un besoin professionnel identifiable.

  • un entretien RH ou managérial individuel ;
  • une réunion avec un client ou un partenaire extérieur ;
  • la présentation d’un nouveau salarié à l’équipe ;
  • une prise de parole ou une présentation où l’interaction visuelle a une utilité réelle.

La CNIL recommande également d’informer le salarié en amont lorsque la caméra devra être activée. Cela lui permet notamment de choisir l’endroit depuis lequel il participera et d’utiliser, si possible, un arrière-plan flouté ou virtuel.

Le Code du travail impose un principe de proportionnalité

L’employeur dispose d’un pouvoir de direction, mais il ne peut pas imposer n’importe quelle restriction aux salariés. L’article L. 1121-1 du Code du travail prévoit que les restrictions aux droits et libertés doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché.

Appliqué à Teams, ce principe invite donc l’employeur à se poser une question simple : l’image du salarié est-elle réellement nécessaire pour la réunion concernée ? Une caméra imposée pendant un entretien avec un client ne s’analyse pas de la même manière qu’une obligation permanente pour toutes les réunions internes de la journée.

Le Code du travail prévoit aussi qu’aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance. Cette règle figure à l’article L. 1222-4.

Une caméra allumée toute la journée serait beaucoup plus difficile à justifier

La situation change nettement si l’employeur ne demande plus seulement l’activation de la caméra pendant une réunion précise, mais souhaite l’utiliser pour vérifier en continu la présence ou l’activité du salarié.

Une telle pratique se rapproche d’un dispositif de contrôle de l’activité. Or le droit encadre les moyens de surveillance mis en place dans l’entreprise. Dans les entreprises dotées d’un comité social et économique, l’article L. 2312-38 du Code du travail prévoit que le CSE doit être informé et consulté avant la mise en œuvre de moyens ou techniques permettant un contrôle de l’activité des salariés.

La logique est la même que pour d’autres fonctions de Microsoft Teams. TPE Actu a déjà détaillé dans quelles conditions les RH peuvent accéder aux conversations Teams. Le fait qu’un outil rende techniquement une information accessible ne signifie pas que l’employeur puisse l’utiliser librement.

Le domicile reste un espace privé, même pendant le télétravail

La visioconférence depuis le domicile peut montrer bien davantage que le visage du salarié : logement, personnes présentes, objets personnels ou informations visibles à l’écran. C’est précisément pour limiter cette exposition que la CNIL encourage l’utilisation du floutage d’arrière-plan.

Cette prudence rejoint les questions déjà posées par d’autres fonctions numériques utilisées au travail. TPE Actu a notamment analysé la fonction Teams permettant d’indiquer si un collaborateur se trouve au bureau ou en télétravail.

Un refus de caméra peut-il être sanctionné ?

Il n’existe pas de règle permettant de répondre automatiquement oui ou non. Tout dépend des circonstances. Si l’employeur demande ponctuellement l’activation de la caméra pour un motif professionnel identifiable, après en avoir informé le salarié et en lui permettant de protéger son arrière-plan, un refus sans motif peut être plus difficile à justifier.

À l’inverse, une sanction fondée sur le refus d’allumer sa caméra pendant toutes les réunions, sans distinction et sans nécessité démontrée, serait beaucoup plus contestable au regard du principe de proportionnalité et des recommandations de la CNIL.

Avant toute sanction, l’entreprise doit donc regarder le contexte précis : type de réunion, nécessité réelle de l’image, information préalable du salarié, possibilité de flouter l’arrière-plan et fréquence de la demande.

Teams ne peut pas devenir un outil de surveillance permanente

Les fonctions de visioconférence, d’enregistrement ou d’intelligence artificielle ajoutées aux outils collaboratifs multiplient les données accessibles à l’entreprise. TPE Actu avait ainsi relaté la condamnation d’un employeur après l’enregistrement d’une conversation privée sur Teams. Plus récemment, nous avons aussi expliqué ce que prévoit le droit lorsqu’une IA rejoint une réunion Teams sans prévenir les participants.

Pour un dirigeant de TPE ou de PME, la règle pratique peut être résumée ainsi : demander ponctuellement la caméra peut être admis ; l’imposer automatiquement à chaque réunion ou l’utiliser pour surveiller les salariés en continu exige une justification beaucoup plus forte et expose l’entreprise à un risque juridique.

Ce que l’employeur peut prévoir dans ses règles internes

  • indiquer dans quels types de réunions la caméra peut être demandée ;
  • prévenir les salariés en amont lorsque l’image sera requise ;
  • autoriser et recommander le floutage ou l’arrière-plan virtuel ;
  • éviter toute obligation générale de caméra allumée en permanence ;
  • expliquer aux salariés quelles données sont utilisées et dans quel but ;
  • consulter le CSE lorsqu’un dispositif est utilisé comme moyen de contrôle de l’activité, lorsque cette consultation est requise.

Le recours à la caméra doit donc rester lié au déroulement de la réunion, et non devenir un moyen détourné de vérifier en permanence que le salarié est devant son écran.

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