
Un sondage How Much révèle que 84 % des Français soutiennent la proposition du ministre Serge Papin de rendre l’intéressement immédiatement disponible et non imposable. Une adhésion massive qui dépasse la simple question fiscale pour interroger le rôle du salaire dans le pouvoir d’achat.
Le 17 octobre dernier, Serge Papin, ministre des PME et du pouvoir d’achat, proposait de rendre l’intéressement à la fois immédiatement disponible et non imposable. Objectif affiché : redonner du souffle aux salariés et stimuler la consommation sans grever la compétitivité des entreprises.
Trois semaines plus tard, le sondage publié par l’agence How Much vient confirmer que la mesure rencontre un écho favorable : 84 % des Français l’approuvent, dont 59 % « tout à fait favorables ». Un taux rarement atteint pour un dispositif touchant directement à la rémunération.
« Ce plébiscite traduit une réalité sociale : le salaire ne suffit plus à couvrir les dépenses du quotidien », observe Sandrine Dorbes, fondatrice de How Much et experte en stratégie de rémunération. « Si les salariés réclament une prime immédiatement mobilisable, c’est qu’ils cherchent à compenser ce que le revenu fixe ne garantit plus. »
Une mesure simple, et surtout sans conditions
Les Français interrogés sont clairs : 71 % souhaitent que la Prime Papin soit mise en place sans restriction particulière. Seule une minorité plaide pour la réserver aux revenus modestes (28 %) ou pour en faire une mesure temporaire (25 %).
Pour les TPE et PME, cette position pourrait se traduire par une simplification bienvenue, à la fois pour fidéliser les salariés et soutenir la consommation.
Pouvoir d’achat : une prime responsable
Loin de l’idée d’un “chèque plaisir”, les Français se montrent prudents : 36 % utiliseraient cette prime pour leurs dépenses du quotidien, 31 % l’épargneraient et 24 % la réserveraient à des achats exceptionnels. Autrement dit, elle serait perçue comme un outil de respiration économique, plus que comme une gratification ponctuelle.
L’effet sur la consommation serait immédiat : 56 % des sondés déclarent qu’ils dépenseraient davantage dans les trois mois suivant le versement, dont un sur cinq « beaucoup plus ». Un signal encourageant pour les commerçants et artisans, premiers bénéficiaires d’une reprise de la dépense locale.
Une équité perçue, mais des doutes sur les effets de substitution
Pour 57 % des répondants, la Prime Papin est jugée équitable entre catégories de salariés. Mais le sondage révèle aussi une inquiétude : un tiers des Français redoute que les entreprises la privilégient au détriment des augmentations de salaires fixes. Un risque réel pour les dirigeants de TPE-PME, souvent déjà contraints par le poids des charges.
« Cette mesure peut être un levier de motivation, à condition qu’elle ne devienne pas un palliatif au salaire », avertit Sandrine Dorbes. « Sinon, on déplace le problème sans le résoudre. »
Autre défi : la compréhension du dispositif. 54 % des personnes interrogées estiment qu’il nécessite davantage d’explications, preuve que la pédagogie autour de la rémunération reste un point faible du dialogue social.
Une réponse conjoncturelle à un problème structurel
Si la Prime Papin séduit, 54 % des Français la jugent néanmoins ponctuelle. Autrement dit, efficace pour donner un coup de pouce immédiat, mais insuffisante pour traiter la question de fond : celle du pouvoir d’achat durable et du niveau des salaires.
Pour les dirigeants, la mesure pourrait néanmoins constituer une alternative temporaire aux hausses de rémunération classiques, dans un contexte où les marges restent étroites.
En 2024, près de 13 milliards d’euros d’intéressement ont été distribués, dont seulement 30 % versés immédiatement : la réforme proposée changerait donc sensiblement la donne.
Entre mesure sociale et stratégie salariale
Au-delà du débat fiscal, le sondage met en lumière une évolution plus large : les Français attendent plus de transparence et de souplesse dans leur rémunération. Comme le souligne Sandrine Dorbes, « la rémunération n’est pas qu’un chiffre, c’est un langage de reconnaissance. Si la prime peut rétablir une forme de confiance, c’est déjà un signal fort. »
Reste à savoir comment le gouvernement traduira cette adhésion en dispositif concret. Si elle voit le jour, elle pourrait bien devenir un outil hybride : à la fois coup de pouce économique et marqueur social d’une nouvelle approche de la rémunération en France.
